4.5. Impacts politique et diplomatique

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Les conflits armés en Afrique subsaharienne participent à l’effondrement de l’Etat et au démantèlement du processus démocratique.

Dans un Etat en proie au conflit armé, les institutions s’écroulent, l’autorité de l’Etat, le droit de gouverner et la vie politique du pays sont déséquilibrés voire anéantis. C’est ce qui caractérise la situation de la Somalie qui est engouffrée depuis plus de deux décennies dans un violent conflit armé. De cette date à ce jour, la Somalie est privée d’un gouvernement central, entraînant une vacance de pouvoir qui donne lieu à la naissance de multiples factions rivales qui luttent pour le contrôle de l’autorité du pays. L’état de délabrement de la Somalie conduit à un environnement de chaos, donnant l’occasion aux observateurs de le qualifier d’un Etat en déliquescence(165). Le conflit armé conduit nécessairement à la division de la nation, entre la population et les dirigeants ; tout cela remet en cause la volonté collective d’une vie en communauté.

En dépit de la volonté manifestée de certains Etats africains à s’engager sur le chemin de la démocratie, les conflits armés viennent remettre en cause l’élan démocratique amorcé. En Afrique subsaharienne, les guerres ont tendance à porter un frein au processus de la démocratisation du continent sur un terrain qui a besoin de se renforcer davantage sur le plan institutionnel. Avec l’avènement de la démocratie, le peuple africain espérait participer à la gestion du pouvoir et, retrouver la liberté longtemps confisquée par l’Etat. Mais avec les conflits, le paysage politique devient vulnérable sinon instable, les actions démocratiques amorcées sont hypothéquées car le pouvoir démocratiquement mis en place, doit être partagé avec les groupes armés en conflit. Au nom d’un « climat d’apaisement, de la réconciliation nationale », les auteurs de crimes de guerre et de violations flagrantes des droits de l’homme, deviennent des acteurs et gestionnaires de la chose publique. On se rend à l’évidence que, si l’usage des armes ne permet pas toujours de prendre le pouvoir, il est entrain de reléguer au second plan, le principe des urnes.

Les crises et les conflits politico-armés sont au menu des débats diplomatiques par l’ampleur qu’ils prennent mais aussi, par les conséquences qu’ils entrainent dans les relations entre les Etats impliqués.

L’éclatement du conflit en Somalie, combiné avec les autres affrontements en gestation dans certains pays africains, devient un sujet de préoccupation pour les Etats voisins et compromettent les bonnes relations diplomatiques entre ces pays. On part souvent des accusations réciproques à des ruptures de relations diplomatiques entre les pays du fait de soutien probable ou avéré d’un pays à un groupe armé qui lutte contre son gouvernement central.

Les groupes rebelles somaliens menacent depuis des années la stabilité du Soudan, avec de nombreux morts et déplacés(166). Le Tchad, pays voisin vit sous pression des violences entre mouvements rebelles, venus notamment du Soudan. Au centre de l’Afrique, dans la région des Grands Lacs, la République Démocratique du Congo est transformé en terrain d’affrontements entre plusieurs factions rebelles, appuyées chacune par des Etats voisins. A la fin des années 90, la guerre au Congo Démocratique implique neuf pays et une trentaine de groupes rebelles armés, avec des bilans effroyables(167).

Les trafics d’armes et de stupéfiant en Guinée Bissau prend une ampleur, faisant confronter les pays d’Afrique de l’Ouest à un nouveau phénomène de criminalité et suscite des préoccupations de la part de la communauté internationale en général et, de l’Union Africaine en particulier. Ainsi sur le continent, les conflits se ramifient d’un territoire à un autre par groupes armés interposés. Il s’agit là, d’un cercle vicieux dans lequel s’est plongée une partie des pays africains ; cela ne contribue qu’à affaiblir les liens diplomatiques entre les pays, et déstabiliser les climats politiques de chacun d’eux.

165- Amnesty International, dossier somalien, Etat en déliquescence, Amnesty n°67, nov.2011, http://www.amnesty.ch.fr
166- La guerre au Soudan a fait plus de 300 000 morts selon l’ONU, 10 000 morts selon Khartoum, et a entraîné le déplacement de 2,7 millions de personnes.
167- Collette BRAEKMAN, guerre sans vainqueurs en République Démocratique du Congo, le Monde Diplomatique, avril 2001, http://www.monde-diplomatique.fr

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