4.3 UNE PROXIMITE ORGANISEE POUR LES TERRITOIRES D’AMAZONIE

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La conception du développement sur des bases territoriales s’est construite sur la proximité géographique, productrice d’économies externes et ferment d’un capital social qui sont les clés de l’efficience collective du territoire.

Les caractéristiques des territoires d’Amazonie ne favorisent pas cette proximité, ce qui peut représenter une difficulté. En effet les densités démographiques y sont faibles, ce qui entraîne des distances et des durées de voyage importantes pour rejoindre les différents centres urbains. Par ailleurs les populations sont d’origines différentes et, pour une partie, récemment arrivées ce qui rend l’action collective plus difficile.
Les territoires des municipalités sont immenses et celles ci ne possèdent que de très faibles ressources humaines et financières. Alors que les relations avec les niveaux administratifs supérieurs se font au gré des relations personnelles des responsables politiques, ces faiblesses entraînent un isolement des municipalités et perpétuent les logiques paternalistes

Une des portes de sortie pour ces municipalités se révèlent être l’investissement privé pour l’exploitation des ressources naturelles (mines, entreprises forestières…) ou pour l’acquisition des terres en vue de la mise en place de cultures d’exportation (soja…). En effet ces investissements garantissent, à travers les taxes prélevées et l’initiative des entreprises, une manne financière substantielle pour les municipalités et les organisations locales, et laissent espérer une modernisation rapide. Cette source de financement, pour ainsi dire unique, amène les municipalités à accorder facilement des droits d’exploitation et même à transgresser les lois locales et fédérales, à exploiter les vides juridiques en l’absence de contrôles sérieux, dans un climat général de corruption.

Les États et l’Union, faute d’alternatives et sous la pression internationale, agissent à travers la démarcation de terres par la mise en place de réserves naturelles administrées par des « experts ». Ces réserves entraînent des restrictions dans l’usage des terres souvent insoutenables pour les populations qui, sans moyen de subsistance, choisissent l’exode. Le principe de subsidiarité et la démocratie locale sont constamment mis à mal par cette situation.
Le développement durable des territoires peut être assuré par le maintien des hommes dans les zones rurales, mais doit s’accompagner d’un soutien à ces populations qui leur permettent une amélioration de leurs conditions de vie, tout en assurant une gestion équilibrée des ressources et le maintien du patrimoine naturel. Pour atteindre ces objectifs, le développement territorial apparaît comme une nécessité mais doit être organisé à une échelle qui permet de mobiliser les pouvoirs publics et de dépasser les limites des municipalités. Ainsi un nouveau modèle de développement territorial doit être trouvé pour résoudre les défis importants auxquelles est confrontée l’Amazonie.

Une solution réside probablement dans les notions développées par André Torre sur la proximité organisée. Ce type de proximité peut permettre de construire un capital social sans pour autant bénéficier systématiquement d’une proximité géographique. La mise en place de cette autre proximité nécessite la création et la pérennisation de réseaux qui ne sont possibles qu’à travers la conception d’outils d’ingénierie territoriale. Le capital social permettrait alors de concevoir, à travers le développement d’une efficacité collective, des solutions innovantes pour valoriser les ressources territoriales.

Une proximité organisée peut se construire dans la logique d’appartenance au territoire, et se maintenir à travers une proximité géographique temporaire (tenue de réunions régulièrement espacées), de façon à installer la confiance entre les partenaires puis de réaliser les ajustements utiles. Ces assemblées régulières doivent tisser les liens indispensables et traiter les questions qui concernent les activités du réseau. Les affaires courantes peuvent être assurées à travers les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Cette logique d’appartenance peut progressivement se doubler d’une logique de similitudes par la construction d’une histoire commune (Torre, 2010).

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