4.2. BESOINS FINANCIERS DES FEMMES, MEMBRES ET NON MEMBRES DES EMF DU RESEAU A3C

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Les femmes jouent un rôle crucial dans la production agricole des pays en voie de développement. D’où la nécessité d’identifier les besoins de ces dernières pour mieux les accompagner dans leur autopromotion. Les différentes poches de dépenses des femmes, l’utilisation des crédits reçus, les activités qui selon elles nécessitent des financements, les besoins en formation et enfin quelques extraits des entretiens avec les autorités traditionnelles et les responsables des caisses interviewés concernant cette question seront présentés dans les sections qui suivent.

4.2.1. Activités nécessitant des financements externes

Les réponses des enquêtées à la question de savoir « quelles sont vos activités qui nécessitent un financement externe ? », sont consignées dans le tableau 13.

Tableau 13 : Activités des enquêtées nécessitant des financements externes

Activités des enquêtées nécessitant des financements externes

De ce tableau 13, il ressort que quelque soit le groupe considéré la majorité de femmes a besoin des financements pour les activités agricoles soit 59,60% des enquêtées, et cette agriculture est de subsistance comme il a été mentionné plus haut. Cent femmes soit 20% déclarent vouloir des financements soit pour transporter leurs marchandises pour les grands marchés environnants soit pour la transformation en produits dérivés. Approximativement 20% d’enquêtées ont besoin des financements externes pour les activités dites « subites » telles que les deuils ou les contributions à un événement de la famille (mariage, dot ou encore les fêtes de sortie d’apprentissage). Ceci vient renforcer l’idée selon laquelle les regroupements en milieu rural sont beaucoup plus coloriés par un caractère de solidarité, et rejoint ainsi les propos de Fletschner et Kenney (2011) pour ce qui est de la fonction de la femme dans les normes culturelles et la responsabilité familiale qui l’amène à occuper une place de choix dans les cérémonies de solidarité.

Concernant la formation par la caisse de ses membres, 36% de femmes membres des EMF désirent être formées en éducation financière et en gestion des projets pour accroître leurs revenus.

Après des entretiens avec les autorités locales, les extraits suivants ont été ressortis : le Chef d’un village enquêté déclare que « les femmes de notre village ont besoin d’argent pour nous aider à envoyer notre progéniture à l’école », un de ses notables continue en disant : « les besoins des femmes, sont les besoins du ménage, car vous êtes sans ignorer que les femmes de la région du centre dépensent plus sur leurs enfants que le père même ».

Cette déclaration, rejoint les pensées de Cheston et Kuhn (2006) dans leur article Le renforcement du pouvoir d’action des femmes par la Microfinance où ils affirment que « le rôle traditionnel des femmes est de fournir la nourriture, les vêtements, l’argent de poche pour les enfants, les ustensiles de cuisine et de nettoyage ».

Pour renforcer les propos de ces auteurs, les notables d’un village de l’étude disent que : « s’il fallait classifier les besoins des femmes par priorité, on commencerait certainement par la nutrition des enfants, les fonds de commerce, les fonds pour pallier aux problèmes de santé de la famille et enfin un peu d’argent pour se rendre belle ».

Plus loin, un responsable de caisse affirme que : « les femmes ont en majorité besoin d’argent pour aller résoudre les problèmes de leurs maris ou encore de leurs enfants. Quand tu vois une femme plusieurs fois à la caisse pour le crédit, c’est que son mari a une main cachée derrière cette demande ». Il continue en expliquant que les femmes ont des besoins d’argent pour relancer leurs petites affaires économiques (agriculture, commerce, couture) ayant pour finalité la résolution des petits problèmes sociaux du foyer. Les services financiers devraient donc mettre sur pieds des produits qui sont flexibles et propres aux besoins des femmes (Matin et al., 2002) en éliminant s’il est possible la main cachée des conjoints.

Une délégué d’AFAC répond à la question de besoins des femmes en disant que ces dernières ont besoin de crédits de plus d’un an, ou encore des crédits à moyen terme pour mener des grandes activités économiquement rentables. Elle argumente cela en disant : « Si on donne à un groupe 1 000 000 Fcfa, pour rembourser petit à petit pendant trois ans, ah c’est que toutes les femmes seront capables de rembourser et de faire quelque chose d’important avec cet argent »

En somme, les besoins en financement des femmes sont généralement de trois ordres qu’elles soient membres ou non membres d’un EMF et peuvent être classifiés de la manière suivante : en premier lieu nous avons les besoins sociaux (la scolarité des enfants, la santé, la nutrition et l’habitat), ensuite les besoins en fonds de roulement pour les Activités Génératrices de Revenus (l’agriculture, le commerce, la couture, la coiffure etc… ) et enfin les besoins du conjoint(recouvrement des créances, assistance à une cérémonie ou encore investissement dans les cultures de rente).

Notons cependant que ce dernier besoin prime sur tous les autres selon que la femme soit plus ou moins influencée par son conjoint.

4.2.2. Utilisation des crédits octroyés

Les réponses à la question de savoir « qu’est-ce que vous faites avec les crédits qui vous sont octroyés ? », sont consignées dans la figure 5.

Utilisation des crédits octroyés aux femmes

Figure 5 : Utilisation des crédits octroyés aux femmes

Il ressort de la figure 5 que quelque soit le groupe considéré : 31,29% de femmes prennent de l’argent pour se faire un fonds de commerce, cette situation est fréquente chez les non membres (36,36%) car elles prennent constamment de faibles montants pour faire le petit commerce (voir photo 1). Notons que, les femmes investissent moins de 8% de leurs prêts dans la scolarité des enfants, ceci rejoint les résultats de l’enquête effectuée par Schrieder et Sharma (1999) au Cameroun sur l’impact de la réduction de la pauvreté. Cette proportion d’investissement dans l’éducation peut s’expliquer par le fait que dans certaines caisses de l’étude il existe le crédit scolaire à l’approche des rentrées. Par ailleurs, Les femmes dépensent près de 22,28% de leurs crédits pour la santé ce qui rejoint aussi les données de l’étude menée par Schrieder et Sharma (1999). Cependant, Diagne (1998) affirme que pour une étude faite au Mali, les crédits octroyés n’ont pas eu un impact statistique significatif dans la consommation des ménages. Ceci contraste avec les données d’une étude de Gentil et Doligez (1997) qui reconnaissent que les personnes ayant reçu un prêt ont vu leur niveau de vie totalement changé.

Petit commerce sur l’axe routier Yaoundé-Ayos

Photo 1 : Petit commerce sur l’axe routier Yaoundé-Ayos

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