3.2- Mesure de l’impact hépatotoxique de la prise de paracétamol à dose thérapeutique chez 11 alcooliques volontaires adultes

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Etant donné que l’éthanol est un inducteur des mono-oxygénases à CYP-450,
responsable de la transformation du paracétamol en NAPQI, ce métabolite hépatotoxique,
plaçant ainsi les alcooliques parmi les personnes à risque d’intoxication au paracétamol, nous
avons choisi un petit groupe de 11 individus de sexe masculin, appartenant à la tranche d’âge
[45-50] ans, consommant quotidiennement de l’alcool, à fin de mesurer l’impact
hépatotoxique de la prise de paracétamol à dose thérapeutique, soit 1g toutes les quatre
heures.

Etant donné aussi que la cytolyse hépatique est l’un des principaux et premiers signes
de cette hépatotoxicité, nous sommes partis du principe que les taux plasmatiques des
transaminases hépatiques ASAT et ALAT, devraient forcément augmenter (DOROSZ, 2003)
sous l’effet du paracétamol et ce d’autant plus, que le sujet est une personne à risque.
Ainsi, notre mesure de cet impact hépatotoxique est-elle réduite à la comparaison entre
les taux plasmatiques de ces transaminases avant et durant une consommation de paracétamol.

Afin de juguler d’éventuelles fluctuations non liées à la consommation de
paracétamol, nous avons dosé ces paramètres un premier puis un deuxième jour avant cette
consommation et comparé les résultats obtenus.
Les taux plasmatiques de la bilirubine totale, de la bilirubine conjuguée (ou bilirubine
directe), de la phosphatase alcaline et de la gamma-glutamyl transférase, dont l’augmentation
est révélatrice d’une cholestase (DOROSZ, 2003), sont également comparés.
Les résultats obtenus sont consignés dans le tableau III ci-dessous. Les valeurs
trouvées pour chacun des paramètres mesurés se situent dans les fourchettes normales, hormis
de légères augmentations apparentes concernant les taux de bilirubine conjuguée chez
l’individu D, et les taux d’ASAT chez les individus B, H et K, et ce avant et durant la
consommation de paracétamol, notamment pour la bilirubine conjuguée chez l’individu D et
pour l’ASAT chez l’individu K.

Néanmoins, notre but n’est pas de mettre en évidence l’augmentation anormale des
taux de ces marqueurs. Nous recherchons plutôt s’il y a ou pas une augmentation significative
des taux sous l’effet de la consommation du paracétamol chez chaque individu.
Or chez neuf individus sur onze pour les taux d’ASAT, huit individus sur 11 pour les
taux d’ALAT, et dix individus sur 11 pour les taux de GGT, nous avons enregistré une
augmentation apparente durant la consommation de paracétamol (Figure 20).

Tableau III taux plasmatiques mesurés pour les marqueurs moléculaires de l’hépatolyse et de la cholestase avant et durant une consommation de 1g de paracétamol toutes les 4 heures

Mais à fin de juger de la signification de ces augmentations apparentes, nous avons
calculé les paramètres statistiques élémentaires (moyennes, variances et écart-types) et
procédé au test de STUDENT pour échantillons appariés aux risques 5 et 1 %.
Les résultats auxquels nous sommes parvenus (Tableau IV), indiquent qu’il n’existe
aucune différence significative lorsqu’on compare les taux de T-BIL, D-BIL, PAL, ASAT,
ALAT et GGT mesurés un jour avant la consommation de paracétamol à ceux mesurés deux
jours avant.
Aucune différence significative n’est enregistrée également lorsqu’on compare les
taux de T-BIL, D-BIL et PAL mesurés un jour avant et ceux mesurés deux jours avant, aux
taux des mêmes paramètres mesurés durant la consommation de 1 g de paracétamol toutes les
4 heures et ce durant douze heures.
L’absence de différence significative lorsqu’on compare le taux de GGT mesuré un
jour avant la consommation de paracétamol au taux mesuré durant le traitement, est
également signalée.

Figure 20 Histogrammes illustrant la variation des paramètres mesurés en fonction de la fonction ou pas de paracétamol chez 11 alcooliques volontaires

En revanche, la comparaison des taux de ASAT et ALAT mesurés un jour avant et
ceux mesurés deux jours avant la mise sous traitement au paracétamol, ainsi que le taux de
GGT mesuré deux jours avant, aux taux des mêmes marqueurs moléculaires mesurés durant le
traitement, montre une différence significative aux risques α = 0,05 et α = 0,01.
Cela voudrait dire que la consommation de paracétamol à dose thérapeutique
seulement pendant douze heures par les alcooliques, est suffisante pour engendrer une
cytolyse hépatique.
Qu’est ce que ça serait si la durée était prolongée et le foie déjà malade ? La cytolyse
serait plus étendue et le processus inflammatoire qu’elle ne manquerait de déclencher alors se
muerait en hépatite et entraînerait à la longue une fibrose et/ou une cholestase voire une
nécrose hépatique.

Chez nos volontaires, si aucun signe de cholestase n’a été décelé, c’est parce que leurs
foies sont encore en bon état comme l’attestent leurs bilans hépatiques normaux (Tableau III)
et que la durée du traitement au paracétamol subit, n’est pas importante eu égard à la durée
nécessaire pour le développement d’une pareille pathologie.
Chez les non alcooliques, la consommation régulière et assez prolongée de
paracétamol pour lutter volontiers contre la douleur liée à une migraine ou à une arthrose par
exemple, pourrait aussi entraîner une cytolyse hépatique car aussi infime soit-elle la quantité
de NAPQI produite, une partie se fixe inévitablement sur les protéines hépatiques. Et lorsque
la régénération de celles-ci n’arrive plus à combler le vide laissé du fait de la fréquence de
plus en plus raccourcie, des prises de ce médicament, la cytolyse deviendrait effective voire
s’étendrait de plus en plus jusqu’à initiation du processus inflammatoire.
C’est dire, enfin, que l’automédication est à bannir même s’il s’agit de paracétamol.

1 - Tableau IV Résultats du calcul des paramètres statistiques élémentaires et du test t de STUDENT pour échantillons appariés N = 11 et ddl = 10
2 - Tableau IV Résultats du calcul des paramètres statistiques élémentaires et du test t de STUDENT pour échantillons appariés N = 11 et ddl = 10

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