3.2. La théorie du comportement planifié

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Crown et Spiller (1998), au terme de leur investigation des recherches empiriques qui ont été réalisées pendant les 25 dernières années sur la tricherie académique, catégorisent ces études, en celles qui ont usé des facteurs individuels (genre, âge, éducation, notes, religion, personnalité…) et celles qui ont usé des facteurs situationnels (récompenses et sanctions, code d’honneur, pression des pairs, surveillance…), pour prédire l’intégrité académique. Toutefois, selon les chercheurs, rares sont les études qui ont cherché à développer un modèle explicatif du comportement déviant dont le plagiat électronique.

La théorie du comportement planifié (Theory of planned Behavior) (TCP) d’Ajzen (1991) semble applicable à la triche académique, pour l’expliquer en termes de mécanismes sous-jacents qui la motivent et, partant, la prédire. (Passow, Mayhew, Finelli, Hardings et Carpenter, 2006). Parmi les buts affichés, est que « […] le développement d’un tel cadre conceptuel pourra aider les éducateurs à créer des interventions efficaces à même de promouvoir des comportements de prise de décision éthique ». (Hardings, Myhew, Finelli et Carpenter, 2007, pp.2-3)

La théorie du comportement planifié (TCP), mise au point par Ajzen en 1985, est une extension de la théorie de l’action raisonnée (TAR). (Cox, 2005) L’intention d’adopter un comportement est le point d’orgue de la genèse du comportement. (Berthelette, 2002) Elle est en effet, « […] un important préalable de l’agir humain ; elle fournit les motivations qui poussent la personne à orienter son comportement dans une direction donnée ». (Chamberlant, 2003, p.162)

Ainsi, selon cette théorie, la décision de s’engager dans un comportement est subséquente à l’intention de l’individu à l’égard de son adoption. La notion d’intention renvoie au fait que « […] les individus considèrent les implications que pourraient avoir leur action avant d’adopter ou non un comportement ». (Antoine et Lelièvre, 2006, p.242) Laquelle intention est le résultat de trois déterminants conceptuels :

– L’attitude à l’endroit du comportement (Attitude toward a behavior) : désigne le degré du jugement favorable ou défavorable que la personne possède du comportement en question (Ajzen, 1991), et l’évaluation de son succès ou échec.
– La norme subjective (subjective norm) : correspond à la perception de l’individu de la pression sociale, représentée par ce que pensent les proches du comportement qu’il veut entreprendre. (Hardings et al. 2007)
– Le contrôle comportemental perçu (perceived behavioral control) : désigne la facilité ou la difficulté perçue vis-à-vis de la réalisation du comportement. Il correspond à la perception qu’à l’individu de la faisabilité du comportement concerné. Cette perception du contrôle sur la situation est similaire au concept d’auto-efficacité de Bandura (1977). C’est la conviction chez l’individu qu’il possède les ressources nécessaires pour adopter le comportement.

Les trois variables susmentionnées « […] sont chacune le produit de l’importance d’une croyance par son évaluation ». (Bartiaux, 2007, p.357) En d’autres termes, les croyances sont les antécédents de l’attitude, la norme subjective et le contrôle comportemental perçu. Les croyances sur les conséquences négatives ou positives ou d’autres attributs du comportement, produisent l’attitude envers le comportement « behavioral beliefs ». (Ajzen, 2002, p.665). Les croyances sur les attentes normatives des autres gens engendrent les normes subjectives « normative beliefs » (ibidem.) et les croyances sur la présence de facteurs facilitateurs ou obstruant la performance du comportement, aboutissent au contrôle comportemental perçu. « Control beliefs » (ibid.). Ce dernier passe pour influencer aussi bien l’intention que le comportement. (Voir figure 3.1).

L’agrégat des trois éléments qui aboutissent à un comportement donné- à savoir les attitudes, les normes et le contrôle comportemental- est utilisé tel un prédicteur du comportement futur. (Antoine et Lelièvre, 2006)

Figure 3.1. Représentation schématique de la théorie du comportement planifié

Représentation schématique de la théorie du comportement planifié

Source : Leyens et Yzerbyt (1997, p.106)

D’une manière générale, plus favorables sont l’attitude et la norme subjective vis-à-vis d’un comportement, et plus grand est le contrôle comportemental perçu, plus forte devrait être l’intention personnelle d’accomplir le comportement considéré. (Ajzen, 1991)

En se servant de la théorie du comportement planifié comme modèle théorique prédictif supportant leur méta-analyse de quelque 107 recherches sur la malhonnêteté académique, Whitley et Kieth-Spiegel, 2002), révèlent que les étudiants ayant des attitudes favorables envers la triche dont le plagiat électronique, ont tendance à tricher beaucoup plus que les étudiants qui ont en une attitude défavorable (l’attitude à l’endroit du comportement).

L’attitude négative de ces derniers inhibe le plagiat électronique que le ratio risque/bénéfice soit élevé ou bas. Par contre l’attitude positive des premiers facilite le plagiat électronique quand le ratio risque/bénéfice dépasse un certain seuil. Les attitudes, pour être plus précis, sont davantage susceptibles de déclencher le comportement lorsqu’elles sont empreintes dans une expérience directe de l’objet attitudinal. (Leyens et Yzerbyt, 1997)

D’autre part, les étudiants qui perçoivent que les normes sociales acceptent et encouragent la tricherie, s’adonnent au plagiat électronique plus que les autres étudiants (la norme subjective). « […] les succès antérieurs par rapport à la malhonnêteté académique rendent les attitudes plus positives, conduisent à la perception que les normes tolèrent la malhonnêteté académique et atténuent le sentiment de l’obligation morale de l’éviter » (Notre traduction) (Whitley et Kieth-Spiegel, op.cit., p.33)

En outre, les étudiants qui se perçoivent comme des tricheurs efficaces et qui trouvent le risque d’être pris négligeable, sont enclins à faire du plagiat électronique beaucoup plus que les autres dont la perception du contrôle est faible (le contrôle comportemental perçu).

On peut d’ores et déjà dire que les étudiants, selon cette théorie, à moins d’avoir les ressources nécessaires ou les opportunités pour y arriver (contrôle comportemental perçu), ne seront pas susceptibles de nourrir l’intention de recourir au plagiat électronique, lors bien même ils possèdent des attitudes favorables envers le plagiat électronique (attitude vis-à-vis du comportement) et estiment leur entourage l’acceptant et l’approuvant (normes subjectives).

Selon cette théorie, le contrôle comportemental perçu et l’intention comportementale, peuvent servir à directement prédire la réalisation du comportement. Cependant l’importance des deux variables dans la prédiction du comportement varie selon les situations et les comportements. (Ajzen, 1991)

D’après une étude empirique menée par Stone, Jawahar et Kisamore (2009) sur un échantillon de 271 étudiants de l’enseignement supérieur aux Etats Unis, la TCP s’avère être efficace quant à la prédiction de la malhonnêteté académique, dont par définition le plagiat électronique fait partie. Pour réduire la probabilité de l’accomplissement du comportement plagiaire, on ferait mieux, selon les chercheurs, de façonner autrement les attitudes des étudiants envers le plagiat électronique, de changer leur perception des normes subjectives vis-à-vis du plagiat électronique, et surtout faire en sorte d’amoindrir leur perception du contrôle par rapport au plagiat électronique en mettant, par exemple, en exergue la gravité des conséquences d’être pris en délit de plagiat.

En effet, combien même un individu ait une attitude positive à l’égard d’un acte, il est de l’ordre de l’improbable qu’il s’y engage si la réalisation du comportement est vouée à l’échec. (Leyens et Yzerbyt, op.cit.)

Les implications éducatives de la TCP à l’ endroit du plagiat électronique sont importantes, dans la mesure où elles peuvent être utilisées à repenser les curricula et les programmes d’éducation, de sorte à placer les étudiants dans des situations éducatives réelles leur permettant de changer leurs croyances sous-tendant leurs attitudes, normes subjectives et contrôle comportemental perçu vis-à-vis du plagiat électronique.

Toutefois, les recherches qui ont été faites avec ce modèle, indiquent qu’il est raisonnablement bon dans la prédiction de l’intention, mais moins bon pour le comportement. En effet, une méta-analyse menée par Armitage et Conner (2001), suggère que la TCP enregistre, après analyses de régression multiples, 39% de la variance (R2 = .39) pour l’intention, et 27% de la variance (R2 =.27) pour le comportement.

Comme nous en avons préalablement fait allusion, La TCP se base sur l’hypothèse que le comportement humain est la résultante d’une décision consciente et rationnelle. Or, en réalité ce n’est pas toujours le cas. « […] bien qu’ayant des intentions fortes et un contrôle maximal, même sur une longue durée, certains individus n’adoptent pas un comportement attendu ». (Antoine et Lelievre, 2006, p.243) Le fait est que, l’absolu en sciences humaines n’existe pas et l’indéterminisme ontologique du comportement humain est une composante dont on ne peut se départir.

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