3.1.2-L’apologie de l’évènementiel et de la commémoration dans les médias

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Parler de rituel prend davantage de sens encore lorsque l’on constate la place des commémorations médiatiques dans le paysage audiovisuel français. Nous pouvons situer l’Histoire au cœur d’un processus ”d’évènementialisation”. Aujourd’hui, l’Histoire est prétexte à ou aux histoires. La programmation historique s’inscrit dans une double temporalité : soit celle de l’actualité soit celle de l’Histoire. Dans les cas, le rapport au temps présent est primordial. Olivier Crou, en analysant les webdocs historiques La nuit oubliée et 17.10.61, estime que ce sont « comme des lieux mémoriels »(118). Nous pensons que le webdoc historique est l’archétype même du lieu mémoriel. En effet, c’est un programme médiatique qui est moins dans une logique de flux que dans une logique de stock. Il est consultable à tout moment. Il se construit comme un espace de consultation, de remémoration et d’engagement. Le web-documentaire historique est la trace que la société se souvient ou du moins assume son passé. Henri Atlan et Edgar Morin parlent d’une « revitalisation »(119). En effet, « au-delà de la simple anamnèse, la commémoration réintroduit l’évènement dans la vie présente et dans la perspective future ; elle lui fait jouer un rôle fondamental et parfois fondateur. »(120) La commémoration n’est donc pas simplement une célébration. Elle est l’occasion de revivre l’évènement, de le re-écrire. Le web-documentaire historique tisse donc un lien entre les temps passé, présent et futur.

« Je me prépare à chanter un chant que je connais. Avant que je commence, à mesure que les éléments prélevés de mon attente deviennent du passé, ma mémoire se tend vers eux à son tour ; et les forces vives de mon activité sont distendues, vers la mémoire à cause de ce que j’ai dit, et vers l’attente à cause de ce que je vais dire. Néanmoins mon attention est là, présente; et c’est par elle que transite ce qui était futur pour devenir passé. Plus cette action avance, avance, plus s’abrège l’attente et s’allonge la mémoire jusqu’à ce que l’attente tout entière soit épuisée, quand l’action tout entière est finie et a passé dans la mémoire »(121)

La dialectique des trois temps présents de Saint Augustin illustre parfaitement ce que représente le web-documentaire historique. Il est un chant. Le chant d’un événement historique qui traverse les mémoires et le temps. En cela il est un chant mémoriel. Cette logique de la commémoration est impulsée ou du moins suivie par les médias eux mêmes. Les médias multiplient les séries et des émissions à thème historique lorsque des dates anniversaires marquent le calendrier. Inscrire l’Histoire dans une temporalité de la commémoration est une démarche médiatique et sociale qui enferme cette discipline dans une dimension événementielle.

118 CROU, Olivier, De la difficulté de critiquer le webdocumentaire publié le 06 février 2012 sur le blog webdocu.fr
[Disponible en ligne : http://webdocu.fr/web-documentaire/2012/02/06/de-la-difficulte-de-critiquer-unwebdocumentaire/]
119 ATLAN, Henri et MORIN, Edgar, Sélection, réjection in Communications, 49, 1989 pp. 125-135 [Disponible en
ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1989_nim_49_1_1742]
120 Ibid
121 SAINT AUGUSTIN, Confessions, LIVRE XI paragraphe 28, 38

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