3) Pourquoi doit-on innover ?

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Dans ce travail, face à la diversité des Festivals, nous nous focaliseront sur les Festivals de musique, catégorie de Festival qui représente un marché intéressant car possédant le plus grand nombre de projets mis en place en France et en Europe et également domaine en adéquation avec mes affinités personnelles. Ainsi, pour faciliter la compréhension et éviter des confusions, il est de noter que le terme « Festival » utilisé sans qualificatif et complément « de musique » aura, dans le développement qui suivra, pour signifié « les Festivals de musique ».

L’objet de cet écrit, en relation avec l’énoncé du sujet, sera d’analyser et argumenter les recettes et méthodes de la création d’un Festival « détonnant » soit qui allie à la fois succès et originalité. Par conséquent, nous nous attacherons à la phase de conceptualisation du projet c’est-à-dire que nous nous limiterons à la phase de programmation artistique sans traiter des phases opérationnelles ni même financières. Mais avant toute chose, pour savoir pourquoi doit faire preuve d’innovation, de différenciation, il convient de voir à quel marché nous sommes en présence et « confrontés ».

Depuis Woodstock en 1968, on a compris qu’il était possible d’attirer les foules dans les coins les plus reculés et les plus inattendus : l’Hexagone n’a pas tardé à suivre cet exemple édifiant et, dès juin 1971, un festival gratuit de musique pop – qui devait accueillir les Grateful Dead et les Rolling Stones, entre autres – est organisé à Auvers-sur-Oise. Le mauvais temps aura eu raison de l’ambition de son organisateur, Jean Bouquin, et le festival fut annulé le jour même de son ouverture. Il faudra attendre les Eurockéennes – qui ouvrent le bal dès 1989 avec pour objectif principal le pari de renforcer l’économie précaire du territoire de Belfort – pour que la France se dote d’un festival pérenne en province. L’effet boule de neige a été immédiat et depuis, les festivals ne cessent de se multiplier aux endroits les plus improbables, attirant toujours plus de monde comme aux Vieilles Charrues à Carhaix, qui comptabilisaient 500 festivaliers en 1992 contre pas moins de 230.000 aujourd’hui. En effet, depuis une vingtaine d’années, les festivals ne cessent de se multiplier à travers la France, en ville, à la mer comme à la campagne et d’attirer un public toujours aussi fidèle.

Les chiffres de fréquentation communiqués par les festivals aux médias démontrent que la crise financière et la baisse du pouvoir d’achat n’ont pas freiné les spectateurs en 2009. En effet, la plupart des « grands » Festivals ont maintenu, voire augmenté, leur nombre d’entrées : Avignon a réuni 160 000 personnes, record toutes catégories de l’été ; la biennale d’Art contemporain de l’Estuaire près de 890 000 ; plusieurs d’entre eux n’avaient même jamais accueilli autant de monde tels que le Main Square avec 85 000 festivaliers, les Vieilles Charrues avec 230 000, les FnacIndétendances avec 105 000, Rock en Seine avec 97 000 ; d’autres maintiennent ou augmentent leurs affluences tels que les Francofolies, les Escales, les Suds, les 3 Éléphants et le plus important d’entre eux au niveau européen, le Sziget Festival, a réuni – en 10 jours – 390 000 visiteurs.

Ces chiffres de 2009 évoquent que les – grands – festivals ont été épargnés par les aléas de la crise économique, néanmoins ils n’en sont pas moins confrontés à des défis toujours nouveaux pour affirmer leur identité au sein du paysage culturel et musical. En effet, ils sont estimés aujourd’hui à plus de « 4000 », tous genres musicaux confondus, disséminés aux quatre coins de l’Europe, dont « 2000 » en France, à se livrer bataille pour gagner leur ticket d’entrée dans la grande famille des Festivals. Face à ce nombre de festivals grandissant de manière exponentielle et à la difficulté pour les organisateurs de trouver des financements publics comme privés, nous l’imaginons bien, chacun doit rivaliser d’imagination pour allécher le public à l’offre de la programmation mais aussi afin de revendiquer son originalité, soit faire de son projet un évènement « détonnant ».

Et justement, comment apporter satisfaction et (d)étonnement au(x) public(s) ? La partie qui suivra, consistera, après avoir évoqué les réticences de la notion de « Marketing » au domaine de la culture, à étudier les pratiques culturelles des populations et des nouveaux comportements de consommation culturelle des populations, puis de comprendre ces comportements c’est à dire ce que recherchent les populations en participant à un évènement culturel et a fortiori à un Festival.

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