3. Méthodologie

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Dans ce chapitre, nous veillerons à présenter et justifier la méthodologie adoptée pour mener à bien notre recherche. Pour ce faire, il sera composé de trois parties : dans la première nous présenterons brièvement notre terrain d’enquête, la seconde sera consacrée à l’approche suivie et aux outils utilisés pour collecter nos données, et finalement dans la dernière nous présenterons notre échantillon et le déroulement de la collecte.

3.1. Présentation du terrain

Nous avons mené notre enquête de terrain dans la ville de Cordoba, lors d’un stage d’études effectué, via la Fondation Afos, d’octobre 2010 à janvier 2011.
La Fondation Afos(187) est une ong d’appui qui aide différentes petites et moyennes organisations sociales de Cordoba, actives principalement dans le domaine de l’éducation.

Dès lors, nous avons eu la possibilité de travailler dans trois organisations situées dans des quartiers différents de la ville(188) : Cecopar, Villa la Tela et la Bibliothèque populaire Madre Teresa. Les tableaux qui suivent donnent une brève présentation de ces organisations et des missions qui nous ont été confiées.

CECOPAR(189)

Situation : dans un quartier vulnérable (non marginal) au sud de la ville.

Présentation : Cecopar ou Centro Comunitario Por Amor (Centre Communautaire par Amour) est une ong reconnue comme association civile sans but lucratif par le gouvernement de Cordoba depuis 2001. Elle est née suite à l’initiative d’un groupe de voisins et amis qui, préoccupés par la situation de vulnérabilité des enfants et adolescents de leur quartier, commencèrent à se réunir de manière informelle afin de faire connaître la problématique de leur quartier, les nécessités de la zone…et d’essayer d’améliorer la situation. Ils se donnèrent pour mission de protéger les droits des enfants et adolescents en situation de vulnérabilité, de leur fournir écoute, assistance ainsi qu’à leur famille.

Dans l’ensemble, CECOPAR compte actuellement cinq projets en plus d’un cabinet psychopédagogique : un centre de protection infantile destiné à des enfants entre un et quatre ans, une crèche qui garde des enfants de 45 jours à quatre ans, des cours de soutien scolaire pour des enfants de six à douze ans et deux projets destinés à des adolescents, l’un en lien avec un service de protection des mineurs contre la toxicomanie, l’autre ciblé sur la reconnaissance de leurs droits.

Missions effectuées : cours de soutien scolaire à des enfants entre six et douze ans et participation à l’organisation des activités du centre (spectacles, jeux, chorégraphies…)

VILLA LA TELA(190)

Situation : dans la zone sud-ouest de la ville.

Présentation : Villa la Tela est le nom donné à un des quartiers les plus anciens et les plus grands de Cordoba. Suite à une importante crise que connut l’Argentine en 2001, de nombreux habitants furent expulsés de quartiers voisins et vinrent s’installer dans ce quartier marginalisé, qui regroupe actuellement plus de 800 familles composée chacune d’en moyenne cinq personnes.

Dans l’ensemble 75 % des habitants de cette zone reçoivent comme unique revenu une aide sociale minime de la part du gouvernement de la Province ou de la Municipalité. L’instabilité et la précarité de l’emploi prévalent à Villa la Tela et poussent de nombreux habitants à travailler au noir sans aucune garantie, sans droits ni sécurité de l’emploi.

Le travail infantile est également fort présent dans ce secteur (nettoyeurs de rue, collecteurs de cartons ou de bouteilles…) et est souvent le fait d’enfants de moins de 12 ans qui contribuent à apporter un revenu à leurs familles de manière occasionnelle ou régulière.
Dès lors, Villa la Tela compte un pourcentage élevé de familles dont les membres n’ont jamais pu terminer leurs années de scolarité obligatoire. Les enfants ont accès à l’enseignement primaire et dans une moindre mesure secondaire mais nombreux sont ceux qui rencontrent des difficultés durant leur scolarité et finissent par abandonner l’école.

Villa la Tela compte deux organisations : l’association civile BENJAMIN, formée par des voisins du quartier et le C.IC., Centre Intégrateur Communautaire, dont l’initiative provient de la Municipalité de Cordoba. Ce centre compte un cabinet médical, une ludothèque pour les enfants et différents locaux y sont disponibles pour des cours (de primaire par exemple) donnés à des adolescents et des adultes.

Missions effectuées : cours de soutien scolaire à des enfants et adolescents, organisation d’activités récréatives et éducatives (visites d’un musée, cours d’arts plastiques et de langues,…). Les cours étaient donnés certains jours dans la maison d’une des habitantes qui avait prévu une petite pièce à cet effet et les autres, dans une sorte de garage appartenant à l’association civile Benjamin.

Bibliothèque populaire Madre Teresa(191)

Situation : dans un quartier de classe moyenne-basse au nord de la ville.

Présentation : La bibliothèque populaire Mère Théresa est une association sans but lucratif crée en 2000, qui se dédie principalement à l’appui éducatif et à l’assistance de la famille en général. Elle est née de l’initiative d’un groupe de personnes du quartier, frappées par le fait que de nombreux enfants abandonnaient l’école faute d’avoir le matériel nécessaire, de pouvoir s’informer… Face à ce problème, des jeunes adultes du quartier commencèrent à donner des cours de soutien scolaire dans une des pièces de la bibliothèque. A part les cours de soutien scolaire et la bibliothèque en elle-même, d’autres activités ont également lieu dans cette association : un docteur généraliste y dispose d’un petit cabinet où il donne des consultations aux personnes âgées, aux familles du quartier en général, et le centre compte également une petite cuisine où sont préparés des goûters pour les enfants qui reviennent de l’école : certains viennent uniquement pour prendre le goûter et d’autres y restent pour les cours de soutien scolaire.

Missions effectuées : cours de soutien scolaire à des enfants du primaire et en moindre mesure du secondaire.

L’emplacement de ces organisations nous a donc permis de mener notre enquête de terrain dans trois quartiers différents : un quartier marginalisé (Villa la Tela), un quartier vulnérable (Cecopar) et un quartier de classe moyenne-basse (Bibliothèque Madre Teresa).

Nous allons maintenant présenter dans la section suivante l’approche adoptée et les outils utilisés pour collecter nos données.

3.2. Présentation des outils de collecte de données

Comme nous l’avons exposé en introduction, notre but est de comprendre pourquoi des jeunes argentins de Cordoba abandonnent aujourd’hui l’école, avant la fin de leurs études secondaires. Nous avons, pour ce faire, décidé d’adopter une approche qualitative.

En effet, le but que nous poursuivons n’est pas d’expliquer le phénomène des abandons scolaires à Cordoba mais de le comprendre. Nous ne cherchons pas à généraliser et énumérer toutes les causes pour lesquelles de jeunes argentins abandonnent aujourd’hui leurs études, mais à connaître l’opinion de certains acteurs (enseignants, parents, étudiants…), le sens qu’eux donnent à cette problématique.

« Or, ce point de vue de l’acteur est indéniablement mieux approché au moyen d’interviews et d’observations détaillées que par le biais de méthodes extensives (questionnaires ou échelles d’attitudes, par exemple) ».(192)

Vu la courte durée de notre présence sur le terrain, l’observation participante ne nous a pas paru adéquate. Nous ne pouvions rester sur place qu’un temps limité, le temps prévu pour notre stage et il ne nous semblait dès lors pas possible, en si peu de temps, de pouvoir récolter des informations suffisantes.
C’est pourquoi, au vu du terrain et de la problématique, nous avons choisi de collecter nos données à partir d’entretiens semi-directifs.

Ceci dit, nous avons tout de même pu faire certaines observations sur nos lieux de stage, nous les détaillerons un peu plus loin, dans la section suivante.
On distingue généralement cinq types d’entrevues en fonction du « degré de liberté laissé aux interlocuteurs et le niveau de profondeur des informations recueillies » (clinique, en profondeur, centrée, à questions ouvertes et à questions fermées).(193)

Dans notre cas, le type d’entrevue qui nous a semblé le plus approprié pour notre recherche est l’entretien semi-directif c’est-à-dire à questions ouvertes. En effet, nous voulions laisser une assez grande liberté de réponse aux enquêtés, tout en ayant une liste de questions que nous souhaitions aborder.

En fait, au moment de la collecte des données, notre cadre conceptuel n’était pas encore très bien défini, notre hypothèse était plus ou moins formulée, mais pas les indicateurs à observer.

C’est pourquoi nous avons élaboré notre guide d’entretien à partir de la question de recherche et de questions générales, établies autour de la problématique.
En formulant ces questions, nous avons veillé à rester le plus neutre et le plus ouvert possible par rapport aux avis de nos répondants.

On pourrait qualifier notre approche de semi-inductive, dans le sens où nous avons abordé notre recherche à partir d’un certain nombre de questions préalables, tout en restant ouvert à de nouvelles idées.(194)

Comme nous l’avons vu dans la revue de la littérature, de nombreux auteurs considèrent que la situation actuelle en Argentine en matière d’éducation découle de réformes prises dans le passé. Nous avons dès lors choisi de débuter nos entretiens par des questions générales, en guise d’entrée en matière, notamment concernant la situation actuelle de l’éducation en Argentine, pour ensuite poser des questions portant directement sur la problématique des abandons scolaires.
Etant donné que Cordoba compte un nombre important d’écoles privées, il nous a semblé pertinent d’inclure une question sur la distinction écoles privées/publiques.

Nous avons également introduit une question concernant le rôle de l’Etat afin de savoir l’opinion de nos locuteurs sur ses responsabilités, s’ils partageaient l’idée d’une décentralisation de la gestion éducative…

Le cadre suivant reprend les questions générales posées durant nos entrevues. Cependant, il nous a fallut parfois modifier l’ordre des questions tel qu’il est présenté ici ou les questions-elles mêmes, en fonction de nos enquêtés et des propos tenus.

Guide d’entretien- type

– Introduction : Présentation personnelle et présentation de la recherche.
– Pourrais-tu te présenter un peu ? (et l’organisation dans laquelle tu travailles).
– Peux-tu m’expliquer un peu comment fonctionne le système éducatif en Argentine ?
– Y-a-t-il des différences entre régions, villes… ?
– Que penses-tu de la situation actuelle de l’éducation en Argentine (primaire et secondaire) ?
– Y-a-t-il eu des changements ?
– Quels sont selon toi des points positifs/négatifs ?
– Existent-ils des différences entre écoles privées et publiques ?
– Concernant les abandons scolaires (primaire et secondaire), tu sais s’il y en a beaucoup ou peu
actuellement à Cordoba et en Argentine en général ? Avant il y en avait plus/moins ?
– Y-a-t-il des différences entre primaire et secondaire ? Des différences entre villes ?
-Quels sont les facteurs selon toi qui expliquent ces abandons ? Quelles seraient selon toi des solutions ?
-Quel devrait être selon toi le rôle de l’Etat ?

L’entretien semi-directif permet d’obtenir des réponses assez profondes en fonction des questions posées et « en ce qui concerne une analyse qualitative des données, l’entrevue est une bonne technique pour découvrir le sens et les finalités que des acteurs associent à leur situation ou à leurs actions ».(195)
Cependant, c’est une technique qui peut également présenter des faiblesses car elle repose sur des « postulats douteux »(196) : l’idée que les enquêtés sont conscients du phénomène étudié et qu’ils disent la vérité.(197) En effet, comme le fait remarquer François Dépelteau, le chercheur « tient pour acquis que les enquêtés connaissent le thème abordé, qu’ils y ont déjà réfléchi, qu’ils ont des connaissances valables à ce sujet et qu’ils peuvent se confier ouvertement ».(198) Il ajoute qu’ « une entrevue ne cerne pas la réalité en soi, mais une opinion de cette réalité qui peut comporter une dimension stratégique, de l’ignorance, des pensées superficielles et du refoulement ».(199)

Dans notre cas, nous faisons donc le postulat que nos répondants connaissent la problématique des abandons scolaires et peuvent s’exprimer librement sur ce sujet.

Un autre inconvénient de cette technique tient au fait que l’enquêteur peut parfois influencer à son insu les réponses de ses enquêtés, d’où la nécessité de rester le plus neutre possible.(200)

Dans la section qui suit, nous présentons notre échantillon ainsi que la façon dont s’est déroulée la collecte des données.

3.3. Echantillon et collecte des données

Afin de recueillir nos données, nous avons procédé à un entretien exploratoire et sept entretiens semi-directifs. L’entretien exploratoire a été mené auprès d’un groupe de sept personnes et les entretiens semi-directifs auprès d’une seule personne chaque fois.

Lorsque nous avons procédé à la collecte des données, notre but n’était pas d’obtenir un échantillon représentatif mais plutôt de miser sur sa variété, d’interroger des personnes de profils divers en rapport avec la problématique : des enseignants, des parents, des étudiants…

Or, sur place il nous a été difficile d’interroger certaines personnes, en particulier les parents et étudiants des secteurs vulnérables.

Le problème n’était pas tant de rentrer en contact avec eux, mais d’avoir une entrevue et de l’enregistrer. Cela nous a d’ailleurs été vivement déconseillé par notre coordinatrice de stage, selon qui il était préférable de converser avec les parents et étudiants sans magnétophone et de prendre des notes juste après.

Elle nous a également fait remarqué que ces personnes ne diraient sans doute pas la même chose se sachant enregistrées. Ce qui rappelle les désavantages de l’entrevue vus dans la section précédente : le fait que l’enquêté puisse ne pas dire la vérité ou encore qu’il puisse dire certaines choses « pour faire plaisir » à l’enquêteur.

Nous avons donc collecté certaines données de cette manière, en conversant de manière informelle avec des mères et jeunes du quartier marginalisé Villa la Tela.

Nous nous sommes ainsi rendu compte que ces mères, n’ayant elles-mêmes pas pu terminer leurs études, accordaient en général beaucoup d’importance à la scolarité de leurs enfants et à ce qu’ils poursuivent des études secondaires.

Cependant, très peu d’élèves du secondaire assistaient aux cours de soutien scolaire que nous donnions dans ce quartier (dans les autres quartiers également), il était donc assez difficile de rentrer en contact avec eux. Seul un adolescent âgé de treize ans venait régulièrement mais sans activités scolaires car nous avons su par lui qu’il n’allait plus à l’école depuis plusieurs mois. Lorsque nous lui en avons demandé la raison, il a répondu qu’il n’avait pas envie et n’a pas voulu s’attarder sur le sujet. Il venait aux cours de soutien scolaire essentiellement pour prendre des cours de français ou pour passer le temps.

Le sujet des abandons scolaires était donc difficile à aborder, soit parce que nous ne voyions que très peu d’adolescents, soit parce que les rares jeunes avec qui nous parlions, ne voulaient pas aborder le sujet.

Sur nos deux autres lieux de stage, Cecopar et la bibliothèque Madre Teresa, nous avons également eu très peu de contacts avec des adolescents.

En fait, des élèves du secondaire ne se sont présentés qu’une seule fois aux cours de soutien scolaire de la bibliothèque, pour se préparer à leurs examens de fin d’année.

Nous ne pouvons que faire des suppositions sur l’absence des adolescents à ces cours (pas intéressés, on ne les aide pas suffisamment, ils n’ont pas le temps etc.) mais en revanche, pour ce qui est des élèves du primaire, nous avons pu observer certaines différences entre la bibliothèque et nos deux autre lieux de stage.

Dans le quartier de la bibliothèque, dont les habitants sont pour la plupart issus de la classe moyenne-basse, la scolarité des enfants semble davantage suivie. Les élèves étaient en général nombreux à venir, en général accompagnés puis recherchés par leurs parents, et ils avaient toujours de quoi faire.

Cela pourrait s’expliquer par l’ancienneté de la bibliothèque, qui existe depuis une dizaine d’années maintenant, mais aussi par les contacts étroits qu’elle entretient avec les écoles du quartier. Une des jeunes enseignantes boursières de la bibliothèque(201) se rend dans les écoles afin de parler de la bibliothèque, de faire en quelque sorte de la publicité pour les cours de soutien scolaire. Parfois, ce sont les enseignants de ces écoles eux-mêmes, qui y envoient leurs élèves. Les parents semblent également assez impliqués dans le processus de suivi, se tiennent au courant des progrès et des lacunes de leurs enfants. C’est en tout cas ce que nous avons pu observé en travaillant sur place.

Par contre, dans les deux autres quartiers, il n’y a pas ou très peu de suivi.

C’est surtout le cas de Villa la Tela qui est le plus problématique, dans le sens où beaucoup d’enfants venaient aux cours pour passer le temps, se divertir, mais n’amenaient pas avec eux de devoirs ou de matières à réviser, perturbant ainsi ceux qui en avaient.

Parfois, certains enfants de presque 10 ans, savaient à peine lire ou écrire, ce qui pose question par rapport à la préparation qu’ils reçoivent à l’école.

Dans ce même quartier, nous avons eu la possibilité de mener un entretien exploratoire, sans magnétophone mais suivi de notes, auprès d’un groupe de jeunes et adultes.

Il a eu lieu avant un cours de primaire pour adultes, suivi par ces personnes dans un centre communautaire de Villa la Tela.(202)

Avant de mener cet entretien, nous étions déjà venue assister quelques fois à des débats donnés par une volontaire de la Fondation Afos, avant ces mêmes cours. Les élèves et l’enseignante nous connaissaient donc déjà de vue avant l’entretien exploratoire et, nous avions demandé préalablement à l’enseignante son autorisation.

Le groupe était composé de six élèves en plus de l’institutrice, dont parmi eux deux adolescents de 17 ans (une fille et un garçon), trois dames d’une cinquantaine d’années et une dame âgée de plus de 60 ans.

Nos questions étaient assez générales et portaient sur la situation actuelle de l’éducation en Argentine et sur les causes des abandons scolaires.

L’entretien a duré une trentaine de minutes et, bien que seules quelques-unes des personnes présentes, dont l’enseignante, se soient exprimées, nous avons pu récolter certaines informations issues de leur vécu.

Une des dames d’une cinquantaine d’années nous a par exemple, raconté son déménagement d’un quartier où l’école de ses enfants n’avait pas un très bon niveau.
Lorsqu’elle s’est installée à Villa la Tela et vu la mauvaise réputation de ce quarter-ci, elle s’attendait également à ce que le niveau de la nouvelle école ne soit pas très bon. Or, nous a-t-elle dit, elle s’est ensuite rendue compte que le niveau de cette école était nettement meilleur que celui de la précédente. Ce qui, de son point de vue, contredisait l’idée selon laquelle les quartiers les plus vulnérables ont nécessairement les moins bonnes écoles.

Concernant la problématique des abandons scolaires, la plupart s’accordaient pour dire que la faute reposait sur les adultes : l’enfant ne se rendait pas à l’école parce que ses parents préféraient le garder pour travailler ou tout simplement ne le surveillaient pas.

L’adolescente de 17 ans a également remarqué que certains enfants faisaient semblant d’aller à l’école mais qu’en réalité ils se retrouvaient pour jouer ou passer le temps en bandes.

Selon elle, certains n’y allaient pas pour des raisons d’hygiène : parce qu’ils n’avaient pas de savon pour se laver par exemple.

Cet entretien exploratoire nous a donc permis de recueillir certaines idées concernant la problématique des abandons scolaires, dans un quartier marginalisé de Cordoba.

Cependant, étant un entretien de groupe, nous avons remarqué que seules certaines personnes s’exprimaient, en général celles qui avaient l’habitude de le faire aux débats précédents auxquels nous avions assistés. Dès lors, nous nous privions de l’avis des autres personnes présentes qui, même si elles ne prenaient pas la parole, avaient peut-être des informations intéressantes sur la problématique. En effet, dans un groupe ce ne sont pas forcément ceux qui en savent le plus qui s’expriment, mais ceux qui osent prendre la parole.

En outre, du fait que ces jeunes et adultes suivent des cours de primaire, ce sont des personnes qui vont avoir tendance à valoriser l’éducation et donc, à émettre des avis qu’on ne retrouvera pas forcément chez d’autres habitants de Villa la Tela. C’est un biais à prendre en compte.

Les informations récoltées par cet entretien exploratoire et nos observations sur place, nous ont donc essentiellement servi comme pistes de réflexion.
Nous avons ensuite procédé à sept entretiens semi-directifs : trois auprès de personnes que nous connaissions déjà grâce à notre stage et quatre auprès d’étudiants que nous n’avions jamais rencontrés auparavant.

Pour constituer notre échantillon, nous avons donc eu recours à deux techniques : l’échantillon par choix raisonné et l’échantillon boule de neige.(203)

Nous avons commencé par interroger des personnes sur nos trois lieux de stage à savoir l’enseignante de primaire donnant des cours pour adultes à Villa la Tela, une enseignante du secondaire et membre de Cecopar et la directrice de la Bibliothèque Madre Teresa.

C’est un échantillon que nous avons délibérément choisi pour sa diversité (trois quartiers différents et trois fonctions différentes également) mais aussi pour son accessibilité : étant des personnes que nous côtoyions sur nos lieux de stage, il nous était plus aisé d’obtenir un entretien avec elles.

En outre, nous les avons également choisies dans la mesure où, de par leurs fonctions, nous pensions qu’elles pourraient nous apporter diverses informations sur la situation de l’éducation argentine et la problématique des abandons scolaires.

Les quatre autres entretiens ont été menés auprès d’étudiants universitaires.

Les coordonnées de deux d’entre eux nous ont été transmises par un volontaire local de la Fondation Afos. Selon lui, ces étudiants, de par leur participation à divers mouvements de jeunes, pouvaient nous donner des informations utiles par rapport à notre problématique.

Les deux autres étudiants ont été contactés, quant à eux, par l’intermédiaire des premiers que nous avions interrogés.

Nous avons donc ainsi pu obtenir un échantillon de profils variés.

Cependant, en constituant de la sorte notre échantillon, nous nous sommes, comme disent Stéphane Beaud et Florence Weber, coupée « d’autres réseaux ou d’autres sous-groupes »(204), notamment par exemple des enseignants qui ne travailleraient pas dans une organisation.

Pour comprendre la problématique des abandons scolaires, nous nous sommes aussi, de la sorte, adressée à des personnes qui, même si elles connaissent le sujet, ne sont pas directement concernées : nous n’avons pas dans notre échantillon d’étudiants en décrochage ou de parents d’étudiants ayant abandonné leurs études, par exemple. Et cela, principalement vu les difficultés de rencontrer et d’interroger ces profils, comme nous l’avons exposé plus haut.

Dès lors, nous avons tenté de cerner la problématique des abandons scolaires à partir de l’échantillon que nous avons pu constituer sur place.

Dans le chapitre suivant consacré à la présentation des résultats de notre recherche, nous présenterons plus en détail quatre répondants (sur les sept interrogés), avant d’entamer pour chacun l’analyse de leurs entretiens respectifs.

Nous nous sommes restreinte à ces quatre entretiens uniquement vu la difficulté d’analyser les trois autres : les réponses n’étaient pas assez développées, ils n’émettaient pas réellement d’avis…et ne répondaient donc pas aux exigences de la méthode d’analyse choisie, méthode que nous allons détailler dans le chapitre qui suit.

187 Fondation AFOS, http://www.fundacionafos.org.ar/Ingles/QuienesSomos.htm, page consultée le 03/08/2011.
188 Voir plan en annexe.
189 CECOPAR, http://cecopar.blogspot.com, page consultée le 03/08/2011.
190 Par rapport à la description de Villa la Tela, nous nous référons essentiellement aux informations fournies par la Fondation Afos et aux observations faites sur place.
191 Les éléments de cette présentation proviennent d’un entretien réalisé auprès de la présidente de l’organisation et d’observations faites sur place.
192 PAQUAY, L., et al., L’analyse qualitative en éducation. Des pratiques de recherche aux critères de qualité, Bruxelles, De Boeck, 2006, p.56.
193 DEPELTEAU, F., La démarche d’une recherche en sciences humaines. De la question de départ à la communication des résultats, Bruxelles, De Boeck, 2010, p.319.
194 DEPOVER, C., « Méthodes et outils de recherche en sciences de l’éducation », site du Département des Sciences et de la Technologie de l’Education, décembre 2009, http://ute.umh.ac.be/methodes, page consultée le 4 août 2011.
195 DEPELTEAU 2010, p.334.
196 Ibid., p.335.
197 Ibidem
198 Ibidem
199 Ibid., p.336.
200 Ibidem
201 Nous avons appris ces informations sur place en conversant avec la responsable de la bibliothèque.
202 Il s’agit du C.I.C., centre intégrateur communautaire, que nous avons brièvement mentionné précédemment, en présentant Villa la Tela.
203 DEPELTEAU 2010, pp.226-227.
204 BEAUD, S., et F. WEBER, Guide de l’enquête de terrain, Paris, La Découverte, 2010, p.106.

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