3) L’échec des grèves tournantes

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La grève tournante est une grève « qui affecte successivement divers ateliers ou services d’une entreprise »187. Par sa nature même, elle est rejetée en bloc par les 74

mouvements se revendiquant de la défense du prolétariat, dont les trotskistes, convaincus de l’aspect nocif de la grève tournante, appelée également « grève partielle » : « D’ailleurs l’immense majorité des travailleurs est consciente de l’inutilité ou même de l’aspect négatif des grèves partielles et tournantes »188. La grève tournante, est carrément assimilée par Voie Ouvrière à une garantie de sécurité pour la bourgeoisie, du fait qu’en ne s’unissant pas entre eux, les ouvriers se dispersent, et gâchent par conséquent leur combat. C’est cela que recherche la bourgeoisie capitaliste, à travers des mouvements réformistes, donc collaborateurs de classe, dans la pensée trotskiste : « Les grèves tournantes sont une trouvaille déjà ancienne des réformistes pour faire s’échapper l’énergie des travailleurs en petits jets de vapeur pour éviter l’explosion révolutionnaire. C’est une véritable soupape de sûreté à l’égard de la bourgeoisie »189. Voie Ouvrière fait par ailleurs appel au ressenti des travailleurs quant aux grèves tournantes. Tous semblent considérer ces dernières comme inutiles : « Face à tout cela, est-ce que des grèves tournantes, est-ce que des grèves partielles suffisent ? Non ! Et nous le savons tous »190. L’essentiel n’en demeure pas moins que la lutte de tous les travailleurs ne doit à aucun moment être interrompue, C’est le point fondamental de l’enseignement à tirer de cette arme ouvrière impopulaire qu’est la grève tournante : « La faillite des grèves tournantes ne doit pas interrompre notre lutte »191. 75

Conclusion : Si la première partie a abordé la question de la « Guerre révolutionnaire » d’un point de vue théorique, ici, c’est de l’inverse dont il s’agit. Cette deuxième partie, intitulée « Les modalités de la Guerre révolutionnaire », focalise notre étude sur l’aspect pratique des choses. Nous voyons là comment est appliquée cette « Guerre révolutionnaire », en Russie et en France. Ont donc été étudiées la Révolution d’Octobre 1917, qui repose sur une insurrection armée mûrement préparée, mais aussi la guerre civile russe et la campagne russo-polonaise de 1919-1921, l’accent étant mis sur une Armée rouge créée dans le but de sauver les acquis de la Révolution d’Octobre 1917. Suivent ensuite les moyens d’action révolutionnaires dans la France des années 1960, à travers notamment les évènements de Mai 68, que nous pouvons étudier à travers les articles du journal Trotskiste Voie Ouvrière. D’une façon générale, plusieurs formes de grèves sont proposées, la grève générale emportant néanmoins l’adhésion du mouvement ouvrier dans son ensemble, les grèves tournantes étant jugées néfastes par et pour le prolétariat, tandis que l’organisation syndicale, véritable moyen d’expression démocratique et ouvrière, apparaît à tout le moins indispensable pour faire triompher un nouveau « Juin 36 ». 76

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