2.2. Les conflits armés en Afrique, expression de résistance à la conquête coloniale

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La conquête coloniale qui est marquée par la signature de traités, de protectorat et d’amitié avec les chefs africains, va connaître un cycle de violence. Les missionnaires vont se buter à de vives tensions car des royaumes et peuples organisés, habitués à vivre selon leur mode social, en liberté, se refusent de passer sous la domination d’une puissance étrangère.

Abordant les faits et actions qui se sont déroulés durant cette période, Christian Roche s’est lancé dans la description des principaux mouvements de résistance menés sur le continent(37).

De l’Est à l’Ouest, du nord au sud, les mouvements africains ont marqué le cours des rapports difficiles entre le colonisateur et les africains mais dénoncent aussi les causes de ces conflits, comme le témoigne la déclaration de Jules Ferry(38) « …. Je répète, qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

L’empire colonial qui s’est mis en place vers la fin du XIXème siècle comprend trois régions : l’Afrique occidentale française (AOF), l’Afrique Equatoriale française (AEF), la côte de Somalie et de Madagascar (plus la réunion et une partie des Comores) (39). Cette période est caractérisée par une exploitation à outrance des ressources humaines et naturelles et, la résistance aux actes coloniaux qualifiés par certains observateurs de très marginales, restent cependant non négligeables ; des missions, des troupes coloniales ont affronté des vives résistances au moment de leur pénétration sur le continent africain.

En AOF, sous prétexte de mettre terme aux razzias, les colons vont se lancer à la conquête du Dahomey afin d’avoir les comptoirs dans le golfe de guinée. Face à une expédition lancée par le colonel Dodds, le Roi Béhanzin avec le soutien des tirailleurs sénégalais, va opposer une résistance qui dura deux ans avant d’être capturé.

C’est aussi le cas de Boukary Koutou à Ouagadougou qui s’oppose au protectorat français. Son combat de quinze jours est une occasion donnée aux occupants de mettre après leur passage, une ville dans un état de destruction totale. La tentative des britanniques qui veulent s’emparer du trône d’or, symbole de la fédération d’Akan, s’est confrontée à la résistance des autochtones.

Dans les royaumes islamisés, Amidou Tall, fier du royaume que son père lui a légué, s’oppose à la colonisation. Cependant, sous pression des conquérants français, il signe avec Gallieni, la liberté du commerce au Soudan car, sur le littoral sénégalais, les colons ont pour objectif de progresser vers l’Est et plus précisément vers le Niger. Malgré l’attitude pacifique qu’affiche Gallieni vers l’intérieur après une négociation avec Ahmadou Chékrou, les armes vont prendre le dessus. C’est ainsi qu’entre 1890 et 1900, les français gagnent du terrain grâce à leur puissance en armement, mais surtout par des manœuvres politiques. Avec cette étape brisée, Gallieni va avoir sur son parcours un farouche adversaire, Samory Touré qui, vingt ans durant, empêche la progression des troupes coloniales vers le Niger.

Les accords signés entre les deux parties, cédant la rive gauche du Niger à la France, n’est qu’illusoire car, dans son rapport adressé en 1895 au Ministre des colonies, Edouard Guillaumet(40) précise : « depuis une quinzaine d’années nous nous trouvons en présence de l’Almany Malinké Samory Touré, nous l’avons tantôt comme allié, tantôt comme ennemi. A l’heure actuelle, à la suite des dernières expéditions tentées contre lui, nous sommes obligés de le considérer comme ennemi. Son commerce a une grosse valeur………Or ce commerce devrait être à nous…..soit par la guerre, et je ne discuterais pas cette grosse question…. »(41).

Les affrontements deviennent acharnés entre les deux camps. Les défaites successives de Samory face aux français, l’obligent à adopter une nouvelle stratégie de combat, celle de l’attaque frontale qui se traduit par la guérilla. Avec ses hommes, il se déplace au fur et à mesure, laissant derrière eux villages en ruine, caractérisés par des amas de détritus, jusqu’à son retranchement dans la grande forêt du Libéria où son camp est assiégé par l’ennemi.

En AEF, la bataille pour la conquête du Tchad commence en 1900. Les troupes françaises, venues d’Alger, du Niger pour se joindre à celle se trouvant déjà aux confins du fleuve Chari, s’affrontent avec les troupes de Rabah Fadlallah à Kousséri(42). Ce marchand d’esclaves, en provenance du Soudan, met sur pied une importante troupe qu’il dote avec des armements acquis par le commerce d’esclaves et d’ivoire. La supériorité de la coalition française n’a pas permis à Rabah de survivre ; comme lui, beaucoup d’officiers et militaires français, des tirailleurs auxiliaires et des populations locales ont péri dans ce conflit.

De son côté, le roi Ménélik d’Ethiopie marque une victoire face aux italiens, tandis qu’au Kényan, la population oppose une résistance à la construction du chemin de fer initiée par les britanniques.

En Afrique du nord, et plus précisément au Maroc, la colonisation se heurte à la résistance des chefs locaux tels que Mouha Hammou Zayani, Mouha ou Saïd à EL Ksiba, Mohamed Abdelkrim El Khattabi au Rif Oubasslam des Ait Attas au Haut Atlas. Toutefois, l’occupation de Fès par les tribus amazighes (berbères) rebelles, favorise l’intervention de la France, sollicitée par le Sultan Moulay Abdul Aziz ; une colonne des troupes françaises, composée d’environ vingt mille hommes entre à Fès. Sous prétexte de défendre ses intérêts, l’Allemagne réagit et dépêche une canonnière à Agadir. Finalement un accord entre les deux puissances va être conclu et le Maroc passe sous protectorat français(43).

37- Christian ROCHE, Afrique Noire et la France au XIXème siècle, conquête et résistance Karthala, Paris, 2011, 224 p.
38- Jules Ferry est un homme politique français (1832-1893). Il est l’auteur des lois de la 3ème République Française, ayant crée l’école gratuite, laïque et obligatoire. Partisan de la colonisation, il parle des étrangers en des termes jugés aujourd’hui racistes. Sa politique coloniale l’a rendu impopulaire en 1885
39- Colonies françaises d’Afrique. Madagascar. Ile de la Réunion. www.cosmovisions.com/atlasvlo80.htm
-Pour mieux comprendre la période coloniale en Afrique, Afrique histoire, économie, politique 1998-2001 Source : http://www.afriquepluriel.ruwenzori.net/colonial9.htm
40- Edouard GUILLAUMET, Délégué du Soudan Français, Membre du Comité Consultatif des Colonies. Projet de Mission chez Samory-Soudan Français. Rapport à M. le Ministre des Colonies, 1995, p. 5
41- Guillaumet Edouard, Projet de Mission chez Samory, Soudan Français, Rapport à M. le Ministre des Colonies, Paris, Imprimerie et Librairie Centrale des Chemins de Fer, 1895
42- Mariel DEBOS, Tchad Index Chronologique, 1900-1960, Online Encyclopédia of Mass Violence, avril 2008.
43- Le Maroc, protectorat français.
Source : http://www.linternaute.com/histoire/motcle/78/a/1/1protectorat.shtml

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