2) La guerre russo-polonaise (Février 1919-Mars1921)

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Conformément à sa mission, l’Armée rouge est conçue dans le but d’exporter la révolution : « le décret du Conseil des commissaires du peuple du 12 janvier 1918, qui créa une armée régulière, fixait en ces termes sa destination : « Le passage du pouvoir aux classes laborieuses et exploitées rend nécessaire une armée nouvelle qui sera le rempart du pouvoir des Soviets… et l’appui de la prochaine révolution socialiste de l’Europe. En répétant le 1er mai le « serment socialiste » dont le texte a été maintenu depuis 1918 et l’est encore pour le moment, les jeunes soldats rouges s’engagent « devant les classes laborieuses de la Russie et du monde » à combattre « pour le socialisme et la fraternité des peuples sans ménager leurs forces ni leur vie »150. La guerre russo-polonaise, qui oppose l’Armée rouge aux armées polonaises du maréchal Joseph Pilsudski (1867-1935), est un bon exemple de cette philosophie. Décidée par Lénine mais boudée par Trotski, cette opération de guerre contre la Pologne vise à apporter un soutien révolutionnaire aux mouvements communistes en Europe occidentale. Par ailleurs, Lénine voit l’entrée de l’Armée rouge en Pologne comme le moyen de lier révolutions bolchevique et allemande. Dans Ma vie, Trotski explique son refus de se lancer dans la guerre russo-polonaise non par idéologie, mais parce que la préparation de cette opération est selon lui bâclée, et il tente de raisonner Lénine, en proie à un optimisme béat. Le résultat en est une débâcle de l’Armée rouge, taillée en pièces par une armée polonaise nationaliste et déterminée. Vingt ans plus tard, en 1939, Staline, qui a pourtant soutenu Trotski dans le refus de se lancer dans une guerre d’exportation révolutionnaire mal préparée, réitèrera la même erreur au cours de la guerre d’hiver contre la Finlande, en mettant au point en 63

quelques semaines une opération bâclée sensée installer un gouvernement prosoviétique fantoche en Finlande après s’être emparé de cette dernière151.

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