2) La Commune de Paris et la question des barricades

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Une insurrection armée, qui est un art, tant pour les fondateurs du marxisme que pour Trotski, nécessite un soulèvement, ultime prélude à cette même insurrection. En ce sens, l’insurrection armée obéit à des lois, et Trotski s’en réfère à la Commune de Paris, désireux d’établir un enseignement établi d’après les actes et les erreurs de l’un des plus célèbres communards, Auguste Blanqui : « L’insurrection est un art et, comme tout art, elle a ses lois. Les règles de Blanqui étaient les exigences d’un réalisme de guerre révolutionnaire. L’erreur de Blanqui ne consistait non point en son théorème direct, mais dans sa réciproque. Du fait que l’incapacité tactique condamnait l’insurrection à l’échec, Blanqui déduisait que l’observation des règles de la tactique insurrectionnelle était capable, par elle-même, d’assurer la victoire. C’est seulement à partir de là qu’il est légitime d’opposer le blanquisme au marxisme. La conspiration ne remplace pas l’insurrection. La minorité active du prolétariat, si bien organisée soit-elle, ne peut s’emparer du pouvoir indépendamment de la situation générale du pays : en cela, le blanquisme est condamné par l’histoire »108. Par là-même, Trotski en arrive à la question des barricades. Elément technique de l’insurrection, les barricades servent dans la première des tâches de l’insurrection, qui consiste à amener à elle les troupes, et donc de s’allier l’appareil de répression de l’Etat : « La première tâche de toute insurrection est d’amener à elle les troupes. A cela servent, principalement, la grève générale, les démonstrations de masses, les collisions dans la rue, les combats de barricades »109. Admettant l’utilité des barricades qui constituent un aspect de technique de l’insurrection, il invoque Engels dans son analyse : « Pour Engels, la question des barricades restait celle d’un des éléments techniques de l’insurrection. Or, les réformistes essayaient, devant la 49

négation de la valeur décisive de la barricade, d’en conclure à la négation de la violence révolutionnaire en général. C’est à peu près comme si, raisonnant sur la diminution probable de l’importance de la tranchée dans la prochaine guerre, l’on en concluait à l’effondrement du militarisme »110. Nous comprenons donc que Trotski juge les barricades comme étant utiles à tout mouvement révolutionnaire. Enfin, pour bien cerner le caractère d’une insurrection armée, il importe d’en comprendre les enjeux. Et c’est alors qu’intervient l’inévitable lien entre l’insurrection armée et la politique.

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