2-1) Une Europe en quête d’identité, anxieuse face à un islam à forte personnalité :

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Une étude commandée pour les dirigeants du célèbre forum économique de Davos, en Suisse révèle que la majorité des Européens ont une vision pessimiste des relations entre les deux communautés (NDA : communauté « musulmane issue de l’immigration» et communauté « européenne », si l’on considère qu’il puisse s’agir de deux communautés distinctes et « séparées ») et que seulement 30% estiment que « l’autre côté » est prêt à travailler en vue d’une amélioration de la situation.

Ainsi en Europe, 60% environ des citoyens sont convaincus que les pays musulmans ne les respectent pas. Le site internet MonSondage.com interprète ceci comme une « crainte croissante des Européens face à ce qui est perçu comme une menace pour leur identité culturelle » et en conclut que, « trop souvent, les médias comme l’opinion publique se concentrent uniquement sur la violence ou le terrorisme, renforç[ant] ainsi des stéréotypes crus et basiques ».

Figure 33 Les médias, vecteurs d’une image négative et stéréotypée des musulmans mythe ou réalité

Deux images représentant parfaitement l’image que se font certains de l’islam en Europe, celle d’un envahisseur ou d’un traître, en tous les cas celle d’une religion dénuée de bienveillance (dessin de gauche tiré du blog du dessinateur Bergol se définissant comme « islamopposant » et dessin de droite tiré d’un blog « laïc catholique » Le Salon beige).

D’ailleurs, comme le faisait justement remarquer Alain Gresh au cours d’un débat organisé par Frédéric Taddeï, « l’on entend beaucoup que l’Europe est un continent qui est envahi par les musulmans et qui est en train de changer de nature, or c’est sa culture qui est en train de changer .Ce n’est donc pas la menace terroriste qui est importante [mais plutôt] le fait qu’ils soient en train de changer les moeurs ». Ainsi, ce serait plus une crainte identitaire qu’exprimeraient les Européens qu’une réelle animosité pour l’islam et ses fidèles.

Encore une fois, – comme décrit dans le chapitre précédent – la piste des bouleversements politiques consécutifs à la fin de la guerre froide dans les années 80 semble privilégiée par les spécialistes. Comme l’explique Laurent Muchielli (chercheur au CNRS) dans son dossier « « La violence des jeunes » : peur collective et paniques morales au tournant du 20ème et du 21ème siècle » (disponible sur Islamlaicité.org) « avec la chute de l’empire soviétique [les] représentations du monde ont évolué pour faire place à d’autres rapports de force.

Le continent asiatique, l’Amérique du Sud et l’Afrique noire étant très éloignés de l’Europe, c’est l’évolution [tumultueuse] du bassin méditerranéen et de son prolongement au Proche-Orient qui a focalisé progressivement l’attention et [structuré] d’autres représentations en termes de menaces. »

Parallèlement, la prise de conscience par les pays européens du poids démographique et social des dernières vagues d’immigrés aurait contribué à ce que « les représentations de l’ordre du monde trouvent un écho direct dans l’ordre social interne des pays européens : la menace au plan international est supposée reliée à la menace au plan interne, le terrorisme international est supposé relié à certaines formes de délinquance au plan national. » Le résultat final étant une apparition progressive en Europe de la « figure de l’ennemi intérieur », figure qui n’est pas étrangère selon l’auteur à une « omniprésence du thème […] de la délinquance des jeunes issus de l’immigration » dans les discours politiques et au « retour des explications de type culturaliste ou ” ethnicisante ” [apportées] à cette délinquance […] au détriment des lectures sociales et psychosociales élaborées par les sciences humaines tout au long du 20ème siècle. »

Marc Cheb Sun, journaliste autodidacte et directeur de Respect Mag, développe dans son article « Il faut changer notre regard sur les musulmans » (23 janvier 2011, MyEurop.info) une thèse intéressante à ce sujet. Selon lui, « faute de pouvoir définir nos valeurs », nous Européens, aurions « recours à un miroir négatif pour les définir : celles-ci seraient le contraire des valeurs portées par l’islam. » Cette idée, à l’origine axiomatisée par le politologue Olivier Roy, est résumée par Cheb Sun comme le symptôme d’une Europe « vécue comme quelque chose qui freine et qui dissout les identités [au lieu] de les relier ».

En fin de compte, le contexte médiatique français « tendu » vis-à-vis de l’islam trouve là une explication supplémentaire et, on le comprend, les phénomènes qui jouent inconsciemment sur l’esprit des journalistes dépassent les simples convictions personnelles pour s’inscrire au sein d’influences contemporaines extra frontalières bien plus larges.

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