1)d. Les racines traditionnelles du manga et du film d’animation

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Le manga et l’animé sont étroitement liés ; leurs origines sont communes. En effet, souvent, les films d’animation sont réalisés à partir des mangas : c’est également le cas pour de nombreuses séries télévisées des années 1970-1980, adaptations des scénaristes de leurs propres mangas. Il convient cependant d’apporter quelques précisions sur le mot « manga », utilisé différemment en Occident et au Japon. Le mot « manga » est crée par le célèbre artiste japonais Hokusai au XIXe siècle. « Manga » est le titre de ses recueils destinés à ses disciples, composé de deux idéogrammes : man signifiant « exécuté de manière rapide et légère » et ga, « dessin ». Ce n’est qu’au XXe siècle que le mot « manga », retenu par d’autres artistes, prend le sens de dessin animé.

Aujourd’hui, le sens du mot a évolué. Pour les gens nés avant la guerre, « manga » désigne toujours une bande dessinée aux traits simples. Pour les jeunes générations cependant, « manga » désigne désormais les estampes de l’époque Edo. L’Occident utilise donc le terme « manga », qui ne s’utilise plus au Japon.(121)

Entre les mangas et animés contemporains et rouleaux enluminés de l’ère Edo, nous pouvons retrouver diverses similitudes et retracer les origines de certaines caractéristiques de l’animation japonaise.

Le réalisateur Isao Takahata explique dans son ouvrage Les Dessins animés du XIIe siècle, les éléments évocateurs du cinéma et des films d’animation dans les rouleaux de peinture du XIIe siècle classés trésors Nationaux, que les estampes des rouleaux traditionnels(les « emaki ») sont l’origine directe du dessin animé : « les emaki que l’on déroule peu à peu pour découvrir chaque scène, rendent l’impression d’écoulement du temps et de progression de l’action (…) comme les dessins animés. »(122)

On retrouve la longue tradition de l’estampe dans les dessins animés et mangas aujourd’hui : les Japonais ont toujours excellé dans la personnification d’animaux, et ce depuis des siècles ; c’est en effet un procédé largement exploité par les maîtres de l’ukiyo-e (« images du monde flottant »).(123)

Les phylactères existent déjà à l’ère Edo, et la composition des estampes en cases est déjà pratiquée par le peintre Hiroshije durant l’ère Meiji, dans les années 1880.(124)

Mais on peut retracer l’apparition des mangas, proches de ceux que l’on connait aujourd’hui, à l’époque où apparaissent les petites maisons d’édition non spécialisées, au XVIIe siècle. Les ouvrages qu’elles publient sont destinés au peuple, contrairement aux rouleaux enluminés destinés à l’élite ; ces ouvrages font une dizaine de pages, racontent des récits allant du conte pour enfants aux drames du théâtre Kabuki, aux histoires humoristiques. Les histoires se présentent alors souvent sous forme de feuilletons, au texte simple et aux multiples illustrations. On retrouve là les caractéristiques qui marquent l’apparition des bandes-dessinées du XXe siècle.(125)

Il est cependant intéressant de noter que les mangas que nous connaissons aujourd’hui, ainsi que les films d’animation japonais, séries télévisées et cinéma confondus, offrent deux styles de scénario. En effet, nous retrouvons une division entre les scénarios adressés à un public adulte et essentiellement masculin, et ceux adressés à un public plus féminin, ou plus jeune. Nous pouvons étudier, dans une seconde sous-partie, cette séparation à travers l’analyse des divers thèmes qu’exploitent les films, ainsi que les stéréotypes féminins qu’ils mettent en scène, symbolisant des messages différents selon le public auxquels ils sont destinés.

121 Koyama-Richard Brigitte, Mille ans de manga, Paris, éd. Flammarion, 2007, p.6-7
122 Ibid, p.12
123 Ibid, p.45
124 Ibid, p.58 et p.65
125 Ibid, p.42

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