1)b. Image d’une femme cultivée et puissante chez Miyazaki : limites des films et réalité du système éducatif au Japon

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Les personnages que nous avons cités précédemment, les femmes puissantes et hors de la sphère féminine, de par leur statut social élevé ou leur position de domination, sont également des femmes cultivées, vives et intelligentes.

L’une d’entre elles, Nausicaä, est une jeune femme intelligente, qui étonne son entourage masculin : son mentor, Maître Yupa, s’étonne lorsqu’elle lui révèle ses découvertes concernant la forêt. Il lui dit : « Tu as fait ça toute seule ? », comme s’il lui paraissait étonnant qu’une jeune femme ait pu faire de telles expériences ; mais cette phrase révèle aussi un sentiment de fierté de la part du mentor. Miyazaki montre par cette exclamation de la part de Maître Yupa, ou par son étonnement lorsque c’est Nausicaä qui lui sauve la vie –il supposait qu’il avait été sauvé par un homme- que la société japonaise n’admet pas au premier abord, qu’une femme ait un tel rôle. En effet, le fait que son intelligence, ses qualités de guerrière, son habileté en tant que pilote soient accueillies avec autant d’étonnement de la part des hommes, montre bien qu’il ne s’agit pas de quelque chose considéré comme étant habituel au Japon.

Cependant, nous pouvons constater que dans d’autres films, tels que Princesse Mononoké, les femmes ont une place supérieure à celle des hommes, sans ambigüité en ce qui concerne leur légitimité à s’y trouver ou de doute sur leurs capacités intellectuelles ou physiques. En effet, Dame Eboshi, à aucun moment, n’admet une faiblesse due à son sexe, et son entourage masculin n’évoque jamais le caractère étonnant de son statut élevé dans le village. En outre, le village est résolument féministe, les femmes y étant dominantes et menant leurs hommes « à la baguette ».

La société japonaise sépare les qualités des femmes de celles des hommes : les hommes sont guerriers, cultivés (ils accèdent ainsi aux postes de médecin, de militaire, de professeur d’université…) tandis que les qualités des femmes les complètent : douceur, tendresse, bonté, etc.
Or nous remarquons que les héroïnes de Miyazaki ont des qualités « d’hommes » et qu’elles étonnent les personnages masculins, lesquels ne s’attendent pas à ce qu’elles soient « capables ». Nous avons vu, en effet, que les femmes elles-mêmes ne se voient pas capables d’effectuer les mêmes tâches qu’un homme. Elles se désignent ainsi, d’elles-mêmes, à des carrières dans des sphères « appropriées à leurs qualités féminines » : professeur des écoles, assistante sociale, pédiatre, métiers de l’art, etc.

Ainsi nous remarquons ces limites perçues à travers le regard des personnages masculins dans les œuvres de Miyazaki. Les personnages de Porco Rosso nous en fournissent un bon exemple. En effet, le personnage de Fio est un exemple de jeune femme indépendante, intelligente, et qui, de plus, travaille dans un milieu très masculin : dans un garage d’avions de chasse. Ainsi les réactions du héros, Marco Pagot, nous confirment la difficulté des personnages masculins à admettre les capacités des femmes dans des domaines masculins.

Lorsque Fio souhaite réparer l’avion de Porco, ce dernier est réticent, n’étant pas sûr qu’une jeune fille en soit capable. Celle-ci se justifie en disant : « je ne peux pas arrêter d’être une femme, mais laissez-moi réparer votre avion ». Cette phrase montre bien à quel point le fait d’être une femme est « normalement » incompatible avec ce type de travail.

Une autre scène montre que la femme a une place à tenir par rapport à l’homme : Fio conduit une camionnette pour aller chercher Porco ; mais lorsque celui-ci arrive, elle lui laisse la place du conducteur. Ce geste, anodin, pourrait tout de même montrer qu’en dépit de ses qualités et ses capacités à faire un travail « d’homme », elle doit laisser l’homme tenir son « rôle d’homme ».

Le caractère « extraordinaire » de ces femmes est ainsi involontairement souligné. L’impression qui en ressort est que ces femmes sont perçues par les Japonais comme des femmes qui sont, effectivement, hors de leur sphère féminine, et que là n’est pas traditionnellement leur place.

Ayant observé que l’intelligence supérieure des héroïnes miyazakiennes est fortement mise en valeur dans les films, nous pouvons établir un parallèle avec la réalité de la place des femmes dans le système éducatif, et leur place dans les films.

Or, si les personnages féminins de Miyazaki sont glorifiés, admirés par les hommes, lorsque nous regardons l’éducation au Japon, nous remarquons qu’il existe toujours une division sexuée selon les domaines d’études, et cela jusque dans le travail.

Les femmes sont nombreuses dans les études de lettres, de langues ou d’art ; comme nous l’avons dit précédemment, elles se destinent majoritairement à un travail qui correspond à la sphère féminine. Les hommes quant à eux, étudient la médecine, les mathématiques, les sciences, etc. De plus, les universités pour femmes, les tandai, existent toujours, accentuant cette division sexuée.

Il est toujours difficile pour une femme d’accéder à un poste élevé, que ce soit en entreprise, dans les médias ou dans le monde de l’enseignement. De plus, les femmes ont l’obligation de penser à leur devoir de mère, et la pression du mariage persiste sur les jeunes femmes passées vingt-cinq ans.

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