1)a. Les débuts

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Hayao Miyazaki naît le 5 janvier 1941 à Tokyo. Pendant la Seconde guerre mondiale, son père dirigeait l’entreprise familiale « Miyazaki Airplane ».
L’entreprise fabrique des gouvernails pour les avions de chasse “Zero”, lesquels sévissent pendant la guerre. (134) Fasciné par ces avions, Hayao développe, dès l’enfance, une passion dévorante pour les engins volants qui ne le quitte jamais. On ressent bien cette passion dans ses films, avec une présence considérable d’objets volants, fantastiques ou pas : avions dans Porco Rosso, deltaplanes dans Nausicaä de la vallée du vent, oiseaux fantastiques et dragons volants dans Le Voyage de Chihiro, pour n’en citer que quelques uns. La guerre le marque profondément, ce qui aura par la suite une influence importante sur son travail et dirigera nombre de ses choix de sujets de film, prônant la non-violence et la paix.

Le jeune Hayao Miyazaki grandit avec une mère absente, celle-ci devant passer de nombreuses années confinée à l’hôpital. Elle peut revenir au foyer en 1947 mais demeure alitée. Miyazaki garde durant toute sa carrière le souvenir de la maladie, que l’on retrouve dans son œuvre (voir Mon Voisin Totoro). Le caractère de sa mère va également influencer son travail et sa vision des femmes : en effet, celle-ci était déterminée, courageuse, « dotée d’un fort caractère et de grandes capacités intellectuelles » (135). Les héroïnes de Miyazaki semblent être le reflet de cette femme, tout du moins dans l’intelligence et la détermination.

Adolescent, Miyazaki décide, comme beaucoup de jeunes en cette période d’après-guerre où les mangas sont en vogue, de se lancer en tant que dessinateur à la sortie du lycée. Il est influencé par les grands mangakas de son temps : Tezuka, Tetsuji Fukushima et Sanpei Shirato. Mais au lieu, comme tant d’autres, d’aduler leur travail, il veut suivre sa propre voie, en essayant de ne pas être trop influencé par le travail de ces « dieux du manga ».

Après la Seconde Guerre mondiale, l’influence occidentale se fait plus ressentir que jamais et l’animation, qui a été apportée par les Occidentaux, reprend de plus belle une fois la guerre terminée. L’animation japonaise recommence à produire du divertissement pur, et non plus un cinéma de propagande. C’est à la sortie du film Le Serpent blanc, réalisé par Taiji Yabushita en 1958, que Miyazaki décide de se diriger vers l’animation. Il déclare plus tard : « J’ai une confession embarrassante à faire : j’étais tombé amoureux d’une héroïne de dessin animé (…) Le serpent blanc avait laissé une forte impression sur mon immature personne » .(136)

De 1959 à 1963, Miyazaki étudie à la prestigieuse université de Gakushuin, en ressortant avec une thèse sur l’économie et l’industrie. Durant cette période, il découvre les grands auteurs occidentaux, dont Antoine de Saint-Exupéry, qui influence énormément son art de narrateur et sa manière de concevoir des personnages.(137)

A la sortie de l’université, il rejoint l’équipe du studio d’animation de la Toei, à Tokyo, où il débute en tant qu’intervalliste.
En 1964 il est nommé secrétaire en chef du syndicat de la Toei Doga, les studios d’animation de la Toei. Il y fait la rencontre d’Isao Takahato, son futur collaborateur aux Studios Ghibli.

En 1965, il saisit l’occasion de travailler sur le long-métrage Horus, prince du soleil : voyant la progression incroyable et le succès considérable des séries télévisées pour enfants, qui sont alors en plein essor au Japon, il craint que les occasions ne se représentent plus. Il travaille aussi sur des épisodes de séries télévisées en tant qu’animateur. Le travail de son mentor Yasuji Mori aura une grande influence sur lui d’un point de vue stylistique, influence qui se reflètera dans les oeuvres des studios Ghibli.

En 1971, il quitte les studios de la Toei avec son ami Isao Takahata et rejoint les studios A-Pro, et en 1973 Zuiyo Pictures. Durant cette période, afin de s’inspirer des paysages étrangers pour les séries télévisées sur lesquelles il travaille en tant que concepteur scénique, telles Heidi ou 3000 miles en quête de mère, il voyage beaucoup : Suisse, Suède, Italie, Argentine.

En 1979, Miyazaki réalise son premier long-métrage, mais n’en écrit pas le scénario : Le Château de Cagliostro. L’année suivante, Miyazaki et Takahata rejoignent le studio Telecom Animation Film et travaillent sur l’animation et la réalisation de trois épisodes de la série Lupin III, personnage du long métrage. A la même période, Miyazaki entame la création d’un manga, Kaze no tani no Nausicaä, qui remporte un franc succès dès sa première publication. Il réalise et écrit alors son premier film d’après ce manga, Nausicaä de la vallée du vent, produit par les studios Topcraft.(138) Film de science-fiction, comme beaucoup de films animés au Japon durant les années 1980, Nausicaä se déroule dans un Japon revenu à un état quasi-féodal, après qu’une guerre apocalyptique a réduit la Terre à une planète polluée. Dans ce film, Miyazaki a exprimé ses préoccupations pour l’état de la Nature, cherchant à mettre en garde contre les « progrès » de l’Homme qui risquent de précipiter la Terre dans un chaos. Ce scénario de science-fiction est en réalité inspiré des intérêts qui commençent à s’éveiller à l’époque pour l’environnement et les méfaits de la pollution.

134 Hayao Miyazaki: son parcours (page consultée le 11 février 2011)
135 McCarthy Helen, Hayao Miyazaki, master of japanese animation, Stone bridge press, Berkeley, California, 2002, p.26
136 Miyazaki, “The current situation of Japanese movies”, in Course on Japanese movies 7, Iwanami Shoten, janvier 1988
137 Hayao Miyazaki: son parcours (page consultée le 11 février 2011)
138 McCarthy Helen, Hayao Miyazaki, master of japanese animation, Stone Bridge press, Berkeley, California, p.39-40

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