1.1.2 Lieu et non-lieu

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S’éloignant de la définition de Michel de Certeau et considérant d’abord le lieu anthropologique défini par Marcel Mauss comme « culture localisée dans le temps et l’espace (6) », ou encore comme temps et espace habités, Marc Augé y ajoute une notion de « non-lieu », produit de la « surmodernité », qui s’exprime « dans les changements d’échelle, dans la multiplication des références imagées et imaginaires, et dans les spectaculaires accélérations des moyens de transport ». Les non-lieux sont aussi bien les « installations nécessaires à la circulation accélérée des personnes et des biens (voies rapides, échangeurs, aéroports) que les moyens de transport eux-mêmes ou les grands centres commerciaux, ou encore les camps de transit prolongé où sont parqués les réfugiés de la planète ». Sont également « non-lieux » les chaînes d’hôtels, les squats, les clubs de vacances, les bidonvilles, les parcs de loisirs… Le non-lieu n’est pas un lieu vide ou négatif : « Il en est évidemment du non-lieu comme du lieu : il n’existe jamais sous une forme pure ; des lieux s’y recomposent ; des relations s’y reconstituent ; les “ruses millénaires” de l’ “invention du quotidien” […] peuvent s’y frayer un chemin et y déployer leurs stratégies . (7)» De même, lieu et non-lieu ne s’excluent pas de manière tranchée mais « sont plutôt des polarités fuyantes : le premier n’est jamais complètement effacé et le second ne s’accomplit jamais totalement ».

En revenant à de Certeau et en considérant l’espace comme le lieu habité de récit, empli de sens et de directions, Marc Augé pose l’hypothèse du « non-lieu » surmoderne comme un espace non symbolisé. En suivant cette réflexion, peut-on identifier d’autres types de « non-lieux » en ville ? Et quelles sont leur fonction dans le parcours quotidien, réel ou imaginaire ? Les non-lieux privatisés, centres commerciaux et résidences sécurisées sont strictement contrôlés et ne sont pas des lieux en devenir. La friche industrielle ou le quartier désaffecté sont aussi des produits de la surmodernité, traces de ce qui reste en marge du mouvement d’accélération, ce qui en tombe en route. Lieux sans fonction, ils peuvent cependant être investis : le bâtiment vide devient squat, l’usine condamnée devient centre artistique, le terrain vague devient parc de skateboard ou jardin urbain. Lieux vagues plutôt que non-lieux, les ruines de la cité sont un terrain fertile pour la création.

6 Marc Augé, Non-lieux, p. 47-48 et citations suivantes
7 Ibid., p. 101, et citations suivantes ; les citations internes sont des références à Michel de Certeau

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