1.1.2.1 Un courant issu de l’économie industrielle

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Ce courant est issu de la théorie des Districts Industriels développée par A.Marshall (Marshall, 1890) qui met en avant un modèle de développement industriel alternatif à celui du modèle fordiste basé sur la division technique du travail au sein de grandes firmes intégrées. L’auteur définit les Districts Industriels comme le regroupement dans un même espace géographique de firmes indépendantes, en relation les unes aux autres, de petite taille et spécialisées dans un même segment du processus productif. Il insiste sur les économies externes issues du regroupement de ressources humaines spécifiques. Ces économies sont d’ordre ordinaire (ou pécuniaire), par la diminution des prix (contrat, sous-traitance ou accords de coopération facilités) et exacerbée par la confiance, ou d’ordre technologique, par le processus collectif d’innovation issu de l’« atmosphère industrielle» (Krugman, 1991).

Cette théorie, oubliée pendant un temps, a été mobilisée par des économistes italiens, autour de G.Becattini pour expliquer le développement de la « troisième Italie ». Ceux-ci insistent sur l’importance de la proximité socioculturelle (identité locale, coopération, normes communes et valeurs partagées) dans la création des externalités marshalliennes (Becattini, 1992). Le district industriel est ainsi redéfini comme une « entité socio-territoriale caractérisée par la présence active d’une communauté de personnes et d’une population d’entreprises dans un espace géographique et historique donné ». Putman, à partir de cette expérience, développe le concept de capital social (Helliwell & Putnam, 1995).

Parallèlement, à travers les approches de la géographie économique, l’école californienne, montre la faible adaptation des économies fordiennes (recherche d’économies d’échelle) à la demande actuelle et l’avènement d’un nouveau modèle dit de « spécialisation flexible » (Piore & Sabel, 1984) illustré par les cas d’école de la Silicon Valley et de la route 128 (Saxenian, 1996). Ce modèle est caractérisé par une division du travail entre firmes et un tissu industriel favorisant la circulation de l’information, la coordination interne des territoires et leur ouverture sur l’extérieur. La désintégration verticale permet de réaliser des économies de spécialisation, limite les excès de capacité productive et l’enfermement technologique. Les coûts de transaction accrus dus à l’augmentation des relations interfirmes, éventuellement incertaines et complexes, sont alors limités par le regroupement des acteurs économiques et par leurs relations privilégiées (Storper & Harrison, 1991).

Les chercheurs du Gremi (Groupe de Recherche Européen sur les Milieux Innovateurs) (Aydalot, 1986) insistent, dans une vision néo-schumpetérienne, sur l’existence de milieux propices à l’entreprenariat qu’ils dénomment milieux innovateurs. Cette innovation est considérée comme endogène et issue d’un construit social. Elle se traduit par des jeux de coopération/concurrence. Le concept du milieu innovateur s’intègre à celui des districts industriels.
Puis Porter a élargi la notion de District par la notion de cluster qu’il définit comme une « concentration géographique d’entreprises inter connectées et d’institutions dans un espace particulier » (Porter, 1990). Les clusters peuvent comprendre des entreprises de tailles variables et complémentaires dans différentes activités d’un même secteur. Cette notion peut s’appliquer à des situations où tous les attributs du district industriel ne sont pas tous vérifiés, comme la présence d’un capital social ou la coopération inter-entreprise.

De leur côté, certains auteurs français tels que Torre ou Pecqueur s’intéressent à la construction d’un territoire spécifique avec le développement d’activités productives par une communauté d’acteurs et d’entreprises. A la notion de proximité géographique dont ils relativisent l’importance, s’ajoute celle de la proximité organisée, d’essence relationnelle, fondée sur les logiques d’appartenance (même organisation) et sur les logiques de similitude (même système de représentation) pour former des systèmes productifs locaux (SPL). Celle-ci

Cette dernière proximité peut se construire. Elle n’est pas forcement issue d’une proximité géographique permanente mais peut se limiter à une proximité géographique temporaire (les acteurs sont distants, mais se rencontrent de temps en temps) qui peut être associé à l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TICs)(Rallet & Torre 2004). L’instauration d’une confiance entre les acteurs est ici fondamentale.

Les Arrangement Productifs locaux (APL) sont, de leur côté, un concept issu du travail d’un réseau de recherche sur les systèmes et arrangements productifs locaux (Redesist), créé en 1997, et coordonné par l’Institut d’économie de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro. Les coordinateurs et initiateurs du réseau ont mené leurs recherches avec l’Institut of Dévelopment Studies (IDS) de l’université de Sussex et avec H.Schmitz en particulier (Schmitz & Cassiolato 1992 ; (Schmitz et al. 2003). Ainsi le concept d’APL est proche de celui qui a été développé par les chercheurs de l’IDS. Ces derniers articulent la notion de cluster de Porter qui prend en compte l’industrie locale et son fonctionnement interne, avec celle de « filières globales » qui considère en outre les réseaux externes (exportations par exemple). Cette dernière notion permet d’expliquer certaines trajectoires du système industriel local.

Ces chercheurs proposent des modèles adaptés aux pays en voie de développement. Ces pays peuvent parfois comporter des clusters mais, la plupart, dans des formes incomplètes (peu d’interactions ou peu d’engagement des institutions d’appui par exemple). Cependant ces clusters incomplets peuvent permettre de bénéficier, dans un premier temps, des « formes passives » de l’ « efficacité collective »(1).Aussi ces systèmes sont considérés dans leur processus et doivent être abordés de manière différenciée selon leur stade d’évolution. Selon Schmitz, les institutions étatiques ne peuvent pas créer de toutes pièces une organisation industrielle qui soit compétitive sur la base d’une efficacité collective. Cependant une fois que l’initiative privée a construit un minimum de concentration d’activité et de savoirs faire industriels, ces institutions peuvent jouer un rôle important en aidant cette organisation à se développer et à innover (Schmitz 1995).

Aussi les APL sont tout d’abord définis en termes très larges, comme des agrégations territoriales d’agents économiques, politiques et sociaux, concentrées sur un ensemble spécifique d’activités économiques qui présentent des liens entre elles, même naissants. Tandis que les systèmes localisés de production et d’innovation, quant à eux, sont considérés comme des systèmes plus aboutis dans lesquels interdépendance, articulation et liens consistants entraînent interactions, coopérations, et apprentissages, susceptibles de générer des capacités endogènes, une compétitivité et un développement local (Cassiolato et Lastres 2003).

Les APL s’inscrivent également dans une vision évolutionniste par rapport aux changements technologiques en considérant l’APL comme un système d’innovation au sein duquel un ensemble d’institutions en interaction contribuent au développement et à la diffusion de technologies (Cassiolato & Lastres, 2003). Ainsi tous les efforts doivent être entrepris pour mettre en place un environnement propice à l’innovation (semblable aux conceptions des milieux innovants du GREMI) considérée comme le facteur clef de la compétitivité. Celui-ci doit ainsi valoriser en premier lieu l’éducation, l’apprentissage et la connaissance.

1 L’efficacité collective est définie par Schmitz comme l’avantage compétitif engendré par les économies externes (forme passive) et l’action conjointe (forme active)(Schmitz et Nadvi 1999)

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