V. Méthodologie de recherche et techniques de collecte de données

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Les méthodes d’analyse (V.1) et les techniques d’investigations (V.2) nous permettrons de mieux structuré notre travail.

V.1– Les méthodes d’analyse

La démarche méthodologique conditionne le travail scientifique en ce sens qu’elle éclaire les hypothèses et en détermine les conclusions. Les méthodes d’analyse choisies pour capitaliser les données et matériaux collectés et les systématiser afin de pouvoir rendre compte de notre objet d’étude, sont : le constructivisme et l’analyse stratégique.

a) Le constructivisme

Dans l’analyse de notre étude, on fera recours à l’approche constructiviste qui implique dans une certaine mesure de définir des identités, c’est-à-dire « qui nous sommes et qui sont les autres »(80). Le constructivisme se penche sur la nature des acteurs (Etats, groupes, individus) et sur leurs relations aux environnements structurels plus larges. La philosophie est celle d’une constitution mutuelle dans laquelle aucune entité d’analyse acteur/structure n’est réduite à l’autre. L’intérêt des acteurs émerge « de » et est endogène « à » l’interaction avec la structure au premier niveau, et d’autres acteurs en second niveau, sans qu’aucun n’ait la primauté analytique sur l’autre. Dans cette recherche notre choix portera sur le constructivisme social(81).

L’exploitation du constructivisme pour le terrorisme est intéressante, car il permet de comprendre les mécanismes qui sont à la base de la définition de ce qui est terroriste et de ce qui ne l’est pas. Le terrorisme comme problème social, a les prémisses que les autres phénomènes sociaux. Il est construit sur des normes et des valeurs. De plus, le constructivisme permet de s’interroger sur la façon dont l’enjeu terroriste vient à être considérer comme un enjeu de sécurité nationale, comme une problématique sociale et comme un « fait » porteur de danger pour les citoyens. Ce que nous prenons pour faits sociaux donnés sont, dans les faits, plus souvent qu’autrement une construction allant dans l’intérêt de certains groupes dominants. Dans cette vision des choses, la construction de l’enjeu du terrorisme comme menace pourrait apparaître comme un moyen pour les autorités d’augmenter le contrôle social par une série de mesures sécuritaires de contrôle dont le but explicite est de juguler le terrorisme.

b) L’analyse stratégique

L’analyse stratégique est « l’étude de la stratégie des acteurs au sein des organisations »(82). Selon les approches, seront situées au centre de cette analyse soit la notion d’acteur – l’acteur se définissant d’une manière générale comme un individu ou un groupe d’individus capable d’action stratégique -, soit le concept de stratégie(83). Cependant, opérer une césure entre l’acteur et sa stratégie est un exercice intellectuel assez délicat auquel il n’apparaît pas utile ici de se soumettre. L’extrême imbrication acteur/stratégie justifie que référence soit faite simultanément aux deux notions même s’il pourra s’observer un accent marqué sur la notion de stratégie.

Dans l’analyse de la situation sécuritaire au sahel avec le terrorisme comme menace principal, l’acteur est un être capable d’action stratégique et dont l’action engagée a des répercussions tangibles sur un processus politique donné. La notion recouvre deux dimensions : « l’une concernant la contribution de l’acteur au processus politique et l’autre l’impact ou l’influence de cette contribution sur le résultat »(84). Elle met en évidence la marge de liberté dont disposent les acteurs au sein d’un système donné malgré les contingences et les contraintes, s’interroge sur les mécanismes à travers lesquels ces acteurs structurent leurs échanges. L’analyse stratégique apparait dès lors utile pour étudier le poids des décisions des acteurs nationaux ou internationaux concernés par la menace terroriste sur la mise en place des moyens nécessaires pour endiguer cette menace. Elle permet de voir si les systèmes sécuritaires répondent aux menaces et dans le cas contraire de dégager des perspectives pour améliorer les différents mécanismes existants.

V.2– Les techniques d’investigations

Pour tenter de répondre à notre question de recherche et vérifier nos hypothèses, nous mènerons une étude qualitative en ayant une approche chronologique des événements pour pouvoir appréhender au mieux les changements opérés par l’organisation. Pour ce faire, on aura recours à la recherche documentaire (a) et l’entretien (b).

a) La recherche documentaire

La recherche documentaire a consisté à explorer le sujet sur lequel porte notre thèse de mémoire dans le but de « connaître ce qui a déjà été étudié, débattu, mis en avant, les thèses ou hypothèses proposées, les principales interprétations ou constructions théoriques »(85). Elle a été effectuée par l’étude et l’analyse des principales publications existantes : articles, études ou rapports officiels, séminaires, thèses ou travaux universitaires, ouvrages publiés et des monographies. Les questions de sécurité étant des thématiques qui suscitent un grand intérêt tant pour les chercheurs que pour les hommes politiques, il existe plusieurs ouvrages et documents officiels (rapports, études, résultats d’enquête…) qu’il s’est avéré important de consulter pour la construction théorique de l’objet d’étude.

La recherche documentaire a également été réalisée par « l’étude des traces recueillies à travers des écrits divers, des relevés statistiques ou des inventaires d’objet et traitées comme des faits de société »(86). Elle consistait dans cette perspective, à rechercher des informations qui n’ont pas pu être collectées lors des entretiens. Il y a eu lieu, par conséquent de recourir à la documentation institutionnelle officielle (conventions de coopération, textes nationales et internationales en matière de lutte contre le terrorisme…), les correspondances des particuliers, les archives. Autant de document que Madeleine GRAWITZ présente comme de « précieux compléments des techniques de rapports individuels »(87) qui ont été consultés et considérablement enrichis par les informations obtenues lors des entretiens.

b) L’entretien

L’entretien vise la production d’un discours continu sur un thème donné, ce qui n’est possible qu’en l’absence d’un questionnaire préalablement élaboré et structuré. Il s’agit d’après William LABOVI et David FANSHEL d’ « un speech event dans lequel une personne A extrait une information d’une personne B, information qui était contenue dans la biographie de B »(88). Raymond QUIVY et Luc VAN CAMPENHOUDT distinguent entre autres types d’entretiens, les entretiens exploratoires. Ceux-ci « servent à trouver des pistes de réflexion, des idées et des hypothèses de travail, non à vérifier des hypothèses préétablies. Il s’agit donc d’ouvrir l’esprit, d’écouter et non de tester la validité de nos propres schémas »(89). L’entretien en ce sens s’apparente à une conversation entre le chercheur et son interlocuteur, le but du chercheur étant selon la conception de LABOVI et FANSHEL de « (…) savoir ce que les gens pensent, quelles ont été leurs expériences et ce qu’ils se rappellent, quels sont leurs sentiments et leurs motivations ainsi que leurs actions »(90). Dans cette logique, quelques entretiens ont été conduits avec des acteurs impliqués ou intéressés plus ou moins par les questions sécuritaires et particulièrement sur la situation sécuritaire au sahel.

80 Lindemann THOMAS, Sauver la face, sauver la paix. Sociologie constructive des crises internationales, Coll. « Chaos International », L’Harmattan, Paris, 2011.
81 Sur le constructivisme parfois nommé socioconstructivisme, lire Peter BERGER et Thomas LUCKMAN, La construction sociale de la réalité, Paris, Armand Colin, 2003, 357 p.
82 Madeleine GRAWITZ, op.cit., p. 156.
83 Michel Crozier, Erhard FRIEDBERG, L’acteur et le système. Les contraintes de l’action collective, Paris, Seuil, 1977, p. 53-57. Pour ces auteurs, « la démarche stratégique (…) peut être définie autour du concept central de stratégie », p. 55.
84 Emiliano GROSSMAN, « Acteur », in Laurie BOUSSAGUET, Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Sciences Po, 2004, p. 23.
85 Michel BEAUD, L’Art de la thèse, paris, La découverte, 2003, p.52.
86 Nicole BERTHIER, Les techniques d’enquête : méthodes et exercices corrigés, Paris, Armand Colin, 2002, p. 12.
87 Madeleine GRAWITZ, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 11ème édition, 2001, p. 526.
88 Cité par Alain BLANCHET, « Interviewer » in Alain BLANCHET et al. Les techniques d’enquête en sciences sociales, Paris, Dunod, 1998, p. 82.
89 Raymond QUIVY, Luc VAN CAMPENHOUDT, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 1995.
90 Ibidem.

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