Paragraphe I : Une région vulnérable et instable

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La région du sahel est durement touchée par des problèmes persistants et des catastrophes brutales(99). La situation dans cette zone n’a cessé de se détériorer ces dernières années du fait de la sécheresse, de la pauvreté, de la fragilisation des régimes politiques, des trafics et de l’expansion des groupes terroristes tels qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En bref, la région est en proie à une situation proche du chaos qui ne s’est pas améliorée avec la crise malienne. Autant de facteurs d’insécurité et d’instabilité (B) qui font cumulés à la région sahélienne un grand nombre d’handicap qui influent non seulement sur la capacité des Etats à lutter contre les périls sécuritaires mais aussi et avant tout sur leur développement économique et social (A).

A– Des Etats fragiles vecteurs de menaces protéiformes

Les Etats les plus faibles de la planète sont un danger mortel, pour eux-mêmes et pour les autres. La fragilité des Etats de la région du sahel dépourvus d’un appareil d’Etat efficace et sûr constitue un terrain éventuellement fertile pour les groupes terroristes et les trafiquants qui pullulent le sahel. Bien évidemment, la faiblesse de ces Etats s’explique par plusieurs raisons : les investissements et les conditions économiques favorables au développement sont quasi absents dans cette région (1) et en plus, la démographie représente un autre handicap pour l’émergence de la région sahélienne (2).

1) Des indices de développement parmi les plus faibles

Les pays au cœur du terrain d’action d’AQMI sont aujourd’hui parmi les plus pauvres du monde. Et trois de ces Etats connaissent une pauvreté chronique qui, sans doute, permet aux mouvements terroristes et aux différents acteurs profitant du désordre, de prendre le devant de la scène. Sur l’indice de développement mondial, la Mauritanie occupe le 159ème rang, le Mali le 175ème rang, et le Niger le 186ème rang(100). Ces pays réunissent non seulement tous les trois, les critères pour figurer dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA), mais ils génèrent aussi chacun des indices de développement inférieur à la moyenne constatée dans les pays d’Afrique subsaharienne, région dans laquelle figurent 33 des 48 PMA recensés. Tandis que l’indice de développement moyen mondial, tous critères confondus, est en 2011 de 0,682 et celui de l’Afrique Sub-saharienne de 0,463, ceux des trois pays sahéliens considérés sont respectivement de 0,359 pour le Mali, de 0,453 pour la Mauritanie et de 0,295, seulement pour le Niger, pays le plus pauvre des trois(101).

Ce secteur géographique se caractérise par l’absence quasi-totale d’autorité étatique. La Mauritanie, le Mali, et le Niger en sont les Etats juridiquement responsables mais ne contrôlent pas toujours les longs pans de leur territoire. Ces Etats dont les populations et les ressources économiques sont concentrées à l’Ouest (Mauritanie) et au Sud (Mali et Niger) doivent faire face depuis plusieurs générations à une pauvreté chronique, à un sous-développement persistant, et à des crises alimentaires récurrentes dans des conditions géographiques hostiles.

Les distances entre les régions principales de ces pays et les régions du sahel sont importantes, et le manque de gouvernance qui y est constaté est généralement perçu par les principaux Etats sahéliens comme un désagrément plutôt que comme une menace sérieuse pour leurs centres politico-économiques. De plus, ces Etats manquent de ressources matérielles et parfois même de motivation pour faire la différence dans cette région malgré le lancement d’ambitieux programmes, à initier une réelle dynamique vertueuse de développement des régions Nord. Ce qui constitue un facteur structurel favorable à l’enracinement du terrorisme et de la criminalité organisée(102). Les perspectives de développement ne s’annoncent pas des plus meilleurs face à la forte pression démographique que connaît la région.

2) Des perspectives de développement structurellement compromise par la démographie

Comme l’a souligné en 2004 le groupe de hautes personnalités(103) chargé par le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) de réfléchir sur les défis sécuritaires de l’humanité, « le développement doit être la pierre angulaire du nouveau système de sécurité collective et que si l’extrême pauvreté et les maladies infectieuses sont en soi des menaces, elles constituent aussi le terreau d’où surgissent d’autres menaces, dont les guerres civiles.

Pour mieux garantir la sécurité de nos citoyens, nous devons impérativement accorder toute l’attention voulue et allouer les ressources nécessaires à la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement ». Aussi, pour toute stratégie de développement, la prise en compte de cette dialectique est indispensable pour garantir les chances de succès. Or, aujourd’hui, la remarque qui en est faite de la zone sahélienne est qu’elle est une zone déshéritée qui subie une forte croissance démographique. Le sahel devrait doubler sa population d’ici 30 ans, et comptera vraisemblablement plus de 150 millions d’habitants en 2040(104). Les estimations du taux de croissance dans cette région indiquent que le nombre d’enfants par femme est très élevé(105). Il s’agit du taux de fécondité le plus élevé au monde, nettement supérieur au taux de fécondité africain moyen de 5,5, sachant aussi que le respect du scénario selon lequel l’Afrique sera peuplée de 1,8 milliard d’habitants en 2050 suppose un taux de natalité de deux enfants par femme à cette échéance. Si l’Afrique doit affronter un défi démographique majeur, phénomène sans équivalent dans l’histoire de l’humanité(106), celui qui est posé au sahel est aigu. Les répercussions de cette poussée démographique ont et auront un impact négatif sur les capacités des Etats à réaliser les reformes nécessaires sur la sécurité humaine, et notamment alimentaire de la région. Une croissance non régulée de la population va se répercuter sur les fragiles équilibres internes : un risque géopolitique.

A ces remarques pourraient s’ajouter d’autres aspects liés à l’exode rural, à l’augmentation des mouvements migratoires, à la croissance exponentielle des villes, aux services sociaux à développer, à la rareté des ressources naturelles, à l’accès à l’eau, à l’environnement, aux conditions d’éducation et d’emploi d’une jeunesse innombrable. Il s’ensuit que la croissance démographique à provoquer une énorme pression sur les ressources naturelles. Celle-ci se manifeste notamment par les défrichements pour les besoins agricoles, le déboisement pour l’obtention du bois de chauffe, et l’absence de périodes de jachères assez longues. A cela, il faut aussi ajouter les changements climatiques, et notamment les phénomènes de sécheresse aigu comme en a connu le sahel(107). Cette région est en effet celle qui, au cours des dernières décennies, a souffert de la sécheresse qui a parfois affecté les structures sociales, comme en Mauritanie où la perte des cheptels a bouleversé le pays, sédentarisant des populations nomades. Cette sécheresse n’est pas sans incidence sur la malnutrition de la région. Dans nombre de régions rurales, le sahel reste figer sur une économie familiale d’autosubsistance, par nature très vulnérable aux aléas. En conséquence, les techniques agricoles sont inadaptées aux variations climatiques. Le résultat qui en découle prouve que les conditions ne sont pas encore remplies, loin s’en faut, pour que la stabilité garantissant un développement économique et social pérenne soit acquise. D’autant plus d’autres facteurs d’instabilités alourdissent encore l’essor de la région.

B– Une région confrontée à de multiples facteurs d’instabilités

La réalité du sahel est complexe, résultante de l’imbrication entre de nouveaux facteurs (1) participant de sa structuration et de traces d’un passé trouble qui produisent encore leur effet et que l’on peut qualifier de facteurs anciens (2). Dans un certain sens, le théâtre sahélien est un condensé des dynamiques qui façonnent l’Afrique.

1) Les facteurs anciens

La vulnérabilité et l’insécurité au sahel ne sont pas nouvelles. L’arc sahélien est depuis bien longtemps fragilisé par un ensemble de facteurs allant d’une question touarègue non résolue à une absence quasi-totale de l’Etat dans cette galaxie.

Le Nord du Mali et le Nord du Niger ont été douloureusement secoués par ce que l’on a désormais l’habitude d’appeler le « conflit touareg », conflit qui a commencé en Mai 1990 au Niger et qui s’est étendu au Mali à partir de juin 1990(108). Appelés communément les « hommes bleus du désert »(109), les touarègues sont un peuple berbère dont la zone de peuplement s’étend sur près de 2,5 millions de km2, à cheval sur cinq pays : Le Mali, le Niger, l’Algérie, la Libye, et le Burkina Faso. Leur nombre varie selon les estimations. Ils seraient entre 1 et 3 millions, la plupart, près de 85% vivant sur le territoire du Mali, représenterait 10% de la population. Ils formeraient également 20% de la population du Niger. La langue « Tamasheq », ciment de l’identité touarègue, est une composante du berbère et sur le plan religieux, les touaregs sont majoritairement des musulmans sunnites. Depuis des décennies, les touaregs ont connu la souffrance allant de la période coloniale jusqu’à l’indépendance des Etats Africains. Divisé minoritairement dans chacun des nouveaux Etats, considérés avec suspicion et étroitement surveillé par les autorités, les touaregs n’ont pas hésité à se révolter à plusieurs reprises. Au Mali, les années 1963 et 1964 sont marquées par la rébellion, contre le pouvoir central des KEL ADRAR, des tribus touarègues issues d’une des neuf confédérations traditionnelles. Mené par des moyens traditionnels et rustiques, ce mouvement est durement réprimé par la jeune armée malienne qui emploie des armes bien plus modernes et meurtrières. Au Niger, les tribus touarègues sont également victimes de la dictature de Seyni KOUNTCHE qui dirige le pays de 1974 à 1987.

En mai 1990, à la suite de nombreuses arrestations dû au retour massif des refugiés touaregs d’Algérie, des jeunes se soulèvent, attaquent et pillent une gendarmerie. Avec l’arrivée de ces refugiés, tous les ingrédients étaient donc réunis pour qu’un petit incident mette le feu aux poudres aussi bien au Mali qu’au Niger(110). Cette épisode connue sous le nom de massacre de « Tchin – Tabaraden », déclenche une révolte au Niger qui dure cinq années, jusqu’aux accords de Ouagadougou entre les autorités nigériennes et les rebelles(111). Au Mali, le Mouvement Populaire de Libération de l’AZAWAD (MPLA), fondée en 1988 par des jeunes touaregs aguerris en Libye, déclenche une insurrection en 1990 qui aboutie à la signature des accords de Tamanrasset en 1991 et du pacte national en 1992 qui mettent fin au conflit. En 2006, une seconde rébellion force l’Etat Malien à de nouvelles négociations avec les touaregs, lesquelles aboutissent à l’accord d’Alger du 4 juillet 2006. Si les dernières années ont été marquées par un certain apaisement, les évènements récents, au Mali (la reprise de la rébellion le 16 octobre 2012 par deux mouvements touaregs, le Mouvement National de l’AZAWAD (MNA) et le Mouvement Touareg du Nord du Mali (MTNM) qui ont fusionné pour donner naissance au Mouvement National de libération de l’AZAWAD (MNLA) sont très inquiétantes et posent une fois de plus, l’épineuse problématique de la crise de l’Etat en Afrique et la question des minorités.

L’absence de l’Etat dans une grande partie de l’espace sahélo-saharien, du fait du faible maillage des territoires nationaux, de l’incapacité ou des faibles capacités des structures sécuritaires à assurer un contrôle effectif sur de vastes étendues, très souvent désertiques, et à répondre aux besoins de base des populations qui y vivent (éducation, santé, alimentation, opportunités socio-économiques) a généré des situations se traduisant par un sentiment d’abandon(112). Les faibles capacités des Etats, conjuguées à des zones frontalières immenses pouvant s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres, conduisent également à la porosité des frontières, rendant possible les déplacements incontrôlés des personnes et des biens divers (illicites ou licites), contribuant à faciliter par la même occasion, le développement des bandes terroristes et des trafiquants.

Les conséquences des défaillances étatiques ou de l’absence de l’Etat ont très souvent été aggravées par des déficits de la gouvernance politique, économique et sécuritaire qui a caractérisé et caractérise encore bon nombre de pays en Afrique. Cette mal gouvernance chronique débouche sur des politiques économiques et sociales inefficaces, voire aberrantes. En matière de politique, ce déficit s’illustre principalement par des systèmes politiques faillibles en matière de respect des principes démocratiques, de bonne gouvernance et de l’état de droit, ou encore se caractérisant par une démocratie de façade. La corruption à tous les niveaux contribue à ce basculement(113). Le niveau de corruption généralisée affecte un grand nombre de secteurs de ces Etats, particulièrement les plus sensibles, notamment le système de défense et de sécurité. Ce qui contribue à les rendre incapable de remplir de manière effective et efficace leurs missions fondamentales et vitales. En matière de défense et de sécurité, cette situation rend particulièrement vulnérable et même illusoire la protection d’un pays contre des incursions, la lutte contre les trafics et activités criminelles en tout genre et l’implantation des activités terroristes. « Aujourd’hui, les Etats sont liquéfiés dans la plupart de nos pays, les gardes prétoriennes et les milices politico-ethniques ont supplanté l’armée, la police et la gendarmerie qui ne sont plus que les ombres d’elles-mêmes. L’insécurité s’est généralisée, nos routes et les rues de nos villages sont devenues des coupe-gorge »(114). Quel que soit l’importance que représentent ces facteurs, la menace terroriste telle quelle s’est développée au sahel, s’est aggravée par des réalités nouvelles.

2) Les facteurs nouveaux

La situation au sahel a mis au jour l’existence de nouveaux facteurs à l’origine de l’aggravation de l’instabilité dans cette immense zone grise et de cet espace transnational. Il en résulte que la montée de l’islamisme politique ou radicale et le printemps arabe avec le facteur libyen sont les nouveaux facteurs de déstabilisation et de la fragilisation de la bande sahélienne et vectrice de la crise au Nord du Mali.

En Afrique, sur les douze Etats considérés comme étant à « haut risque », huit ont des populations composées de plus d’un tiers de musulmans(115). Ce qui accentue, et davantage encore, leur risque d’instabilité et constitue un terrain éventuellement fertile pour les intégristes. Un grand nombre de ces pays ont vu l’influence des islamistes augmentés depuis quelques années. Selon les islamistes, la politique et la vie personnelle doivent reposer sur l’islam. Dans un Etat islamique idéal, toujours d’après leur pensée, la charia (ou loi traditionnelle), constitue la base de l’autorité politique. La majorité des musulmans en Afrique ne sont pas violents. Mais leur progression en influence coïncide avec les menaces récentes que posent les extrémistes violents africains. Cette flambée du militantisme islamique progresse également dans les pays de la région sahélienne, ce qui fait craindre une poussée du terrorisme en Afrique. Des islamistes africains ont par ailleurs été impliqués dans des attentats terroristes en Afrique et à l’étranger(116). Les mouvements islamistes actifs en Afrique, s’ils ne sont invités à la concertation, posent un grave danger à la sécurité personnelle, nationale et internationale(117).

Par ailleurs, toutes les grandes sources de l’islam radical se positionnent peu à peu au sein des pays sahéliens en s’appuyant sur leur légitimité spirituelle et historique. Ces nouvelles forces, tout en étant de nature trans-étatique, sont pilotées par les moteurs de l’islam radicale (Arabie Saoudite, Pakistan, Iran, et soudan) et interagissent avec les forces islamiques autochtones, les confréries, et ceci de manière propre à chaque pays(118). En Afrique sahélienne, la pénétration du salafisme a été lente et insidieuse. Voilà une trentaine d’années que des prêcheurs, souvent wahhabites, la branche la plus rigoriste de l’islam sunnite, venus d’Arabie Saoudite ou du Soudan se sont installés dans de petites mosquées. Des associations caritatives, financées par L’Arabie Saoudite, se sont implantées pour aider des populations souvent lésées par l’Etat. Et la bonne parole salafiste a ainsi fait son chemin. De même, la victoire de l’islam politique, et notamment les élections qui viennent de se tenir au Maghreb à la suite des printemps arabes ont consacré les partis musulmans parmi les plus radicaux et simultanément, la défaite des partis libéraux laïcs, moins puissants, moins organisés et moins populaires que les islamistes. On peut d’ores et déjà constater, en Egypte comme en Tunisie, la résurgence de graves violences interreligieuses, intercommunautaires, de graves menaces vis-à-vis de telle ou telle minorité. Cet état de fait constitue pour l’AQMI un élément supplémentaire qui peut renforcer ses capacités d’endoctrinement, de fanatisation et donc de recrutement(119). Vu l’état des choses, il ne faudrait donc pas que le « printemps arabe conduise à l’hiver islamiste ».

Les évènements majeurs qui se sont déroulés depuis un an ne sont en effet pas sans conséquence sur les pays voisins du Maghreb et même sur l’ensemble de l’Afrique. C’est une véritable onde de choc qui est partie depuis la Tunisie vers l’Egypte puis vers la Libye, et maintenant en direction des pays du sahel dont le Mali. L’impact de la crise libyenne que personne n’avait prévue avec la chute du colonel KADHAFI a eu un effet déstabilisateur sur la situation sécuritaire au sahel. Les répercussions de la crise libyenne sont nombreuses dans la zone sahélienne à la suite de la dispersion des armes en provenance de Libye et au retour des mercenaires dans leur pays d’origine(120). La chute du colonel KADHAFI a privé les Touaregs d’un protecteur et d’un bastion où il pouvait se refugier. Devenus indésirables, et privés d’une importante source de financement, les Touaregs ont été contraints de retourner dans leur région d’origine. Un tel afflux d’hommes, généralement âgés entre 20 et 40 ans, qui ont perdu leur travail et se retrouvent sans moyens pour subvenir aux besoins de leurs familles, ne peut rester sans conséquence dans des régions pauvres et fragilisés(121). La reprise de la rébellion touarègue au Mali au cours de ces mois n’est pas étrangère à ce retour massif de la Libye. D’autant plus que les hommes qui ont fui la crise libyenne ne sont pas revenus sans arrière-pensée.

A la faveur de l’insurrection libyenne et du « printemps arabe », une grande quantité d’armes a été introduit au sahel et même en Afrique du Nord. La prolifération d’armes lourdes conjuguée à la porosité des frontières ont introduit une menace nouvelle et pour la Libye et pour l’ensemble de la région(122). Les matériels ont ainsi été distribués, pillés puis abandonnés ou sont restés sans surveillance durant cette crise. Les nombreux stocks sans surveillance, accessibles à toutes sortes d’affairistes, de trafiquants et de mercenaires révèlent une abondante diversité d’armements : fusils d’assaut, roquettes, mines, kalachnikov, obus, armements chimiques, missiles sol-air, Sam-7 dont la Libye possédait 20000 unités, et missiles SA – 24 russes issus de la dernière génération de missiles aériens capables d’abattre des avions de chasse(123). Si l’assistance de Tripoli était devenue à la longue incontournable pour les pays du sahel, son arrêt brutal a grevé le développement de sous-régions entières tributaires des investissements et des flux financiers des compagnies libyennes(124). De par ses conséquences donc, la crise libyenne loin d’être un vecteur d’aggravation de la menace terroriste a été un facteur supplémentaire de déstabilisation du sahel. Des pays de la zone comme le Mali, ou certaines puissances membres du conseil de sécurité de l’ONU, telles que l’Afrique du Sud, la Chine ou la Russie, ont ouvertement critiqué l’intervention militaire contre le régime du colonel KADHAFI, laquelle selon eux, aurait été gérée de façon irresponsable, sans se soucier des répercussions néfastes sur la région.

100 Henri PLAGNOL et François LONCLE, « La situation sécuritaire dans les pays de la zone sahélienne », Rapport d’information, Assemblée Nationale (France), le 6 mars 2012, p. 10.
101 Source : PNUD : http://hdrstats.undp.org/fr/indicateurs/103106.html.
102 Mehdi TAJE, « La réalité de la menace d’AQMI à l’aune des révolutions démocratiques au Maghreb », Géostratégie n° 32. 3e Trimestre 2011, p. 292.
103 Le groupe de personnalités de haut niveau mis en place par le Secrétaire Général pour dresser un état des lieux complet sur les menaces, les défis et le changement était présidé par Anand PANYARACHUN, ancien Premier Ministre de la Thaïlande et comprenait : Ribert BADINTER (France), Joao BAENA SOARES (Brésil), Gro Harlem Brundtland (Norvège), Mary CHINERY HESSE (Ghana), Gareth Evans (Australie), David HANNAY (Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord), Enrique IGLESIAS (Uruguay), Amr MOUSSA (Egypte), Satish NAMBIAR (Inde), Sadako OGOTA (Japon), Yevgeny PRIMAKOV (Fédération de Russie), Qian QIQIAN (Chine), Salim SALIM (République-Unie de Tanzanie), Nafis SADIK (Pakistan) et Brent Scowcroft (Etats-Unis d’Amérique).
104 Mehdi TAJE, « Vulnérabilité et facteurs d’insécurités au sahel », in enjeux-ouest africains, note publiée par le Secrétariat du club du sahel et de l’Afrique de l’ouest (CSAO/OCDE), n° 1 août 2010, p. 3.
105 La moyenne du nombre d’enfant par femme au Niger est de 7,2, le Mali avec un taux de fécondité de 6,4 arrive au 2e rang, la Mauritanie étant mieux placée, avec un taux de 4,6. http://donnés.banquemondiale.org/indicateur/SP.DYN.TFRT.IN/Countries?display=default consulté le
10 janvier 2012 à 00h30.
106 Jean Michel SEVERINO et Olivier RAY, Le temps de l’Afrique, Odile Jacob, mars 2010, p. 22.
107 Raphaël BEAUJEAU et autres, op. cit, p. 77.
108 Modibo KEITA, « La résolution du conflit touarègue au Mali et au Niger », Note de recherche du GRIPCI, n° 10, juillet 2002, p. 4.
109 Hélène BRAVIN, La question touarègue, www.defnat.com/site_fr/pdf/Bravin I.pdf, p. 1.
110 Modibo KEITA, op.cit., p. 10.
111 Le processus de paix sera confirmé par un deuxième accord à Alger en 1997 et prévoyait en échange d’une dissolution des forces rebelles, une intégration progressive des touaregs dans les services publics et un début de décentralisation. Mais la mise en œuvre de ce plan fut un échec et la rébellion touareg réapparue en 2007, avec le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ).
112 William ASSANVO, « Etat de la menace terroriste en Afrique de l’Ouest », Observatoire de la vie diplomatique en Afrique (OVIDA), Note d’analyse n° 12, p. 17.
113 Denis BAUCHARD, « Les Etats fragiles – Le Japon, d’un modèle à l’autre », politique étrangère, Volume 76, n° 1, p.13.
114 Jean-Paul NGOUPANDE, ancien Premier Ministre Centrafricain, Le Monde, L’Afrique Suicidaire, 18 mai 2002.
115 Tchad, Côte-d’Ivoire, Ethiopie, Guinée, Niger, Nigéria, Somalie et Soudan. En outre, l’Erythrée, la Guinée-Bissau, la Mauritanie et la Sierra Leone sont les autres pays à risque avec de grandes populations musulmanes.
116 En juillet 2010, les milices islamistes somaliennes, Al-SHEBAAB, commettaient un triple attentat aux explosifs contre les téléspectateurs de la finale de la coupe du monde de football, faisant au moins 74 morts, des ougandais et des étrangers. Voir à ce sujet AFP, « Des islamistes somaliens revendiquent les attentats de Kampala », 12 juillet 2010. Le cas le plus inquiétant est celui d’Omar Farouk Abdul MUTALLAB, un nigérian qui a fait ses études dans des écoles coraniques au Yémen et qui fût l’auteur d’une tentative d’attentat aux explosifs le 25 décembre 2009 à bord d’un avion à destination des Etats-Unis. Sans oublier l’attentat le plus marquant de l’année perpétré le 12 septembre 2012 et qui a frappée le consulat des Etats-Unis à Benghazi, dans l’Est de la Libye tuant l’ambassadeur des Etats-Unis et trois de ces collaborateurs.
117 Zachary DEVLIN-FOLTZ, « Les Etats fragiles de l’Afrique : vecteurs de l ‘extrémisme, exportateurs du terrorisme », Bulletin de la sécurité africaine, une publication du centre d’études stratégiques de l’Afrique, n° 6, août 2010, p. 2.
118 Mehdi TAJE, « Vulnérabilités et facteurs d’insécurités au sahel », enjeux ouest africains, note publiée par le Secrétariat du club du sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE), n° 1, août 2010, p. 7.
119 Mehdi TAJE, « La réalité de la menace d’AQMI à l’aune des révolutions démocratiques au Maghreb », Géostratégiques n° 32. 3e Trimestre 2011, p. 292.
120 Julia DURFOUR et Clair KUPPER, « Groupes armés au Nord-mali : état des lieux », Note d’analyse du GRIP, 6 juillet 2012, p. 4.
121 Rapport d’information de l’Assemblée nationale française n° 4431, « La situation sécuritaire dans les pays de la zone sahélienne », 6 mars 2012, p. 29.
122 Laurence AIDA AMMOUR, « Les enjeux de sécurité émergents au Maghreb et au sahel depuis le « printemps arabe », Annuaire de l’Institut Européen de la Méditerranée (IEMED.) 2012, p. 3.
123 Laurence AIDA AMMOUR, ibid.
124 Laurence AIDA AMMOUR, « L’après –Gaddafi au Sahara et au sahel », Notes Internationales du CIDOB, janvier 2012, p. 1.

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