Les conclusions du Mémoire de M1

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Pour notre recherche précédente, nous nous étions limitée au point de vue des femmes. L’objet – le rapport des femmes à la maternité(28)- était volontairement très vaste, puisqu’il s’agissait d’une recherche à visée exploratoire. Basée sur 20 entretiens de femmes ayant ou non des enfants, autour de l’âge socialement valorisé pour être mère(29), cette recherche s’est attachée à comprendre les différents aspects du rapport des femmes à la maternité, ce qui y entre en compte. Ce mémoire a ainsi permis d’établir qu’il n’y a pas de posture par défaut ; être mère ou ne pas l’être, c’est se confronter à un ensemble de représentations et de normes, nulle ne faisant l’économie de cette confrontation. Nous avons constaté l’établissement d’un modèle-type du passage à la maternité, comme période de la vie, avec des éléments annexes récurrents. Au fil des entretiens, une cohérence discursive s’est imposée : ces femmes, d’horizons différents et aux situations de vie si dissemblables, racontaient la même histoire, dans laquelle on retrouve notamment des « conditions optimales de la maternité » de Michèle Ferrand et Nathalie Bajos(30).

C’est-à-dire qu’un modèle en deux périodes ou phases de vie s’est dessiné, chaque période étant constituée d’une série d’éléments associés d’une manière régulière. Certains éléments de la vie qui ne sont pas directement liés à la maternité physiologique se révèlent de bons indicateurs de ces deux phases, la première où la venue d’un enfant n’est pas envisagée, la seconde où elle est considérée comme bienvenue, voire nécessaire. Ces éléments sont les suivants : le couple, le travail, le niveau de vie, le logement et le développement personnel. Ainsi, des systèmes d’opposition permettent de caractériser ces deux phases : on opposera par exemple les expériences amoureuses de la phase 1 au couple stable de la phase 2, la vie d’étudiante de la phase 1 (qui inclut les stages et les petits boulots) à une situation professionnelle dans la phase 2. La stabilité est la clé de la phase dans laquelle les femmes interrogées estiment qu’il est propice d’avoir un enfant.

Si le couple a une place très importante dans le discours des femmes à propos de la maternité, c’est parce qu’un autre modèle se télescope avec celui qui divise en deux périodes la vie des femmes qui deviennent mères, que nous venons de présenter. C’est celui du couple, dont l’objectif est, pour beaucoup des personnes interrogées, d’avoir des enfants. Selon la personne, cet objectif peut être vécu comme une évidence, ou bien venir des commentaires de l’entourage, ou encore comme la volonté de construire quelque chose à deux. On n’est plus dans le modèle où il faut trouver un conjoint et former un couple stable pour avoir un/des enfant/s, comme décrit plus haut, mais bien dans celui du couple qui a besoin d’un projet commun. Ces deux modèles se renforcent l’un l’autre. Un autre aspect dégagé du Mémoire de 1ère année souligne l’importance de la modalité « décision » dans les discours étudiés, sur le principe de choisir sa vie.

Le contrôle de la fécondité semble être totalement passé dans les mentalités.

Aujourd’hui en France, un enfant qui vient au monde est, dans les représentations du moins, un enfant que ses parents ont décidé d’avoir. Car il est admis que si l’on n’en veut pas, on peut très bien « se débrouiller » pour ne pas en avoir (contraception, IVG). Il y a même un glissement dans les représentations du contrôle de la fécondité : si l’on peut NE PAS avoir d’enfant lorsqu’on en a décidé ainsi, ce contrôle est aussi imaginé dans le sens contraire, c’est-à-dire d’AVOIR un enfant au moment où on l’a décidé. Ainsi les difficultés à procréer au moment choisi, voire les fausses couches, se sont avérées être des sujets très angoissants pour les femmes interrogées.

Le guide d’entretien employé lors de ce travail n’était pas particulièrement orienté vers l’avortement mais une grande partie des entretiens font état d’un ou de plusieurs avortements provoqués au cours du parcours de vie. A ce sujet, on peut constater que bien que sa pratique soit un épisode douloureux pour la majorité des femmes interrogées qui y ont été confrontées, l’avortement est considéré comme un choix légitime dans certains contextes, étant même la décision typique de certaines périodes de vie (lorsque la femme est étudiante notamment). A contrario, lorsque la femme est dans un contexte propice à une maternité, contexte caractérisé par la stabilité (couple stable, logement, stabilité financière, emploi stable et même, pour certaines, stabilité psychologique, comme expliqué dans la partie modèle-type), la décision de l’avortement est rarement prise.

Il apparaît que même si la décision légale appartient à la femme concernée dans son corps de poursuivre ou d’interrompre une grossesse, les pratiques et les représentations qui l’accompagnent dessinent des « règles d’usage » de cette possibilité de technique médicale légalement mise à disposition de toutes (les femmes, en France).

28 Zysman da Silveira S., juin 2010, op.cit.
29 Dans l’article de Bajos N. et Ferrand M., 2006, « L’interruption volontaire de grossesse et la recomposition de la norme procréative », Sociétés contemporaines, n°61, p. 91-117, l’âge socialement valorisé pour être mère fait partie des « bonnes conditions » socialement définies. L’âge socialement valorisé pour être mère s’inscrit dans cette norme procréative et se situe environ entre 25 et 35 ans.
30 Bajos N., Ferrand M. et alii, 2002, De la contraception à l’avortement, sociologie des grossesses non prévues, Paris, INSERM.

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