III- COMPORTEMENTS DES COMMERÇANTS

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La vérification de notre Hypothèse (H2) qui stipule que les commerçants ont une réaction négative, vis-à-vis des actions du CeCOS à cause des exactions, nous incline à réaliser le tableau suivant :

Tableau 10 : Comportements des commerçants en relation avec le traitement subi en cas d’arrestation

Comportements des commerçants en relation avec le traitement subi en cas d’arrestation

Il apparaît dans ce tableau que 85 soit 56,67% des commerçants, avec un intervalle de confiance de 48,73% à 64,60%, affichent une sérénité dans leur comportement lorsqu’ils aperçoivent les agents du CeCOS, du fait du bon traitement qu’ils subissent lors des interpellations. Ce comportement est plus significatif chez les ivoiriens à 61%, soit une différence significative de 13% en comparaison aux étrangers dont la proportion est de 48%. Cela peut se justifier par le fait que bon nombre de ces commerçants ont leurs documents administratifs au complet. Nous avons constaté cela dans des déclarations du genre : « Je ne me reproche rien, pourquoi je vais fuir ou me cacher ? ».(23)

Cependant, 43,33% des commerçants fuient et se cachent par crainte des exactions, lorsqu’ils aperçoivent les agents du CeCOS en patrouille. Ce comportement s’observe plus chez les étrangers à 52% soit une différence significative de 13%, c’est à dire contre 39% pour les ivoiriens. Ces exactions sont souvent avérées et leurs conséquences favorisent la fuite et la cachette des commerçants victimes. A ce propos, nous avons le témoignage de ce vendeur de sac: « Un jour dans une patrouille, des agents du CeCOS ont arrêté mon ami à Attécoubé. Il avait en sa possession 250 000 francs. Ils lui ont demandé de l’argent et devant son refus de s’exécuter ils se sont mis à le frapper. Ne pouvant plus supporter les coups, il leur a proposé 50 000 francs. Ils ont refusé et lui ont pris 100 000 francs. Mon ami a été traumatisé. Il a fallu qu’on le soigne pour qu’il se retrouve. Ça fait que quand il les voit, il ne s’approche pas d’eux. ».(24) En outre, certains commerçants étrangers bien qu’ayant leurs pièces administratives à jour, se promènent sans elles parce que, avec ou sans elles, ils affirment être l’objet de tracasseries en cas d’interpellation(25). Ces commerçants sont parfois dépourvus de pièces administratives, ou quand ils en ont, elles sont périmées. C’est alors que, faute de pièces administratives à jour en leur possession qu’ils fuient ou se cachent. Ils donnent ainsi par leur absence de conformité vis-à-vis de la loi, l’occasion propice de tracasserie par certains agents. Les commerçants sont donc responsables dans bien des situations de ce qui leur arrive. Le comportement des commerçants peut aussi trouver une explication, dans les préjugés qui présentent l’agent du CeCOS comme un agent d’“insécurité” ou un “malfaiteur”. Cela n’est pas sans conséquence pour l’image de l’agent du CeCOS.

Il faut également noter les difficultés d’intégration culturelle de certains étrangers qui viennent d’arriver en Côte D’Ivoire. Ces derniers par méconnaissance du milieu et pour ne pas tomber sous le coup des infractions, préfèrent fuir ou se cacher des forces de l’ordre. Nous avons constaté cela dans les propos d’un mauritanien interrogé à l’Indenié. Ce dernier préfère rester dans sa boutique pour éviter les infractions et les interpellations. Ces difficultés d’intégration conduisant à la criminalité, trouvent aussi leur explication dans les théories de la conduite antisociale. En effet, celle des conflits de culture élaborée par Thorsten SELLIN, nous le démontre bien. Pour lui, « Le crime résulte du choc qui se produit dans une même société entre des normes de conduite différentes ».(26)

Enfin, Le X² calculé de ce tableau 0,67 au degré de liberté 1 est inférieur au X² lu 3,84. Nous pouvons retenir que contrairement à ce que nous avions supposé (H2), la majorité des commerçants ont une réaction positive vis-à-vis des actions du CeCOS parce qu’ils trouvent leur traitement bien en cas d’arrestation. Cela à un niveau de confiance de 95%. Leur comportement qui est corrélé avec la nature du traitement subi, ne doit pas nous faire perdre de vue que une bonne frange d’entre eux ont une réaction négative à cause des exactions.

Dès lors, que pouvons-nous suggérer pour l’amélioration de la qualité des actions du CeCOS ainsi que le renforcement de sa relation avec les commerçants ?

23 Commerçant ivoirien interrogé au “Black Market”.
24 Commerçant ivoirien interrogé au marché “Gouro”.
25 Témoigange d’un mauritanien interrogé dans sa boutique à l’Indénié.
26 Thorsten SELLIN cité par Henri Yebouet Boah (2004), cours d’histoire de la Criminologie, UFR Criminologie, Université de Cocody-Abidjan (non publié).

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