II- CHAPITRE II : Mosquée Ketchaoua / Cathédrale Saint-Philippe :

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La conversion des lieux de culte d’une confession à une autre est une pratique courante à travers l’histoire, liée essentiellement aux conflits qui opposent deux parties de confession différentes ; ainsi l’appropriation des lieux de culte de la partie adverse vaincue apparait comme une suite logique de la victoire militaire et une forme de consécration de la domination d’une communauté sur une autre.

L’Algérie qui a connue à travers son histoire plusieurs envahisseurs et de longue période de colonisation, depuis la colonisation romaine qui a engendré une sorte de mixité entre les croyances romaines et les pratiques religieuses libyques et puniques déjà présente en cette partie de l’Afrique, une mixité qui s’est traduit par une assimilation cultuelle de la population de la région induite par l’intégration de leurs cultes et la présentation de leurs divinités dans les espaces de culte.

Par contre, les religions monothéistes chrétienne et musulmane ne pouvaient accepter la perpétuation des pratiques cultuelles ancestrales en arrivant dans la région, de par l’impossibilité d’intégration de ces pratiques dans des religions qui constituent une rupture avec la multiplicité des dieux.

Mais même après plusieurs siècles d’islamisation de la région, il existait encore des conflits autour des lieux de culte entre différentes dynasties islamiques dans la région par rapport au style architectural, à l’ornementation et selon les différentes doctrines de l’islam et la provenance des nouveaux souverains.

Mais le véritable bouleversement qu’a subit la région est l’occupation française qui débute en 1830 et l’arrivée d’un nouveau pouvoir qui ne partage que peu de choses avec les habitants autochtones du point de vue culturel et religieux ; Cette confrontation de deux cultures différentes a été particulièrement violente en Algérie, où la France a pratiqué une colonisation de peuplement à l’inverse des politiques de protectorat pratiquées en Maroc et en Tunisie.

Cette confrontation s’est exprimée en partie avec les traitements réservés aux lieux de culte présents sur les territoires occupés, ainsi avec l’enclenchement de la colonisation de peuplement après la victoire militaire et la conquête du nord algérien, s’exprime le besoin d’aménager des lieux de culte pour cette nouvelle population de confession différente, soit par la construction de nouveaux édifices religieux ou par la conversion des lieux de culte déjà existants dans la région.

Et c’est dans cette deuxième catégorie que rentre le cas de la mosquée de Ketchaoua qui fut convertie au culte chrétien lors des premières années de colonisation pour devenir la cathédrale Saint-Philippe, première cathédrale d’Alger.

La métamorphose de cet édifice s’est faite durant plusieurs décennies pour devenir une cathédrale à part entière que ce soit du point de vue fonctionnel, architectural ou décoratif ; Ce processus impliquait des interventions sur le bâtiment et sur son aménagement ainsi que la célébration de différentes cérémonies liées au culte chrétien dans ce lieu, et cela jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962 et la réappropriation de ce lieu de culte par la communauté musulmane, et sa reconversion en mosquée sans pour autant effectuer de modifications architecturales majeures sur le bâtiment.

Ce tiraillement qu’a subit ce lieu de culte est révélateur des rapports entre les communautés, ces rapports évoluent dans le temps en faveur d’une communauté ou une autre, ainsi la conversion de ce lieu de culte, loin d’être un acte fortuit imposé seulement par la nécessité d’avoir un espace de prière constitue un symbole fort d’affirmation des pouvoirs en place.

Etudier la transmission de cet édifice à travers une analyse chronologique de son histoire occulterai les véritables enjeux et impactes de l’évolution de cette édifice dans le temps, cette évolution représente des séquences dans la vie de ce bâtiment, des séquences de continuité ou de rupture que ce soit par rapport à la fonction, la confession ou le corps même de cet édifice.

Ces séquences représente les interventions majeurs qu’a subit l’édifice, en commençant avec sa création, sa conversion cultuelle, sa transformation architecturale et enfin sa reconversion. L’étude de la transmission de ce monument, implique de se référer aux sources historiques relatant son évolution ainsi qu’aux traces architecturales en analysant l’objet architectural en son état actuel et les plans des différentes intervention qu’il a subit.

A- Création : édifice mosquée – fonction mosquée :

La mosquée de Ketchaoua doit son appellation à son emplacement, le plateau de Ketchaoua (plateau des chèvres), la date exacte de la fondation de cette mosquée reste inconnue mais elle est antérieur à 1612, date à laquelle un acte de cadi signale son existence(32).

La grande mosquée telle que représentée dans la lithographie de Lessore et Wild (Figures 1) et sur le plan et la coupe réalisés par Amable Ravoisié (Figures 2 et 3) fut édifiée en 1794 sous le règne de Hassan Pacha(33), comme le confirme l’inscription datée par un chronogramme au-dessus de l’entrée : «Quelle belle mosquée ! Elle est recherchée par les désirs, avec un empressement extrême. Les splendeurs de son achèvement ont souri sur l’horizon du siècle. Elle a été construite par son sultan, agréable à la puissance éminente : Hassan Pacha, avec une beauté sans pareille»(34).

Il existe dans le monde musulman plusieurs types de plans de mosquée , « schématiquement on distingue d’une part le plan présentant une cour et une salle de prière hypostyle, qui se trouve plutôt au Proche Orient et au Maghreb, d’autre part une grande cour centrale flanquée de quatre iwâns – un iwân est une salle voûtée ouverte sur un côté –, en Iran, et enfin une cour jouxtant une vaste salle de prière centrale surmontée d’une coupole aux dimensions généralement importantes inspirée de Sainte-Sophie à Istanbul, que l’on trouve principalement en Turquie et en Asie Centrale »(35). La nouvelle mosquée construite en 1794 rentrait dans cette dernière catégorie, elle avait des proportions plus grandes que celle de l’ancienne, la coupe de Ravoisié confirme qu’elle a été construite sur un plan de mosquée à grande coupole centrale couvrant une salle carré entourée de galeries recouvertes de petites coupoles , cet espace centrale « carrée et entourée de fortes colonnes en marbre était bordée sur trois faces de bas-côtés coupés par de larges tribunes placées à mi-distance du sol des arceaux; une grande coupole à base octogonale la recouvrait. Des peintures et des inscriptions ornaient cet intérieur fort coquet et élégant»(36), Le minaret d’origine se trouvait à l’arrière de la double rangée de galeries du côté du ‘mihrab’ indiquant la direction de la Mecque, ce plan similaire à ce qu’on peut trouver en Turquie, correspond au type de mosquées construites en Maghreb central pendant la période Ottomane.

Lucien Golvin donne une description générale de cette édifice bâtie « sur plan barlong, environ 24/20 m, la salle de prière comprenait un espace carré de 11,50 m de côté, que coiffait une vaste coupole octogonale sur trompes en coquilles ; des galeries bordaient cet espace central… elles étaient doubles, à l’opposé du mihrâb. Ces galeries étaient coiffées de coupoles secondaires, séparées par des arcs doubleaux ; toutes reposaient sur des pendentifs. Tous les arcs, de forme brisée outrepassée, étaient supportés par de grosses colonnes à vastes chapiteaux »(37), le minaret de la mosquée était plaqué d’émail et l’intérieur décoré avec de grandes inscriptions en caractères arabes avec le mihrab à l’orient de la salle carrée entourée de colonnes de marbre d’Italie(38).

La Ketchaoua était l’une des plus prestigieuses mosquées de la ville, les habitants d’Alger y été très attachés ; sa décoration somptueuse et son aspect monumental consacrait l’architecture ottomane à Alger. Pratiquement collée au palais Hassan Pacha et à quelque mètres de la résidence ‘Dar Aziza’, cette mosquée occupait une place privilégiée dans la ville ; Situé dans la basse Casbah entre la ville en hauteur et la coté dans une zone qui regroupe ‘El Jnina’ ancienne résidence du Dey, les deux autres grands mosquées de la ville (Djamaa el Jdid et Djamaa El Kébir) et desservie par les grandes rues marchandes, la Ketchaoua faisait partit du coeur de la ville.

B- Conversion cultuelle : édifice mosquée – fonction cathédrale :

Après la prise d’Alger par l’armée française en 1830, le traité de capitulation signé par le Dey d’Alger Hussein Pacha et le compte de Bourmont du côté Français stipulait de « laisser la liberté aux habitants de toutes les classes et à déclarer que leur religion, leur commerce et leur industrie ne recevraient aucune atteinte »(39), en contrepartie le Dey et ses janissaires conservaient leurs biens personnels.

Le nouveau pouvoir en place prend possession des biens ‘habous’(40) en changeant la législation relatif à la propriété, un changement justifié par les législateurs de l’administration coloniale de l’époque : « Le régime de la propriété foncière s’écartait trop de nos conceptions juridiques pour que nous la laissions subsister, il eut paru d’ailleurs étrange de soumettre les nouveau colons à la loi du vaincu »(41) ; Par la force de la nouvelle législation, des mosquées sont transférées au culte catholique comme celle de Ketchaoua, ou détruites dans le cadre des opérations de réaménagement comme ce fut le cas de la mosquée ‘Essayeda’ et la ‘ Djenina’, ou transformées en casernes ou dépôts de l’armée française ; Ainsi, « À Alger en 1830, tout avait commencé par des destructions. Le Génie avait ouvert une grande Place d’Armes dans le bas de la ville indigène, élargi plusieurs rues, réaffecté de nombreux bâtiments après les avoir transformés. Des mosquées avaient été rasées, d’autres aménagées en hôpitaux ou en églises, des palais avaient été transformées en casernes et des maisons arabes en habitations à la française »(42).

Cette occupation des édifices religieux est sentie comme une humiliation par les autochtone, à l’exemple du long poème de Sidi Abdelkader sur la prise d’Alger où il crie sont mépris «Ô croyant le monde a vu de ses yeux Leurs chevaux attachés dans nos mosquées»(43).

1- La prise de la mosquée :

La mosquée de Ketchaoua fut convertie au culte chrétien en 1832, « Le 24 décembre de cette année, la messe y fut dite par l’abbé Collin, préfet apostolique de la Régence»(44).

Cette conversion fut très controversée et contesté par la communauté musulmane ainsi que par quelques parties dans le camp même des nouveaux occupants ; cette contestation s’est appuyée sur le cinquième paragraphe du traité de capitulation d’Alger du 5 juillet 1830 qui stipule que “ l’exercice de la religion mahométane restera libre”(45) et garantie au musulmans le maintien de leurs lieux de culte.

Le duc de Rovigo(46) fut le principal instigateur de cette conversion, son choix de cette mosquée n’était pas fortuit, « la mosquée de Ketchaoua représentait pour la population d’Alger le plus important lieu de culte musulman de la ville….en fixant spécialement son choix sur la mosquée de Ketchaoua, le duc de Rovigo voulais faire une démonstration de force à l’intention de la population »(47) locale, il « constitua une commission présidée par le savant Berbrugger et où siégeaient les muftis et deux notables musulmans»(48). Toutefois les algériens refusèrent de céder la mosquée en invoquant le traité de capitulation de 1830 qui couvrait les lieux de culte.

Pharaon Florian(49), décrit le climat dans lequel s’est effectuer la prise de la mosquée, il décrit l’obsession du duc de Rovigo qui « voulait tout briser, faire arrêter les muftis, entrer de vive force dans la mosquée et faire couper le coup à tous ceux qui s’opposerait à l’exécution de sa volonté », lors de la dernière séance de la commission « L’agitation était extrême et l’on craignait un instant, sinon un soulèvement, du moins une émeute » avec la présence de près de dix mille manifestants à l’extérieur du palais du gouvernement, et l’opposition au projet de conversion même au sein du pouvoir colonial à l’instar de M.Pichon l’intendant qui « proposait… qu’on renonçât au projet et qu’on élève une église paroissiale »(50).

Bouderbala, un notable musulman au sein de la commission réussira à obtenir la cession d’une autre mosquée pour épargner la mosquée de Ketchaoua, il s’agit en l’occurrence de la mosquée de la pêcherie (Djamaa El Djadid), ce qui n’était pas du gout du duc de Rovigo qui déclara : « On vous a donné la mosquée la plus mal placée et la moins vénérée de la ville. Je n’en veux pas ! Je veux la plus belle ! Nous sommes les maitres, les vainqueurs ! Je ne veux pas prêter à rire ». Avec cette obsession du duc de Rovigo, il était impossible de négocier, contrairement à l’intendant M. Pichon qui lui suggéra « qu’il était plus digne de respecter les traités et d’ériger une église » nouvelle. Ne tenant pas compte de cet avis, Le duc de Rovigo ordonna la substitution de la mosquée de Ketchaoua à celle de la pêcherie sur le contrat de cession et il « donna, le 17 décembre 1831, l’ordre d’occuper la mosquée le lendemain. La croix et l’étendard de la France seront fixés au minaret et salués par des batteries de terre et de mer ».

Pharaon Florian(51) donne une description détaillé de la prise effective de la mosquée, Le jour de l’assaut « Quatre mille musulmans environ étaient enfermés dans la mosquée dont les portes étaient barricadées. On fit les sommations légales, puis une escouade des sapeurs du génie se mit en mesure de faire sauter les gonds de la porte. Aux premiers coups de haches les rebelles se décidèrent à ouvrir, et une immense rumeur sortit de la mosquée. Mon père (Joanny Pharaon, l’interprète de Rovigo), M.Belensi (l’interprète de Pichon) et Sidi Bouderba montèrent les marches du portail, mais immédiatement éclatèrent quelques coups de feu, et une bousculade formidable vint renverser les membres de la commission et les ‘ulémas(52)’. La troupe croisât la baïonnette et refoula les musulmans dans la mosquée. La panique se saisit d’eux et ils s’enfuirent par une issue qui donnait du côté de la rue du vinaigre. On trouva dans la mosquée plusieurs hommes à moitié étouffés et quelques autres blessés dans la tentative de sortie. La prise de possession était faite…. Le duc de Rovigo fut camper dans la mosquée une compagnie d’infanterie ».

Cette prise de la mosquée par la force n’a pas fait l’unanimité au sein des deux communautés musulmane et catholique, mais aucune voix ne se leva pour contester le fait accompli, mais des désaccords été exprimé à l’instar de l’intendant Pichon qui déclara : « Il n’y a plus eu de culte chrétien public de juillet 1830 à janvier 1832….et quelques mois après nous voulons planter la croix dans une mosquée ! »(53).

Mais les différentes communautés présentes dans le pays ou en métropole n’avait pas la même conception des choses en ce qui concerne la conversion des mosquées en temples chrétiens, Ainsi ressenti comme un sacrilège au sein de la communauté musulmans, comme une violation des accords de reddition de 1830 par une partie de l’administration coloniale, elle fut justifié et son impact minimisé et les mosquées convertis sont décrites comme «conquises par quelques paroles »(54), ainsi M.P.Genty de Bussy écrit : « Quand quelques mosquées sont tombées de vétusté, ou se sont ouvertes devant nos besoins, les Maures ont trouvé pour les pratiques de leur religion un refuge inviolable au sein des temples nombreux qui leur restaient »(55).

Ces écrits qui rentraient dans le cadre de la mission civilisatrice en Algérie, décrivaient ces conversions comme rentrant dans un processus de civilisation de la population locale, les nouveaux colonisateurs étant « Plus avancés que ces peuples, [ils pouvaient] déplorer que leur religion les pousse vers la contemplation »(56), mais toute en relativisant sur la manière de changer les traditions locales en déclarant que même « si la civilisation semble nous convier à propager nos dogmes, la philosophie nous défend de nous servir d’autres auxiliaires que de ceux de la persuasion, et, en pareil cas, c’est au temps surtout à se charger du succès »(57).

Dans ce contexte la conversion de la mosquée de Ketchaoua est expliquée par une toute autre manière, comme un accord entre les différentes parties pour l’aménagement d’un lieu de culte pour les nouveaux arrivants de confession chrétienne, ainsi « devant ce besoin de tous les temps, la sollicitude de l’administration ne pouvait rester oisive….A la suite d’une négociation conduite avec autant de mesure que de convenance, et sous l’inspiration d’une nécessité réciproquement appréciée, le culte catholique à Alger a trouvé dès la fin de 1832, un lieu digne de lui »(58) en l’occurrence la nouvelle cathédrale Saint-Philippe installée dans les bâtiments de l’ancienne mosquée Ketchaoua ; On peut faire un parallèle avec une argumentation de même type dans une consultation juridique du cadi Iyad (543 H / 1148-1149) analysée par Vincent Lagardère et rendant compte de l’avis des juristes malikites en ce qui concerne la conversion des églises en Andalousie à l’époque almoravide : « Qu’à la suite de l’expulsion des tributaires de leur église celui qui administrait les musulmans l’ait transformée en mosquée constitue un acte fort judicieux vu que les musulmans installes a la place des tributaires évincés avaient besoin d’une mosquée pour faire leur prière… le mieux étant de se servir à cette fin de l’église et de la convertir en mosquée ; après l’expulsion de ces gens-là, leur église et ses ‘habus’ reviennent au ‘bayt al-mal’ [le Trésor public] »(59), ces écrits émanant de la partie dominante insistent dans les deux cas sur le besoin en église ou mosquée et minimise l’impact de cette conversion sur l’autre communauté dans un discours qui accompagne et justifie cette action.

Pareillement, les écrits des autorités religieuses catholiques concernant la conversion de la mosquée Ketchaoua insistent sur le fait que « La mosquée étant de rite hanéfite…était fréquentée surtout par les Turcs dont beaucoup quittèrent Alger en 1830 »(60), et que les autorités musulmanes finissent par céder la mosquée suite à la demande formulée par le duc de Rovigo; La semaine religieuse d’Alger, une publication de l’église catholique cite un passage dans une lettre que le grand muphti adressa au gouverneur :  » Notre mosquée changera de culte sans changer de maître. Vous pouviez nous la prendre, vous avez préféré nous la demander. C’est là marque de condescendance que nous n’oublierons pas »(61). On perçoit presque une marque de reconnaissance envers les autorités coloniales, et une approbation de la conversion de la mosquée, qui garde toutefois son usage cultuel.

Ces textes insistaient sur la persuasion et la convenance dans les rapports avec la communauté musulmane, dans le respect de la tradition chrétienne et des principes de liberté de la république. Mais d’un autre coté les conversions comme rentrant dans un processus de retour de la chrétienté des territoires qu’elle avait déjà conquis au IVème et Vème siècle au cours de l’occupation romaine de la région, « Après un si long exil, il était, réservé à la France de le [le christianisme] faire reparaître sur des rivages… car la religion et la civilisation sont inséparables »(62), comme ce fut le cas pendant la reconquête en Espagne où Alphonse VI fait référence dans la charte de dotation de la cathédrale de Tolède à un rétablissement du culte chrétien dans la région, et que par sa victoire « II efface l’humiliation (opprobrium), le blasphème (mauris… blasfemantibus), restaure l’adoration de Dieu après la parenthèse de trois cent soixante-seize ans pendant laquelle la ville de Tolède fut par jugement secret de Dieu aux mains des Maures qui blasphèment le nom du Christ »(63).

Ainsi en se référant aux sources de différentes provenances, on a plusieurs versions et interprétations sur les motivations, le déroulement et les conséquences de la prise de la mosquée de Ketchaoua et son affectation au culte catholique. Sur un sujet aussi sensible que le changement de confession d’un lieu de culte, qui exprime un conflit entre des communautés religieuses, les rédacteurs ont souvent du mal à être objectifs ; La réalité se situe certainement entre ces différents récits qui prennent parti pour groupe ou un autre selon l’appartenance et l’opinion personnelle du rédacteur. Mais toutes les sources confirment que la mosquée a été prise le 18 décembre 1832 et consacrée une semaine plus tard à l’occasion des fêtes de noël le 24 décembre 1832.

2- L’affectation de la mosquée au culte chrétien :

Des aménagements sont effectués à l’intérieur de l’ancienne mosquée pour l’adapter au culte catholique, par l’installation des nouveaux mobiliers tout en utilisant l’ancien comme ce fut le cas de la vasque à ablutions transformée en cuve baptismale, le clocheton et la rampe de marbre du ‘minbar’ servirent à la construction de la chaire; le tabernacle fut exposé sur le siège de marbre de l’imam avec des colonnes torses incrustées d’onyx, et des gestes symbolique comme l’installation d’une statue de la Vierge au ‘Mihrab’ qui indiquait auparavant la direction de la ‘qibla’, et l’installation d’une croix sur la grande coupole de l’ancienne mosquée en 1840.

L’abbé Bargès cité par Henri Klein donne une description détaillé de la cathédrale en 1832 : « Au-dessus de chaque galerie, excepte dans la garde orientale, règne une tribune avec balustrade de bois d’un travail très artistique. Cette tribune est occupée par les dames. Une place y est réservée au Gouverneur et sa famille qui peuvent s’y rendre directement du palais, lequel est attenant au temple…Des armoires ont été pratiquées çà et là, le long des murs; les portes présentent des panneaux de pièces rapportées, chacune de couleur différente.

Les pans intérieurs de l’église sont revêtus, jusqu’à la hauteur de la tribune, de carreaux de porcelaine blanche et bleue d’un très curieux effet. La chaire, adossée à une colonne, est ornée de sculptures d’une délicatesse et d’un fini remarquables. Devant le lieu où l’on conservait le Coran (le mihrab) et vers lequel se tournaient les musulmans, en priant, on a dressé une statue de la Vierge.

A quelques pas de là, s’élève le maitre-autel, dont la richesse est en harmonie avec la beauté de ce temple. II offre plusieurs espèces de marbres précieux….Ce qui frappe le plus en entrant dans cette église, ce sont les inscriptions presque colossales qui en ornent les parois. Les lettres ont de trois à quatre pieds de long. Ces inscriptions expriment des sentences tirées du Coran »(64).

L’inauguration de la cathédrale eut lieu le jour de Noel 1832, soit une semaine après la prise de la mosquée ; à part les quelques aménagements reporté la dessus, le bâtiment de la nouvelle cathédrale reste celui de l’ancienne mosquée avec ses colonnes décorées de motifs végétaux et ses inscriptions coranique sur tous les parois du bâtiment.

A l’occasion de Pâques, la reine Amélie offrit à la nouvelle église ses vases sacrés et les premiers ornements sacerdotaux ; le pape Grégoire XVI lui fit don d’un tableau de Carrache, représentant l’Assomption et d’un calice d’or entoure de pierreries et décoré du coq, symbole de la vigilance(65).

Cette vague de conversion qui créa des édifices « églises par leur culte, mais mosquées par leur architecture…..ces monuments qui ont bravé les siècles; qu’il suffît de les parcourir pour en retrouver l’origine, et qu’ils fussent eux-mêmes leur propre chronologie »(66) ; Ces édifices Hybrides ne semblaient pas poser problème à la pratique du culte chrétien, en gardant même des éléments qui font référence à l’islam, comme les versets coraniques visibles en grands caractères dans la décoration intérieur de la mosquée, des versets gravées, en 1795, par le maitre Ibrahim Djarkeli(67), transcrits et traduits par l’abbé Bargès en 1840(68) (voir Figure.4), ces décorations sont relevées sans pour autant choquer les fidèles.

Figure 1 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 1 : La mosquée Ketchaoua avant sa conversion en 1832, d’Après une lithographie de Lessore et Wyld. Source : MARÇAIS Georges, Manuel d’art musulman : L’Architecture (Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile), Vol VII, Ed Picard, Paris, 1926-1927.

Figure 2 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 2 : Coupe de la mosquée Ketchaoua, Amable Ravoisié, 1839. Source : MARÇAIS Georges, Manuel d’art musulman : L’Architecture (Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile), Vol VII, Ed Picard, Paris, 1926-1927.

Figure 3 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 3 : Mosquée Ketchaoua, plan d’Amable Ravoisié, 1839. Source : MARÇAIS Georges, Manuel d’art musulman : L’Architecture (Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile), Vol VII, Ed Picard, Paris, 1926-1927.

Figure 4 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 4 : Mosquée Ketchaoua, versets gravées, en 1795, par le maitre Ibrahim Djarkeli , transcrits et traduits par l’abbé Bargès en 1840. Source : L’abbé Bargès, « notice sur la cathédrale d’Alger en 1839 », dans le journal asiatique, troisième série, Tome XI, l’imprimerie royale, Paris, 1841.

C- Transformation : édifice cathédrale – fonction cathédrale :

La construction de la cathédrale Saint-Philippe sur l’emplacement de l’ancienne mosquée Ketchaoua débuta en 1845 à la suite des travaux de démolition qui avaient commencé en 1844 ; ces travaux viennent suite à la nomination de Monseigneur Dupuch comme évêque à Alger en 1838 ; ce dernier demanda la construction d’une nouvelle église qui serait la cathédrale d’Alger. Mais les autorités en place en l’Algérie, qui détenaient les finances de l’église en Algérie à cause du Concordat, décidèrent la transformation de l’édifice existant et son agrandissement.

Des projets de transformation de l’édifice avaient déjà été initiés dès les années qui ont suivi sa conversion en 1832, notamment par l’architecte des bâtiments civiles Pierre Auguste Guiauchain qui avait fourni « un projet de reconversion et de restauration au milieu des années 1830 »(69), ce projet a été reprit en 1839 par l’architecte Amable Ravoisié dans le cadre l’exploration scientifique de l’Algérie, ce dernier « réalise un relevé et suggère une proposition de restauration de l’édifice »(70) (Figures 5, 6 et 7), mais ces planches sont surtout destinées à la publication.

Les travaux de construction de la cathédrale dureront de 1845 à 1860, et le traitement de la façade en revanche n’a été finalisé qu’à la fin du siècle. Pendant la durée des travaux, l’église Notre-Dame des Victoires –ancienne mosquée Betchine- occupa momentanément la place de cathédrale de la ville d’Alger.

L’église fut considérablement agrandit, pour occuper environs quatre fois la surface de l’ancienne mosquée, qui était limité à l’espace du choeur de la cathédrale à la fin des travaux, celle-ci fut dotée « d’un escalier monumental donnant sur la place et de deux clochers »(71). La cathédrale a subi une transformation générale, « Elle fut presque entièrement démolie et reconstruite, puis considérablement agrandie »(72).

Les travaux de transformation ont été entamés par l’architecte des bâtiments civils Pierre-Auguste Guiauchain, puis menés successivement par les architectes diocésains Harou ROMAIN, Jean-Baptiste FERAUD (1815-1884) remplacé par Jean-Eugène FROMAGEAU nommé par le ministère des colonies architecte en chef des édifices diocésains d’Algérie.

Le projet de transformation de l’ancienne mosquée a été perturbé plusieurs fois par des problèmes de stabilité du bâtiment en construction, ces problèmes été liés à l’instabilité du sol du côté de la rue du Divan, d’où la présence des contreforts en pierre taillée sur toute la longueur du mur de ce côté ; suite à ces problèmes d’instabilité du sol, des sondages ont été exécuté et « une intéressante mosaïque fut trouvée, représentant des têtes d’animaux et aussi des médaillons…Ces mosaïques, dont une partie demeure sous les fondations de la Cathédrale, ont été attribuées à d’anciens thermes romains »(73).

Les travaux de la façade se poursuivirent jusqu’à la fin du XIXème siècle, et c’est la proposition de l’architecte Albert Ballu en 1886 (Figure.8) qui fut réalisé, après plusieurs propositions non retenues, notamment celle d’Haroun Romaine « élaborée en 1856 et qui correspond au plan qu’il établit en 1850 en tant qu’architecte diocésain » (Figure.9) qui suggère déjà l’idée de deux tours latérales. Ces tours d’inspiration orientaliste qui s’élèvent aux deux extrémités de la façade de la cathédrale «sont une réplique des minarets de la mosquée El Nasser Mohammed à la citadelle du Caire, et des minarets de la mosquée de Kaït-Bey» ; D’ailleurs l’ensemble de l’édifice a été réalisé dans un style architectural mélangeant différentes influences, du romano-byzantin à l’orientalisme, ce qui va donner naissance à l’architecture Néo-Mauresque en Algérie dominante au début du XXème siècle, et le bâtiment de la cathédrale fait son entrée dans l’inventaire des monuments historique et est classé en 1908.

Malgré les sommes colossale dépensées pour la transformation du bâtiment de la cathédrale, dans le cadre de qui été le plus grand projet de restauration après la conquête, le résultat ne fut pas l’unanimité ni parmi les fidèles, ni parmi les urbanistes de la ville ; que ce soit pour son aspect architectural ou pour sa surface restreinte et son positionnement au coeur de la Casbah d’Alger, ces problèmes se posent au cours des aménagements urbains que subit la ville à la fin des années 1850, ainsi on peut lire dans le rapport du projet de la nouvelle ville d’Alger en 1858 : « la cathédrale actuelle, dont on connait l’insuffisance à chaque réunion officielle et surtout aux jours de grandes fêtes, placées dans un endroit resserré ou il y’aura toujours encombrement et plus tard du danger pour les piétons lorsque les voitures pourront y arriver, nous a paru, suivant les mouvement de la population, devoir être construite dans la nouvelle enceinte. Un palais digne du chef de la religion, serait établi près de ce monument que nous plaçons à proximité de la ville actuelle »(74).

Installer dans la basse Casbah par la volonté du duc de Rovigo, la cathédrale n’a jamais été véritablement intégré dans cette partie de la ville ou la population est en grande majorité de confession musulmane, de plus l’édifice même après son élargissement était relativement étroit pour accueillir les cérémonies de la grande cathédrale d’Alger.

L’église Saint-Philippe garde sa fonction de cathédrale de la ville d’Alger jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962 ou elle fut reconvertit en mosquée et c’est dorénavant la nouvelle église du sacré coeur construire en 1956 qui occupe la place de cathédrale de la ville.

Figure 5 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 5 : Projet de restauration de la cathédrale Saint-Philippe, Plan, Amable RAVOISIE, Alger, 1839.Source : OULEBSIR Nabila, « Les usages du patrimoine », Éd. de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2004.

Figure 6 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 6 : Projet de restauration de la cathédrale Saint-Philippe, Façade principale, Amable RAVOISIE, Alger, 1839. Source : OULEBSIR Nabila, « Les usages du patrimoine », Éd. de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2004.

Figure 7 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 7 : Projet de restauration de la cathédrale Saint-Philippe, coupe latérale, Amable RAVOISIE, Alger, 1839. Source : OULEBSIR Nabila, « Les usages du patrimoine », Éd. de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2004.

Figure 8 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 8 : Projet d’achèvement de la façade de la cathédrale Saint-Philippe, aquarelle d’Albert BALLU, Alger, 1886. Source : KOUMAS Ahmed, NAFAA Chéhrazade, « L’Algérie et son patrimoine », éditions du patrimoine, Paris, 2003.

Figure 9 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 9 : Projet d’achèvement de la façade de la cathédrale Saint-Philippe, aquarelle de Romain HAROU, Alger, 1856. Source : KOUMAS Ahmed, NAFAA Chéhrazade, « L’Algérie et son patrimoine », éditions du patrimoine, Paris, 2003.

D- Reconversion : édifice cathédrale – fonction mosquée :

Après 130 ans d’occupation française en Algérie et sept ans de guerre de libération et suite au scrutin d’auto-détermination du premier juillet 1962 durant lequel « le peuple algérien s’est prononcé pour l’indépendance de l’Algérie coopérant avec la France….la France reconnait solennellement l’indépendance de l’Algérie »(75) le 04 juillet 1962 ; dans les mois qui suivent la cathédrale Saint-Philippe est reconvertit au culte musulman et redevient la mosquée Ketchaoua.

Dans la foulée des festivités de l’indépendance en Algérie à l’été 1962, et pendant une période qui a connu beaucoup de rebondissement sur tout le territoire algérien et essentiellement à Alger, la reconversion de la mosquée Ketchaoua passe presque inaperçue au regard des évènements majeurs qu’a connu la capitale en cette période. Ainsi, je n’ai pas été en mesure de déterminer la date exacte de la reconversion, mais on peut tout affirmer que la reconversion de la cathédrale Saint-philippe en mosquée s’est déroulée entre juillet 1962 et le mois de décembre de la même année, durant lequel l’église du Sacré-Coeur fut élevée au rang de cathédrale de la ville d’Alger.

L’abbé Jean-Pierre Henry, Archevêché d’Alger raconte l’épisode de cette reconversion : « Le lendemain de l’indépendance, les algérois ont envahi la cathédrale et ont réclamé son retour au culte musulman. Et des tractations se sont ensuivies, de telle sorte qu’en novembre 1962, elle était redevenue mosquée. L’Eglise a trouvé normal de faire en sorte que cet édifice puisse revenir au culte musulman. Et la chose avait été préparée par la construction du Sacré-Coeur durant les années de la guerre d’indépendance »(76), ainsi en peut en déduire que comme ce fut le cas dans plusieurs villes en Algérie au lendemain de l’indépendance, l’occupation de la mosquée par la foule s’est faite spontanément par les riverains qui ont demandé qu’elle retrouve sa fonction de mosquée ; les négociations qui ont suivent avec la communauté chrétienne ont abouti au déplacement du siège de la cathédrale d’Alger à l’église du Sacré-Coeur et au retour de la mosquée Ketchaoua au culte musulman, ces négociations ce sont déroulées dans une période de conflits interne au sein du nouveau pouvoir algérien, ou les pressions sur les algérois et surtout sur la communauté chrétienne étaient accrus.

Depuis qu’il a retrouvé sa fonction de mosquée, l’édifice de l’ancienne cathédrale Saint-Philippe n’a pas subi de modifications architecturales majeures ; le mobilier intérieur a été changé et les chaises de l’ancienne église ont laissé place au tapis de la mosquée, l’ancien ‘minbar’(77) retrouve sa fonction initiale après avoir servie de chaire pour la cathédrale pendant 130ans et les décorations faisant référence au culte catholique ont été enlevées, les croix surplombants les tours de l’ancienne cathédrale ont laissé place aux croissants lunaires.

Le véritable défi de cette reconversion fut l’aménagement du ‘mihrab’ vers lequel se dirigent les fidèles lors des prières et qui doit obligatoirement être orienté vers la Mecque, ce qui veut dire vers l’Est dans le cas de la ville d’Alger. Dans un plan type de mosquée, l’entrée est aménagé du côté opposé de celui du ‘mihrab’, pour permettre aux fidèles de se retrouver directement orienté vers la Mecque et pour faciliter la circulation à l’intérieur de la salle de prière ou on n’a pas le droit de traverser les lignes pendant le temps de la prière ; or l’entrée de l’ancienne cathédrale Saint-Philippe se retrouve plein Est dans la même direction que la Mecque, ce qui emmena les autorités religieuses de poser un mur isolé à l’entrée, dans lequel on pratiqua une niche qui servira de ‘mihrab’, ce qui donne à la mosquée de Ketchaoua un aménagement intérieur unique, ou l’on est obligé de contourner le mur à l’entrée de la mosquée, prendre les passages des deux côtés de la salle pour rejoindre la file arrière des fidèles. Cet aménagement intérieur improvisé interpelle les fidèles sur le fait que le bâtiment en place n’a pas été conçu pour être une mosquée.

En plus des aménagements intérieur, un espace d’ablution a été construit du côté Nord-Ouest de l’édifice, ce qui oblige les fidèles à traverser toute la longueur de la mosquée pour y arriver et revenir après à la salle de prière ; les croix sur les deux tours et sur la coupole centrale ont été enlevé comme toutes les références au christianisme qui ont été enlevées de la décoration de la façade.

L’édifice a subi plusieurs opérations de restauration sans pour autant subir de transformations architecturales majeures, ces opérations ont été limitées à des consolidations et des confortements pratiqués dans différentes partie due essentiellement aux problèmes d’instabilité du sol qui subsistent. La dernière opération en date a débuté en 2008 et est toujours en cours, cette restauration qui vient suite au séisme de 2003 qui a frappé les environs immédiats d’Alger, lors duquel la mosquée à subit des dégâts au niveau des tours qui menaçaient de s’effondrer (Figure.10) en plus des autres problèmes liées à l’âge de l’édifice, Abdelouahab Zekkagh architecte restaurateur et directeur de l’OGEBC maitre de l’ouvrage de l’opération, énumère les dégâts qu’a subit la bâtisse et les mesures d’urgence prisent :

«Les pierres de la partie supérieure des balustres surmontées par des blocs constitutifs se sont écartées, ce qui donne une légère inclinaison. Nous devons procéder à une opération délicate comme le cerclage à trois niveaux de la hauteur outre les travaux d’étanchéité que nous prévoyons, car il y a de grands problèmes d’infiltration des eaux pluviales»(78).

Pendant les travaux de restauration (Figure.11) , la mosquée reste fermée au public et cela depuis 2008 , ce qui a provoquer l’inquiétude des fidèles sur des travaux qui ont été prévu dans un délais de huit mois, enfaite il «a été difficile de fermer ce lieu de culte, la population locale n’a pas tellement apprécié parce qu’elle entretenait un rapport particulier avec cette mosquée qu’elle préfère aux deux autres lieux de prière situés non loin de là. Le ministère de la Culture a pu, néanmoins, réussir la prouesse de la faire fermer. Le ministère des Affaires religieuses, propriétaire de l’espace, voudrait le restituer au plus vite»(79).

Malgré la confusion que porte l’édifice actuel avec sa dualité bâtiment cathédrale/fonction mosquée, sa réappropriation par la communauté musulmane a été très rapide et il occupe la fonction de grande mosquée de la ville à part entière en dépit de son aménagement intérieur particulier. Un membre du ministère algérien des affaires religieuses affirme en 2001 : « Grâce à Dieu, la mosquée Ketchaoua a retrouvé sa vocation première. Lieu de culte musulman, nous y célébrons les cinq prières de la journée, celles des vendredis et des fêtes religieuses»(80), de l’autre côté, il y’a toujours une partie de la population qui se sont toujours gênés par le nature du bâtiment qu’occupe la mosquée jusqu’à affirmer que « s’il y a une mosquée à Alger qui ne reflète pas notre patrimoine historique c’est bien celle-là, elle n’est plus authentique, ceci dit ces valeurs patrimoniale sont aussi immenses »(81).

Le rôle du style architectural de l’ancienne cathédrale et surtout le caractère orientaliste et mauresque des traitements de la façade, qui ont été puisés dans les répertoires de l’architecture arabo-islamique ont sans doute facilité la réception de l’édifice reconvertie sans grands efforts à une mosquée en 1962.

Figure 10 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 10 : Mosquée de Ketchaoua, détails des tours, Alger, 2009. Photo prise par Amari Reda, décembre 2009.

Figure 11 CONVERSION DES LIEUX DE CULTE A ALGER DU XVIIIEME AU XXEME SIECLE  CAS DE LA MOSQUEE CATHEDRALE KETCHAOUA

Figure 11 : Mosquée de Ketchaoua, photographie de la façade principale, Alger, 2009. Photo prise par Amari Reda, décembre 2009.

32 KLEIN Henri, Feuillets d’El Djazair, Tome I et II, Ed du Tell, Alger, 2003.
33 MARÇAIS Georges, Manuel d’art musulman : L’Architecture (Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile), Vol II, Chap.7-9, Ed Picard, Paris, 1926-1927.
34 KLEIN Henri, op.cit.
35 BAYLE.M.Hélène, Qu’est-ce qu’une mosquée ?, Institut européen en sciences des religions, Septembre 2007.
36 Descriptions d’Albert DEVOULX, responsable des Domaines, dans KOUMAS Ahmed, NAFAA Chéhrazade, « L’Algérie et son patrimoine », éditions du patrimoine, Paris, 2003.
37 GOLVIN Lucien, Le legs des Ottomans dans le domaine artistique en Afrique du Nord, dans : Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, N°39, 1985
38 BERQUE.A, art antique et art musulman en Algérie, dans : cahiers du centenaire de l’Algérie – livret VI, publications du comité national métropolitain du centenaire de l’Algérie, 1930.
39 Louis de BAUDICOUR, La Colonisation de l’Algérie: ses éléments, Ed Jaques Lecoffre, Paris, 1856.
40 Les biens –essentiellement religieux- placés sous ce régime sont immobilisés de sorte qu’ils ne sont ni vendus ni donnés, et leurs revenus reviennent à l’aumône.
41 TERRAS Jean, Essai sur les biens habous en Algérie et en Tunisie, Etude de la législation coloniale, Lyon, Impr. du Salut public, 1899, cité dans OULEBSIR Nabila, « Les usages du patrimoine », Éd. de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2004.
42 BEGUIN François, Arabisances ; Décor architectural et tracé urbain en Afrique du Nord 1830-1950, Dunod, Paris, 1983.
43 Smaïl Hadj Ali, La mission civilisatrice un processus de décivilisation, article paru dans le quotidien El Watan, édition du 26/02/2007.
44 KLEIN.H.op.cit.
45 Traité de capitulation d’Alger du 5 juillet 1830, dans Nadine GASTALDI, Culte musulman 1839-1905, paris, 2006.
46 Anne-Jean-Marie-René SAVARY, Duc de Rovigo nommé par CHARLES X le 6 décembre 1831 comme Gouverneur des Possessions Françaises en Afrique.
47 OULEBSIR Nabila, « Les usages du patrimoine », Éd. de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2004.
48 JULIEN Charles André, Histoire de l’Algérie contemporaine, Vol I, Presse universitaires de France, Paris, 1964.
49 Fils de Joanny Pharaon, interprète du duc de Rovigo, cité dans JULIEN Charles André, Histoire de l’Algérie contemporaine, Vol I, Presse universitaires de France, Paris, 1964.
50 JULIEN Charles André, op.cit.
51 Ibid.
52 Terme arabe pour : savants, désigne généralement les théologiens sunnites.
53 Déclaration du baron Pichon, intendant civil de la Régence, cité dans : JULIEN Charles André, Histoire de l’Algérie contemporaine, Vol I, Presse universitaires de France, Paris, 1964.
54 M.P.Genty DE BUSSY, de l’établissement des français dans la régence d’Alger, librairie de Firmin Didot frères, Paris, 1839.
55 Ibid.
56 Ibid.
57 Ibid.
58 Ibid.
59 BURESI Pascal, op.cit.
60 La semaine religieuse d’Alger, cité dans : Théo BRUAND, la cathédrale d’Alger, article paru dans la Dépêche d’Algérie, édition du 1er Août 1962.
61 Ibid.
62 M.P.Genty DE BUSSY, op.cit.
63 BURESI Pascal, op.cit.
64 L’abbé Bargès, « notice sur la cathédrale d’Alger en 1839 », dans le journal asiatique, troisième série, Tome XI, l’imprimerie royale, Paris, 1841.
65 JULIEN Charles André, op.cit.
66 M.P.Genty DE BUSSY, op.cit.
67 KLEIN.H, op.cit.
68 L’abbé Bargès, op.cit.
69 OULEBSIR Nabila, op.cit
70 Ibid.
71 KOUMAS Ahmed, op.cit.
72 KLEIN.H, op.cit.
73 Ibid.
74 VIGOUREUX, CAILLAT, « Alger, projet d’une nouvelle ville », Alger, 1858, dans OULEBSIR Nabila, op.cit.
75 Journal officiel France, 04 juillet 1962, P6483.
76 Reportage, « Ketchaoua : mosquée d’Alger », revue TDC, Diffusion Lundi 2 avril 2001 sur La Cinquième, Conception Hervé Pernot, Auteur-Réalisateur Mehdi Zergoun.
77 Escabeau surélevé d’où l’imam fait son prêche.
78 Propos recueillit par M.Tchouban, article « opération de restauration et de sondage », Quotidien El Watan, édition du 26/11/2008.
79 Propos de Nabila Seffadj, architecte en chef de la restauration de la mosquée Ketchaoua, recueillit par Nadir Iddir, « Les travaux de confortement entamés », Quotidien El Watan, édition du 16/05/2009.
80 Reportage, « Ketchaoua : mosquée d’Alger », op.cit.
81 Propos d’un étudiant en architecture à l’EPAU d’Alger, recueillie au cours de l’enquête sur terrain, février 2012.

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