I. Problématique

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La problématique peut être appréhendée comme un ensemble de questions relatives à un sujet de recherche donné et auxquelles le chercheur doit trouver des réponses claires et précises. Ainsi, elle représente une étape cruciale dans le processus de la recherche scientifique. Cette importance est relevée par Paul N’DA(1) en ces termes : « Elle permet de spécifier (la ou les) question(s) pertinente(s) par rapport à l’objet d’étude et de construire cet objet en lui donnant un sens ou en intégrant des faits qui pris isolément ou en eux- mêmes, n’ont pas grande signification ».

La spécification de notre problématique se fera en quatre points : en premier lieu, la justification du choix du sujet. Secondairement, la définition des notions. Ensuite, la revue de littérature et enfin, la formulation des hypothèses de recherche.

1- Justification du choix du sujet

a- Motivation et intérêt pour le sujet

La sécurité est un “bien de consommation” primordial pour tous les citoyens. C’est pourquoi, l’Etat qui a le devoir de protection de ceux-ci, met en place des institutions comme c’est le cas du CeCOS, pour assurer cette quiétude des populations.

Dès lors, faisant partie des consommateurs de cette sécurité, nous avons été motivé par les plaintes fréquentes de certaines populations, à l’égard des instruments traditionnels de l’Etat (Police, Gendarmerie, Justice…) chargés de la régulation de la sécurité urbaine, par la lutte contre la criminalité.

La nouveauté que constitue le CeCOS nous motive dès cet instant, pour chercher à savoir les opinions, attitudes et comportements que pourrait avoir une couche sociale si importante comme celle des commerçants d’Adjamé à l’égard des actions du CeCOS.

b- arguments d’ordre social

Les résultats de notre recherche sont susceptibles d’apporter des réponses aux préoccupations des décideurs politiques, afin de mieux orienter et définir la politique criminelle en Côte D’Ivoire par d’utiles suggestions.

De plus, il est de bon aloi que les autorités aient régulièrement les appréciations de leurs administrés sur des actions qu’elles entreprennent pour eux, en vue de les améliorer.

Les consommateurs, c’est-à-dire la collectivité en général, mais plus particulièrement les commerçants pourraient être mieux outillés en informations, afin de mieux cerner l’action du CeCOS, ce qui améliorerait encore plus leurs relations et réactions vis-à-vis de celui-ci.

c- Pertinence scientifique du sujet

La science pour son évolution, a besoin de résultats. En effet, nous voulons par ce sujet contribuer avant tout, à notre niveau du mémoire de Maîtrise, à l’avancement des résultats de la recherche en Criminologie. Aussi, les résultats de nos recherches, grâce à ce sujet qui ne manque pas d’actualité et d’originalité, pourront-ils être d’un apport appréciable surtout que les travaux scientifiques portant sur la réaction sociale, à l’égard des actions des forces de l’ordre en Côte D’Ivoire, ne sont pas en grand nombre.

Le nôtre s’inscrit dans le prolongement des travaux déjà effectués par nos devanciers sur les forces de l’ordre au sein de l’UFR.

Toutefois, pour une meilleure compréhension du sujet il importe pour nous, de préciser le sens des différents concepts explicites et implicites y afférent.

2-Définition des notions

Emile DURKHEIM affirme que : « La première démarche du sociologue doit être de définir les choses dont il traite, afin que l’on sache et qu’il sache bien de quoi il est question. C’est la première et la plus indispensable condition de toute preuve et de toute vérification… ». (2) En d’autres termes, pour une meilleure compréhension du sujet, il importe pour nous de préciser à l’avance, le sens des différents concepts et notions explicites et implicites qui lui sont liés.

a- La réaction sociale

Selon le dictionnaire Grand Robert(3), La « réaction » est la « réponse d’un sujet excitable à un stimulus externe ou interne », on parle de réaction ou de réflexe tactile, visuelle, auditive. C’est également « l’attitude, comportement d’une personne qui répond à une action extérieure des choses, des personnes… ».

Ramené dans le contexte de la société, « la réaction sociale » peut être perçue comme l’ensemble des manifestations mentales et physiques, d’un groupe social vis-à-vis d’un fait social donné. C’est alors, l’ensemble formé par les opinions, attitudes et comportements de ce groupe à l’endroit du fait social en question.

- L’opinion

Le mot « opinion » provient du latin « opinio » qui signifie « opiner ».

Stricto sensu, l’opinion(4) est la « manière de penser sur un sujet ou un ensemble de sujets, jugement personnel que l’on porte sur une question qui n’implique pas que ce jugement soit obligatoirement juste ». Les opinions, peuvent être contradictoires, convergentes, divergentes, différentes. C’est aussi un « jugement ayant une valeur de doute », on parle alors d’opinion flottante, fluctuante, incertaine ou spéculative. C’est également un « jugement ayant une valeur de préjugé, de parti-pris »(5) ; c’est le cas de l’opinion courante, répandue… « L’opinion » peut être un « point de vue, position précise que l’on a dans un domaine particulier : social, religieux, politique, intellectuel ». Ceci se rapporte à une idée, théorie, thèse. « L’opinion » par ailleurs, est un « jugement de valeur que l’on porte sur quelqu’un, sur quelque chose ».(6) C’est alors une opinion soit favorable, soit défavorable sur un sujet ou la personne donné.

Lato sensu, l’opinion est « l’ensemble des idées et jugements partagés par la majorité des membres d’une société, en particulier en ce qui concerne le champ politique, social et culturel de cette société ».(7)

En conséquence, tout individu est libre de ses opinions, et ce droit lui est conféré par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme(8), en son article 19 qui dispose que : « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

En somme, l’opinion est un avis ou une perception donnée par un individu ou un groupe, sur un sujet ou un fait social donné.

- L’attitude

Le terme « attitude » vient du latin populaire « actitudo » et du bas latin « aptitudo », qui signifie aptitude selon le dictionnaire Grand Robert(9).

Dans son acception courante, elle est définie par le Grand Robert, comme la « manière de tenir son corps », c’est aussi la « manière de se tenir (…) qui correspond à une certaine disposition psychologique ».

Selon wikipédia, l’encyclopédie libre(10), dans la conception psychologique, l’attitude qui est « ce que l’on pense vis-à-vis d’un objet, d’une action ou d’un individu », se construit autour de trois composantes distinctes : La composante cognitive renvoie à « l’opinion du sujet sur l’objet d’attitude, associations d’idées que cet objet provoque, rapport que le sujet perçoit entre l’objet et ses valeurs personnelles ».

La composante affective consiste en des « affects, sentiments, états d’humeurs que l’objet suscite ».

La composante, conative, « consiste en une disposition à agir de façon favorable ou défavorable vis-à-vis de l’objet ».

Ainsi, pour la théorie de l’action raisonnée élaborée par FISHBEIN et AJZEN(11) en 1975, l’ensemble pondéré des attitudes envers un comportement mène à une intention comportementale qui mène au comportement lui-même.

En clair, l’attitude est un état d’esprit, une disposition à agir ou un ensemble de tendances qui poussent à un comportement.

- Le comportement

Selon wikipédia, l’encyclopédie libre(12), « Le comportement d’un être vivant et, plus généralement, de tout système est la partie de son activité qui se manifeste à un observateur. Le comportement des animaux, humains et non humains peut être décrit comme l’ensemble des actions et réactions […] d’un individu dans une situation donnée ». Le comportement peut être décrit comme innée ou acquis, conscient ou inconscient, volontaire ou involontaire, automatique ou contrôlé…

Selon cette encyclopédie, les approches définitionnelles de la notion par la littérature scientifique actuelle sont synthétisées par le schéma suivant, valable pour tous les organismes vivants :

DEFINITION DU CONCEPT DE « COMPORTEMENT »

DEFINITION DU CONCEPT DE COMPORTEMENT

Il semblerait que le comportement soit l’essence même du phénomène vivant.

En prenant comme référence l’organisme et ses limites, on pourrait distinguer, d’une part, le mouvement organisé pour l’intérieur de l’organisme, et, d’autre part, le mouvement organisé pour l’extérieur.

Le comportement pourrait être défini comme étant l’ensemble des mouvements organisés pour agir à l’extérieur de l’organisme.

Ainsi, dans une perspective sociologique, l’individu en groupe ou en société, perd une grande partie de son autonomie comportementale. Il a tendance à se rallier à la pensée et au comportement de la masse, et ainsi à se comporter différemment de ce qu’il ferait s’il était isolé. Il existe dès lors, une forte interaction entre le comportement et la pensée. La pensée ou l’opinion influence le comportement, de même que celui-ci (l’expérience) peut inversement influencer de façon certaine la pensée ou l’opinion.

Le concept de comportement trouve aussi son explication dans la théorie du « behaviorisme » développée par John. B. WATSON en 1913 dans la psychological review aux Etats-Unis : développement de la notion qui apparaît dans l’article intitulé Psychology as the behaviorist views it.(13)

En définitive, le comportement est l’ensemble des réactions de l’individu objectivement observables en relation avec ses opinions et attitudes.

b- Le Commerçant

Dans le dictionnaire Grand Robert(14), le « commerçant » est défini comme étant une personne «qui fait du commerce par profession », ou encore une « personne dont l’activité aboutit à un produit commercialisable »; ou vendable. Le « commerçant » se définit donc par rapport au « commerce ».

Selon le dictionnaire sus-cité, le « commerce » dérive du latin « commercium » qui signifie « marchand ». C’est-à-dire une « opération qui a pour objet la vente d’une marchandise, d’une valeur ou l’achat de celle-ci pour la revendre après l’avoir transformée ou non ».

Dans le contexte économique, le commerce s’entend comme une « partie du secteur tertiaire qui consiste en une opération sur des marchandises ».Dans la même veine, le Lexique d’économie(15) ramène le commerce à la distribution, c’est à dire une activité « activité économique d’intermédiation entre la production matérielle et la consommation ». Ainsi, le commerce concerne les domaines des échanges, d’achats, ventes, négoces, transits, livraisons…

Le commerçant au vu de ce qui précède, est une personne qui achète, vend, revend ou loue, des biens, ou des produits de consommation de diverses formes.

c-La criminalité

La « criminalité » est une notion à la fois juridique, psychologique, sociologique, et criminologique. Ce terme dérive du latin « criminalis » qui veut dire « criminel ».

Au sens juridique, c’est « l’ensemble des infractions à la loi pénale commises pendant une période de référence (en général l’année) dans un pays déterminé », selon le Lexique des termes juridiques(16). Elle comprend la criminalité légale, celle qui est sanctionnée par les juridictions pénales. La criminalité apparente, l’ensemble des infractions connues des autorités publiques, et la criminalité réelle, celle qui inclut les infractions connues et celles demeurées inconnues.

Pour Samuel TANNER(17), la criminalité se classifie en deux formes :

- La criminalité de basse intensité qui regroupe les crimes de Droit commun (le vol, le crime organisé, la corruption…).
-La criminalité de haute intensité comprenant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide.

De plus, le terme de « Grande Criminalité ou grand banditisme » qui s’en déduit, se définit par rapport à la petite (délinquance) et à la moyenne criminalité. Elle regroupe ici les infractions de vols à main armée, vols et braquages de véhicules, attaques de sociétés, de commerces ou de domiciles commises par des malfaiteurs.

Dans son acception psychologique, la criminalité est l’ensemble des actes individuels dus à des défaillances au niveau de la personnalité. Il s’agit de facteurs endogènes tels la constitution corporelle de l’individu, son tempérament, son niveau d’intelligence…La criminalité ne prend de ce fait son sens que si elle est exactement située dans la conduite des individus, et si elle est rattachée à leur personnalité.

Dans la perspective sociologique, la criminalité est l’ensemble des actes de transgression des normes sociales, qu’il s’agisse des normes légales ou culturelles : les lois, les us et coutumes, les mœurs, les croyances etc. Ici, la criminalité est une notion relative, car chaque type de société a sa criminalité à elle, c’est-à-dire que le même acte considéré criminel dans une société, ne l’est pas forcément dans une autre.

La conception criminologique fédère les trois définitions précédentes.

Elle est donnée de façon éloquente par ELLENBERGER(18) comme étant l’ensemble des actes anti-éthiques et antisociaux graves, généralement interdits par la loi et résultant de processus complexes d’ordre sociologique, psychologique, et surtout biologique.

La criminalité est par conséquent, en termes simples, l’ensemble des crimes. Mais qu’est-ce qu’un crime ?

- Le crime

Etymologiquement, le terme vient du latin « crimen » qui signifie souillure. L’article 3 du Code Pénal(19) dispose que: « L’infraction est qualifiée crime si elle est passible soit de la peine de mort, soit d’une peine privative de liberté perpétuelle ou supérieure à 10 ans ». Cette définition juridique nous incline à dire que le crime est une infraction de troisième degré, dans l’ordre de gravité après la contravention et le délit. C’est par exemple le meurtre, l’assassinat, l’homicide, l’empoisonnement, l’attentat…

Cependant, le criminologue considère le crime non seulement, comme une infraction, mais mieux comme tout acte socialement blâmable qui choque la conscience collective alors même que cet acte n’est pas forcement incriminé par la loi.

« Le criminel » est alors celui qui commet un crime au regard de la société, ou qui est passible d’une sanction afflictive ou infamante au regard de la loi.

Par ailleurs, la criminalité au sens large, comprend les actes de délinquance.

- La délinquance

La délinquance dérive du latin « delinquo » qui veut dire « manquer à » d’où « faire une faute, être en faute ».

Selon le Dictionnaire Universel(20), c’est l’ensemble des infractions plus ou moins grave à la loi. C’est alors l’ensemble des infractions de deuxième degré, après les contraventions et qui sont du ressort des tribunaux correctionnels : vol simple, agression, trafic de drogue, fraude, corruption, abus de confiance, escroquerie… Elle est considérée pour le criminologue comme des transgressions aux normes d’une gravité moyenne, et en ce sens constitue un premier pas vers la criminalité. Le plus souvent, la délinquance est le fait des jeunes, c’est pourquoi l’on parle fréquemment de délinquance juvénile.

Il apparaît que la criminalité est étroitement liée à l’insécurité et au sentiment qui en découle.

- L’insécurité

Pour comprendre le sens du terme « insécurité », il convient de clarifier le sens du concept de « sécurité ».

Selon Wikipédia, l’encyclopédie libre(21), « La sécurité est l’état d’esprit d’une personne qui se sent tranquille et confiante. C’est le sentiment bien ou mal fondé, d’être à l’abri de tout danger et risque ; il associe calme, confiance, quiétude, sérénité, assurance sûreté ». Elle touche tous les domaines qui peuvent être : la sécurité internationale, nationale, civile, intérieure, sanitaire, juridique, économique, industrielle, la sécurité au travail, des transports, pénitentiaire, la sécurité privée etc.

L’insécurité est en définitive ici le manque ou l’absence de sécurité causée par la criminalité. Ainsi, elle cause de nombreuses victimes dans la société.

- La victime

Dans une situation criminelle, la « victime » constitue après le criminel, le deuxième protagoniste du procès pénal. C’est une personne qui subit personnellement un dommage, ou qui subit les mauvais traitements, les injustices d’autrui.

Pour Robert CARIO(22), doit être considéré comme victime, toute personne en souffrance. De telles souffrances doivent être personnelles, réelles, socialement reconnues comme inacceptables.

Dans cet ordre d’idées, l’étude des victimes de délits ou de crimes, leur statut psychosocial et leurs éventuelles relations avec les agresseurs, ou leur simple qualité de cible dans une perspective de Criminologie économique constitue la « Victimologie ».

Après avoir eu une idée exacte des différents concepts relatifs à notre sujet, nous aborderons dans le point suivant la revue des travaux antérieurs.

3- Considérations théoriques ou revue de littérature

Les travaux sur la criminalité en général et la réaction sociale sont variés. Les chercheurs Ivoiriens et principalement ceux de l’UFR Criminologie ont abordé différents aspects de ce phénomène.

Ainsi, Wilfried Dieudonné GUE (23) s’est intéressé au phénomène de la circulation et la prolifération des armes à feu de 2000 à 2004 à Abidjan. Pour lui, ce phénomène qui prend sa source depuis la guerre froide, a été révélé et exacerbé en Côte D’Ivoire par la crise déclenchée le 19 septembre 2002. Cette prolifération d’armes a, selon lui, contribué à l’évolution de la criminalité à Abidjan. Les facteurs sont les conflits du Libéria voisin, de la Sierra Léone, les crises internes à la Côte D’Ivoire, et la porosité de ses frontières. Les conséquences qui s’en suivent sont alors, d’ordre psychologique, sociologique, et économique. Les mesures étatiques prises à l’encontre de ce phénomène, manquent d’application. C’est pourquoi, il demande le renforcement de leur capacité de mise en œuvre.

Le phénomène de la circulation et de la prolifération des armes à Abidjan n’est pas sans lien avec l’insécurité des personnes et des biens, notamment dans les gares routières d’Adjamé.

En effet, pour Georges GAULITHY Konan(24), les gares routières de cette commune sont des lieux d’enracinement de la criminalité, du fait de leur gestion informelle et anarchique. L’insécurité qui y règne est plus orientée vers les commerçants et les voyageurs, et elle porte en majorité sur les infractions contre les biens, avec une prédominance du vol.

Les facteurs explicatifs d’ordre endogène, sont liés à l’état des gares, auxquels s’ajoute l’action indirecte de certains agents des forces de l’ordre, comme facteur exogène. Les conséquences sont vécues par les victimes aux niveaux psychologique, physique et économique.

Emmanuel KOUASSI N’guessan(25) pour sa part, s’est préoccupé des Attitudes, opinions et comportements de la population abidjanaise face à la grande criminalité qui s’y développe. Il rapporte que cette criminalité est l’œuvre des professionnels du crime, en raison de sa rentabilité financière. De ce fait, les abidjanais sont animés d’un sentiment d’insécurité. Pour eux, les facteurs de ce mal, sont les crises économique, culturelle, morale, et structurelle ; et les conséquences sociales et économiques qui en découlent sont importantes. Ainsi, ils révèlent l’inefficacité des organes répressifs, en raison des moyens limités mis à leur disposition et du comportement peu recommandable de certains agents de la sécurité, à savoir la corruption dans le traitement des criminels. C’est pourquoi, excédés par une telle situation, certains d’entre eux choisissent de se faire justice en cas d’agression.

Par ailleurs, les opinions, attitudes et comportements des populations vis-à-vis des actions des institutions de régulation de la criminalité, ont également été étudiées.

D’une part, Franck Antonio AHAUSSI(26) a analysé cette réaction vis-à-vis des contrôles d’identité effectués par les forces de l’ordre, dans la commune d’Adjamé. Il constate que les contrôles d’identité qui visent à sécuriser la population d’Adjamé ne trouvent pas l’adhésion de celle-ci. La population s’interroge dans cette optique sur le but réel de cette opération, puisqu’elle dit être l’objet d’exactions de la part des forces de l’ordre, surtout chez les jeunes.

Cette réaction s’explique selon lui, aussi bien par une responsabilité des agents de contrôle d’identité, de la population, que par des problèmes d’ordre structurel, et organisationnels de l’opération (insuffisance des moyens de fonctionnement, mauvaise application des règles relatives au contrôle d’identité…)

D’autre part, Mathieu AMOAKON N’guessan(27) , s’est interrogé sur la réaction sociale des habitants de la ville d’Abengourou vis-à-vis des patrouilles policières de cette localité. Il note que ces patouilles sont régulières à tous les endroits, et elles s’accentuent à certaines heures et périodes de l’année en fonction du niveau de criminalité. Les facteurs essentiels de celles-ci sont l’augmentation du nombre de braquages, de vols et de maquis dans la ville. Les habitants d’Abengourou, sont majoritairement favorables à l’opération et sont disposés à coopérer avec les forces de l’ordre, mais craignent les représailles des criminels relâchés après leur dénonciation et arrestation.

Toutefois la complexité de la criminalité dès sa constatation est telle qu’il faut agir sur elle en amont. C’est dans ce cadre que Opadou KOUDOU(28) repose « la prévention situationnelle intégrée ». Elle prend en compte à la fois la délinquance particulière (vols, cambriolages et agressions), et les diverses formes d’incivilité (vandalisme, trafic et consommation de drogues et stupéfiants, graffitis, mendicité, prostitution…). Elle s’articule donc autour de huit points allant de l’analyse des problèmes criminels, l’intégration de la technologie de sécurité, à l’évaluation et l’adaptation des actions de lutte contre la criminalité, basées sur une politique criminelle étatique plus audacieuse.

Sur le plan international, les travaux des criminologues sur la question sont remarquables.

Ainsi, Denis SZABO et Marc LEBLANC29, ont mis en relief le rapport entre la vie urbaine et la criminalité. Pour eux, la corrélation entre l’urbanisation et la criminalité est positive, et c’est le cas de Montréal et des autres grandes villes d’Europe. De ce fait, les centres villes et les zones de pauvreté sont les lieux de fort taux de criminalité. Ce qui voudrait dire que plus le statut social est bas, plus sont élevés le volume et la gravité de la délinquance.

Observons que les travaux sus-indiqués ont permis de faire un tour d’horizon de la question de la criminalité pour mieux situer les aspects sociaux, psychologiques, juridiques, culturels et économiques de notre sujet. Ils n’ont cependant pas examiné la réaction sociale à l’égard d’actions d’une unité mixte de lutte contre la criminalité, comme c’est le cas ici de notre sujet.

Par conséquent, pour une meilleure compréhension du sujet, deux questions essentielles mériteraient d’être posées à savoir : Quelle relation existe-t-elle entre le CeCOS et les commerçants d’Adjamé ? et Comment ces commerçants perçoivent t-ils les actions de lutte du CeCOS contre la criminalité dans cette commune ?

En somme, la pertinence de ces différentes interrogations nous conduit à la formulation des objectifs et hypothèses suivants :

4-Objectifs de recherche

- Objectif général : Nous avons pour objectif à travers cette recherche, d’étudier et de décrire la nature des rapports qui existent entre les commerçants d’Adjamé et le CeCOS, au regard de la lutte contre la criminalité.

- Objectif spécifique 1 : Nous voulons identifier, analyser en vue de comprendre les réactions des commerçants à l’égard des actions du CeCOS à Adjamé, par rapport à la lutte contre la criminalité.

- Objectif spécifique 2 : Nous voulons recueillir les réactions des agents du CeCOS, en vue d’analyser et comprendre leur perception des critiques formulées par les commerçants vis-à-vis d’eux, relativement à la lutte contre la criminalité à Adjamé.

5-Formulation des hypothèses

H1 : La majorité des commerçants approuvent les actions de lutte contre la criminalité menées par le CeCOS à Adjamé, parce qu’elles les sécurisent.

H2 : Les commerçants ont une perception négative vis-à-vis des actions du CeCOS car, des agents commettent des exactions sur eux.

Nous nous évertuerons donc à vérifier ces hypothèses, par leur confrontation aux faits.

1 Paul N’DA (2002), Méthodologie de la recherche, de la problématique à la discussion des résultats, comment réaliser un mémoire, une thèse en sciences sociales et en éducation, Université de Cocody-Abidjan, 2e édition, EDUCI, p.28.
2 Emile DURKHEIM, Op.cit. p.34.
3 Paul ROBERT (1992), Le Grand Robert de la langue française, Paris, 2e édition, tome VIII, p.1001.
4 « Opinion ». [En ligne]. Disponible sur : http:// www.cnrtl.fr/lexicographie/opinion (page consultée le 14 mars 2008).
5 « Opinion », idem.
6 « Opinion », idem..
7 « Opinion », idem.
8 Déclaration Universelle des Droits de l’homme 1948.
9 Paul ROBERT (1992), Le Grand Robert de la langue française, Paris, 2e édition, tome I, pp.682-683.
10 «Attitude (psychologie)». [Enligne].Disponible sur : http : //fr.wikipedia.org/wiki/Attitude%28psychologie%29 (page consultée le 14 mars 2008).
11 «Attitude (psychologie)», idem.
12 « Comportement ». [En ligne]. Disponible sur : http : // fr.wikipedia.org/wiki/comportement (page consultée le 14 mars 2008).
13 « Behaviorisme ». [En ligne]. Disponible sur : http//fr.wikipedia.org/wiki/B%c%A9haviorisme (page consultée le 14 mars 2008).
14 Paul ROBERT (1992), Le Grand Robert de la langue française, Paris, 2e édition, tome II, pp.734-735.
15 Lexique d’économie (2002), sous la direction de Ahmed SILEM, Jean-Marie ALBERTINI, Paris, Dalloz, 7e édition, p.230.
16 Raymond GUILLIEN et Jean VINCENT (2003), Lexique des termes juridiques, sous la direction de Serge GUINCHARD, Gabriel MONTAGNIER, Paris, Dalloz, 14e édition, p.181.
17 Samuel TANNER « Criminalité ». [En ligne]. Disponible sur : http://www.operation.net/-crminalité-(page consultée le17 mars 2008).
18 ELLENBERGER, cité par Eugène N’DRIN Alou (2004), cours de Criminologie Générale 1ere Année, UFR Criminologie, Université de Cocody-Abidjan (non publié).
19 Le Code Pénal Ivoirien.
20 Mireille MAURIN (1995), Dictionnaire Universel, sous la direction de Michel Guillou, Marc MOINGEON, Paris Hachette/Edicef, 2e édition, p.328.
21 « Sécurité ». [En ligne]. Disponible sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C%/A9curit%C3%/A9(page consultée le 14 mars 2008).
22 Robert CARIO, cité par Botti Koffi (2007), cours de médecine légale maîtrise, UFR Criminologie,Université de Cocody-Abidjan (non publié).
23 Wilfried Dieudonné GUE (2006), La circulation et la prolifération des armes à feu en Côte D’Ivoire : le cas d’Abidjan, Mémoire de Maîtrise, UFR Criminologie, Université de Cocody-Abidjan, 74 p.
24 George GAULITHY Konan s (2005), L’insécurité des biens et des personnes dans les gares routières : le cas des gares d’Adjamé, Mémoire de Maîtrise, UFR Criminologie, Université de Cocody-Abidjan, 119 p.
25 Emmanuel KOUASSI N’guessan (1994), Attitudes, opinions et comportements de la population abidjanaise face à la grande criminalité, Mémoire de Maîtrise, UFR Criminologie, Université de Cocody-Abidjan, 41 p.
26 Franck Antonio AHAUSSI (2003), Opinions, attitudes et comportements de la population abidjanaise vis-à-vis des contrôles d’identité effectués par les forces de l’ordre : le cas d’Adjamé, Mémoire de Maîtrise, UFR Criminologie, Université de Cocody-Abidjan, 58 p.
27 Mathieu AMOAKON N’guessan (2001), attitudes, opinions et comportements de la population d’Abengourou vis-à-vis des patouilles policières, Mémoire de Maîtrise, UFR Criminologie, Université de Cocody-Abidjan, 52 p.
28 Opadou KOUDOU (2006), «Insécurité urbaine, analyse criminologique et prévention situationnelle intégrée », in : Revue africaine de Criminologie, N°2, Université de Cocody-Abidjan, EDUCI, pp.34-52.
29 Denis SZABO, Marc LEBLANC (1968), « Vie urbaine et criminalité » in : Recherches sociographiques, vol.9, N°1-2, Québec, PUL pp.67-81. [En ligne]. Disponible sur : http ://www.uqac.ca/classiques des sciences sociales (article consulté le 15 Février 2008).

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