CONCLUSION GENERALE

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Il n’y a assurément pas de sujet plus discuté à l’heure actuelle, que celui portant sur le terrorisme et les réponses adéquates contre ce phénomène des « temps modernes ». A la question principale de la présente étude qui était de savoir en quoi AQMI représentait-elle une menace pour le sahel ? Nous avons essayé de démontrer, à travers ce travail d’analyse qu’AQMI était un facteur déstabilisateur pour la région sahélienne qui profitait de la détérioration de la situation sécuritaire au sahel pour prospérer, en dépit des différents mesures mise en œuvre pour contrecarrer son action dans ce « nomans’land ».

Le terrorisme a besoin de « sanctuaires » pour les refuges qu’ils offrent, les possibilités de formation qu’ils hébergent, et éventuellement, l’organisation des trafics qui assurent une source de financement. Après avoir dû quitter en 2001 l’asile à ciel ouvert que leur fournissait alors l’Afghanistan, les terroristes d’Al Qaïda se sont mis en quête d’abris alternatifs. Faute d’Etats disposés à les accueillir, ils se sont installés, précisément là où toute présence des Etats à disparu. Ils ont donc élu domicile dans les zones désertiques ou montagneuses, vides d’autorité ou de contrôle, qui parsèment l’arc de crise courant du Maghreb à l’Asie du Sud Est. Ces espaces recouvrent les zones tribales à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan, les confins du Cachemire, ceux de l’Iran. Là se maintient ce qui subsiste d’Al-Qaïda stricto sensu. Plus loin, ils incluent certains camps de réfugiés au Liban, les régions tribales du Yémen, ainsi que la Somalie. Au-delà encore s’étend dans le sahel, devenu zone de ravitaillement et de repli pour certains groupuscules. La protection offerte par ces repaires est efficace. Tout porte à croire que la recherche de nouveaux sanctuaires se poursuit.

Par ailleurs, la menace présentée par AQMI doit être relativisée, car l’insécurité endémique et persistante médiatisée au sahel peut être vue comme un nouveau projet des puissances extérieures pour se redéployer sur le continent africain. Compte tenu du potentiel minier du sahel, et avec la crise financière qui poursuit ses effets sur les pays européens, les puissances étrangères ont intérêt à intervenir dans la région pour sécuriser des approvisionnements en énergie et en matière première sensible, et dissuader sans équivoque des acteurs rivaux tels que la Chine, la Russie, l’Inde.

Il convient également de souligner qu’une batterie de solutions a été apportée au sahel sans résultat significatif. Et le cancer a atteint sa phase finale avec la prise du Nord du Mali par les groupes terroristes de divers ordres. C’est ce pays et son pouvoir de transition qui ont lancée, le 10 janvier 2013, un appel désespéré à la France et à la CEDEAO : « Au secours, les terroristes arrivent ; nous sommes sans défense…et ils risquent d’occuper notre capitale… ». C’est pourquoi, une nouvelle philosophie dans la manière de percevoir et de lutter contre le terrorisme international s’impose à l’Afrique en général et aux pays sahéliens. L’Afrique présente des faiblesses géopolitiques et sécuritaires qui, éventuellement, peuvent attirer l’attention des terroristes internationaux qui peuvent s’attaquer aux intérêts occidentaux, beaucoup moins protégés ici qu’en occident. Il n’y a qu’à s’en référer aux attentats simultanés contre les ambassades américaines de Nairobi au Kenya et Dar-Es-Salam en Tanzanie en août 1998, l’attentat contre la Synagogue israélite de Djerba en Tunisie le 16 avril 2001, le double attentat de Mombassa au Kenya, commis contre les intérêts israéliens, le 28 avril 2002 ou encore les nombreuses prises d’otages. Avec le renforcement des mesures de sécurité en occident, il n’est pas exclu que les terroristes internationaux se rabattent sur l’Afrique, où des marges d’action demeurent.

Des mesures opportunes, fortes, mais surtout diligentes doivent donc être adoptées et adaptées à l’évolution du terrorisme international. Ces mesures seront destinées à combattre de front, les actes de terrorisme tels qu’ils se manifestent dans l’espace africain. Elles consisteront concrètement à renforcer les mesures de sécurité et de contrôle aux frontières des Etats africains, à développer les moyens d’appropriation des mécanismes judiciaires et institutionnels de lutte contre le terrorisme établis sur le continent, à assurer l’effectivité de la coopération policière et judiciaire, la lutte contre le financement du terrorisme, le trafic illicite mais également et surtout l’acquisition d’une technologie de pointe de nature à détecter et à repérer les terroristes, les engins nocifs les plus discrets, notamment dans les lieux de transport en commun comme les aéroports.

Toutefois, parce que le risque zéro n’existe pas, il est nécessaire de réprimer avec la plus grande fermeté les actes terroristes perpétrés, en identifiant non seulement les auteurs mais aussi les commanditaires ; d’où la nécessité d’une législation idoine permettant de délimiter le sens du concept et l’appropriation par les ordres juridiques nationaux, de même que l’existence des forces de sécurité et des autorités judiciaires spécialement formées sur les questions antiterroristes. « Face à la complexité sahélienne, méditons l’histoire ; elle nous livrera les clefs d’intelligibilité permettant de mieux surmonter les difficultés du présent. Si nous nous dérobons, si nous manquons de courage, elle nous écrasera ! »(458).

458 Medhi TAJE, « Situation au Sahel-Sahara et acteurs extérieurs – Enjeux Politiques et Sécuritaires au sahel », Illéridéfense, 09 octobre 2012. Consulté en ligne sur www.blogilléridéfense.com, le dimanche 28 octobre 2012 à 15 h 30 mn.

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