CHAPITRE II : LE SAHEL, UNE REGION INCONTOURNABLE SUR LE PLAN GEOPOLITIQUE

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Espace de transit, le sahel n’a jamais constitué un obstacle à des pénétrations, des conquêtes, des explorations et à des dominations de diverses natures : espace conjugué, territoire convoité. Ce désert quadrillé par les Etats-nations issus des indépendances des années 1960, est actuellement parcellisé et meurtri. Qu’est devenue cette immense zone aride en ce début du 21e siècle ? Lourde de bouleversements, entre deux temps forts qui ont et vont conditionner le monde, à savoir celui du 11 septembre 2001 concernant la destruction des tours de Manhattan par un attentat suicide imputé à des membres du réseau jihadiste Al-Qaïda commandité par feu Oussama BEN LADEN et celui du 23 février 2011 relatif à l’intervention militaire en Lybie, acceptée par l’ONU selon la résolution 1973, mise en œuvre par l’OTAN, et dont les conséquences sur l’ensemble de la sous-région, bien que non encore réellement mesurables, permettent d’avancer des hypothèses(241).

Ces deux temps forts sont considérés comme des bouleversements aux conséquences innombrables qui s’inscrivent dans des stratégies différentes mais complémentaires. Sur fond de fragilité et d’instabilités régionales, les changements en cours, sont l’occasion de reconfigurations géopolitiques dans une région fragmentée et dominée par les « jeux de puissance et les logiques de nuisance »(242). Une région confrontée au risque de voir se constituer de nouvelles fractures ou s’agrandir celles existantes(243). Aujourd’hui, le théâtre sahélien semble faire l’objet d’une nouvelle poussée de l’islam politique, voire intégriste, risquant de fragiliser les équilibres précaires et d’offrir des angles de pénétration à la violence islamiste(244)Sans nier l’existence d’activités criminelles et la menace terroriste, il semble opportun de relativiser l’importance d’AQMI, ce « rejeton d’Al-Qaïda », qui existe davantage dans l’esprit de certains acteurs cherchant plus à tirer profit du chaos sahélien qu’à l’éradiquer.

Ainsi, qu’ils s’appellent AQMI ou autre, il s’agit principalement d’acteurs cherchant à tirer profit du désordre sahélien(245). De ce fait, le sahel serait-il dans la tourmente des querelles géostratégiques ? Echiquier tourmenté, Territoire convoité (Section I), le sahel est devenu au fil du temps, un terrain de jeu des islamistes armés (Section II).

241 André BOURGEOT, « Sahara de tous les enjeux », Hérodote, n° 142, 2011, p. 42.
242 Antonin TISSERON, « Après la chute de Kadhafi, la bande sahélo-saharienne entre jeux de puissance et logique de nuisance », Institut Thomas-More, 30 septembre 2013, p. 1.
243 Antonin TISSERON, ibid.
244 Mehdi TAJE, « Vulnérabilité et facteurs d’instabilités au sahel », enjeux ouest africain, Note publiée par le Secrétariat du Club du sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO/OCDE), n° 1, août 2010, p. 7.
245 Mehdi TAJE, « La réalité de la menace d’AQMI à l’aune des révolutions démocratiques au Maghreb », Géostratégiques n° 32, 3e Trimestre 2011, p. 288.

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