Annexe II : Les grands faits marquant les onze(11) années de la crise ivoirienne(279),(280)

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a) Aux racines de la crise

7 décembre 1993 – Le chef de l‘État, Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République de Côte d‘Ivoire, décède des suites d‘un cancer. Le « père de la nation » meurt sans avoir désigné de véritable successeur. Le président de l‘Assemblée nationale, Henri Konan Bédié, assure de fait l‘intérim à la tête du pays.

8 décembre 1994 – Révision du Code électoral qui restreint davantage les critères d‘éligibilité. Dorénavant, tout candidat à la présidence doit prouver son ascendance et son identité ivoiriennes. Une mesure qui permet à Henri Konan Bédié d‘évincer son principal rival, l‘ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara, dont l‘ »ivoirité » est contestée.

22 octobre 1995 – Opposé à un seul candidat, Henri Konan Bédié remporte l‘élection présidentielle (96,44 % des voix). Les leaders des principaux partis d‘opposition, Alassane Dramane Ouattara, du Rassemblement des républicains (RDR), et Laurent Gbagbo, du Front populaire uni (FPI), ont boycotté le scrutin.

24 décembre 1999 – Henri Konan Bédié est renversé par un coup d‘État militaire. Le général Robert Guéï prend la tête du Conseil national de salut public, la junte chargée d‘assurer la transition avant la tenue d‘une élection présidentielle.

6 octobre 2000 – La Cour suprême invalide les candidatures à la présidentielle d’Alassane Dramane Ouattara et d’Henri Konan Bédié. Le premier est exclu pour « nationalité douteuse », le second pour dossier incomplet.

22 octobre 2000 – Laurent Gbagbo remporte l‘élection présidentielle face à Robert Guéï. Le chef de la junte conteste le résultat et s‘autoproclame président de la République. Les partisans de Gbagbo se soulèvent.

La majorité de la population, la gendarmerie et une partie de l‘armée rejoignent le mouvement de protestation. Les manifestations donnent lieu à des affrontements entre la population et la garde prétorienne du général Guéï, qui sera rapidement défaite.

26 octobre 2000 – La Commission électorale proclame officiellement la victoire de Laurent Gbagbo à la présidentielle.

a) La Côte d’Ivoire coupée en deux

19 septembre 2002 – Profitant de l‘absence de Laurent Gbagbo, alors en visite officielle en Italie, des hommes armés venus du Nord mènent des attaques simultanées à Abidjan, la capitale économique du pays, à Bouaké (centre) et à Korhogo (Nord). Le ministre de l‘Intérieur, Émile Boga Doudou, et l‘ancien chef de la junte, Robert Guéï, sont assassinés.

Durant les jours qui suivront, plusieurs opposants politiques, parmi lesquels des membres du RDR, soupçonnés d’être à l’origine de la rébellion, sont exécutés par l‘armée loyaliste. Entre septembre et novembre 2002, 300 personnes au total sont assassinées.

22 septembre 2002 – La France intervient militairement pour protéger les ressortissants étrangers. Quelque 3 000 Occidentaux sont évacués. C‘est le début de l‘opération Licorne.

28 septembre 2002 – Sur la base des accords de défense signés entre Abidjan et Paris en 1961, le gouvernement ivoirien sollicite l‘aide de l‘armée française. Considérant qu‘il s‘agit d‘une affaire « ivoiro-ivoirienne », la France refuse. Tout juste concède-t-elle à délimiter un « Zone de confiance » coupant le pays en deux. Les insurgés prennent position dans le Nord. Le sud du pays reste sous le contrôle du gouvernement ivoirien.
29 septembre 2002 – La Communauté économique des États d‘Afrique de l‘Ouest (CEDEAO) crée un « groupe de contact » et envoie une force de paix dans le pays.
17 octobre 2002 – Signature d‘un cessez-le-feu entre les rebelles, représentés par Guillaume Soro, et le « groupe de contact » de la CEDEAO.

b) Le processus de Marcoussis

26 janvier 2003 – Sous l‘égide de la France, les différents partis politiques et les factions rebelles, réunis à Linas-Marcoussis (région parisienne), se mettent d‘accord sur un plan de sortie de crise. Selon les termes de l‘accord, Laurent Gbagbo, maintenu au pouvoir, s‘engage à former un gouvernement de « réconciliation nationale » regroupant l‘ensemble des partis ainsi que des rebelles du Nord.

4 février 2003 – Premières manifestations anti-françaises. Les militants pro-Gbagbo accusent Paris d‘avoir poussé le président ivoirien à signer les accords de Marcoussis.

17 avril 2003 – Le gouvernement de « réconciliation nationale » se réunit pour la première fois.

4 juillet 2003 – La fin de la guerre civile est officiellement déclarée.

21 octobre 2003 – Le correspondant de Radio France internationale (RFI) à Abidjan, Jean Hélène, est tué par une balle tirée à bout pourtant par un gendarme ivoirien.

27 février 2004 – L‘ONU constitue l‘Opération des Nations Unies en Côte d‘Ivoire (ONUCI, chargée de veiller au respect du cessez-le-feu.

25 mars 2004 – Les forces gouvernementales, la gendarmerie et la milice pro-gouvernementale des Jeunes patriotes répriment dans le sang une marche pacifique organisée pour protester contre les blocages du processus de Marcoussis. L‘ONU fait état d‘au moins 120 morts et 20 disparus.

30 juillet 2004 – Réunis à Accra, au Ghana, le président Gbagbo et les différents partis signent les accords d‘Accra III qui fixent un calendrier de désarmement des milices et des rebelles.

15 octobre 2004 – Les rebelles, réunis au sein des Forces nouvelles (FN), refusent de déposer les armes comme prévu par les accords d‘Accra III.

4 novembre 2004 – Les forces gouvernementales lancent l‘opération Dignité. Deux avions de combat Sukhoï-25 bombardent Bouaké, « capitale » de la rébellion.

L‘ONUCI et les troupes françaises de l‘opération Licorne restent neutres. En visite au Togo, Guillaume Soro, chef des FN, déclarent les accords Kléber et d‘Accra III « caducs ».

c) La flambée de violences antifrançaises

6 novembre 2004 – Deux chasseurs de l‘armée ivoirienne bombardent les positions rebelles à Bongora, Brobo et Bouaké. Un Sukhoï-25 lâche des roquettes contre le lycée Descartes de Bouaké qui sert de cantonnement à l‘armée française. Neuf soldats et un ressortissant américain sont tués.

L‘armée française riposte en détruisant les deux avions chasseurs qui viennent de se poser à l‘aéroport de Yamoussoukro. Un mécanicien ivoirien est tué.
À Abidjan, militants pro-Gbagbo et Jeunes patriotes mettent le feu au lycée international Jean-Mermoz et lancent une « chasse aux Blancs ». Des hommes armés attaquent des soldats de l‘opération Licorne postés à l‘aéroport.

Plus tard dans l‘après-midi, un raid français détruit deux hélicoptères ivoiriens dans l‘enceinte du palais présidentielle de Yamoussoukro.
9 novembre 2004 – Des milliers de manifestants ivoiriens encerclent l‘Hôtel Ivoire d‘Abidjan, où des troupes françaises se sont repliées. Un gendarme ivoirien est tué dans une fusillade.

9 – 17 novembre 2004 – L‘armée française organise le rapatriement des ressortissants occidentaux. En un peu plus d‘une semaine, 9 000 étrangers, dont 8 300 Français, seront évacués.

15 novembre 2004 – L‘ONU décrète un embargo total sur les armes à destination de la Côte d‘Ivoire.

23 novembre 2004 – Alors que le calme semble revenu à Abidjan, les troupes françaises lèvent les barrages qu‘elles avaient dressés dans la capitale économique.

d) La longue marche vers la paix

6 avril 2005 – Sous le patronat du président sud-africain Thabo Mbeki, les protagonistes de la crise signent, à Pretoria, en Afrique du Sud, un texte aux termes duquel ils s’engagent à la cessation immédiate des hostilités et à la reprise du processus de désarmement.

24 juin 2005 – En prévision de l’élection présidentielle du 30 octobre 2005, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte à l’unanimité la résolution 1609, qui renforce les effectifs de l’ONUCI et proroge le mandat de l’opération Licorne jusqu‘au 24 janvier 2006.

9 septembre 2005 – Le secrétaire général de l‘ONU, Kofi Annan, annonce le report sine die de l‘élection présidentielle.

4 décembre 2005 – Les présidents nigérian Olusegun Obasanjo et sud-africain Thabo Mbeki, médiateurs de la crise ivoirienne, nomme le patron de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Charles Konan Banny, à la tête du gouvernement chargé d‘assurer la transition jusqu‘à la tenue d‘une élection présidentielle avant le 31 octobre 2006.

28 février 2006 – Pour la première fois depuis 2002, un sommet extraordinaire réunit, à Yamoussoukro, tous les protagonistes de la crise : le président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Charles Konan Banny, le chef des rebelles Guillaume Soro, l’ex-Premier ministre Alassane Ouattara et l’ancien chef de l’État Henri Konan Bédié.

1er novembre 2006 – Au lendemain du second report de l‘élection présidentielle, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte à l’unanimité la résolution 1721 selon laquelle « le président Laurent Gbagbo demeurera chef de l’État à partir du 1er novembre 2006 pour une nouvelle période finale de transition n’excédant pas 12 mois ».

4 mars 2007 – Au terme d‘un mois de dialogue entamé à l‘initiative de Laurent Gbagbo, les différents protagonistes signent, à Ouagadougou, au Burkina Faso voisin, une série d‘accords prévoyant le départ des soldats français et des casques bleus de l’ONU après la formation d’un nouveau gouvernement de transition. Le texte prévoit également la relance du processus d’identification et d’enregistrement des électeurs en vue de la présidentielle prévue à la fin de 2007. L‘ONU et les soldats français de l’opération Licorne sont invités à supprimer la « zone de confiance » qui sépare le nord du pays, aux mains des rebelles, du Sud, contrôlé par les forces gouvernementales.

29 mars 2007 – Faisant suite aux accords de Ouagadougou, le président Laurent Gbagbo nomme Guillaume Soro, chef rebelle des FN, au poste de Premier ministre. L‘élection présidentielle est prévue pour novembre.

29 juin 2007 – L’avion du Premier ministre Guillaume Soro est la cible d‘une attaque à l‘arme lourde lors de son atterrissage à Bouaké. L‘attentat fait quatre morts et des dizaines de blessés parmi la délégation.

30 juillet 2007 – Lors d’une cérémonie censée marquer le début du processus de désarmement, le président Laurent Gbagbo son Premier ministre Guillaume Soro brûlent symboliquement des armes dans un stade de Bouaké, l’ancien fief insurrectionnel.

e) L’impossible élection

27 novembre 2007 – Nouveau report de l‘élection présidentielle. Le chef de l‘État et son Premier ministre s‘entendent sur une nouvelle échéance : les élections présidentielles et législatives devront se tenir au plus tard à la fin du premier semestre 2008.

14 avril 2008 – Le premier tour de l‘élection présidentielle est fixé au 30 novembre 2008.

15 septembre 2008 – Coup d‘envoi du recensement général destiné à mettre à jour les registres électoraux en vue du scrutin présidentiel.

10 novembre 2008 – L’élection présidentielle du 30 novembre est une nouvelle fois reportée en raison des retards pris dans les préparatifs et le recensement des électeurs.

25 décembre 2008 – Le président Laurent Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro signent un accord intégrant les ex-rebelles des FN aux forces de sécurité ivoiriennes.

15 mai 2009 – Sous la pression internationale, la Commission électorale indépendante (CEI) fixe la tenue du scrutin présidentiel au 30 novembre 2009.

31 octobre 2009 – Pour la sixième fois, l‘élection présidentielle est reportée sine die. En cause : le retard pris dans l’élaboration des listes électorales.

12 février 2010 – Laurent Gbagbo annonce la dissolution du gouvernement et de la Commission électorale indépendante (CEI), dont le chef, Robert Beugré Mambé, est accusé de fraude dans le traitement des litiges sur la liste électorale. L’opposition dénonce un « coup d’État » du président. Reconduit dans ses fonctions, le Premier ministre Guillaume Soro dispose de deux jours pour former un nouveau gouvernement.

19 février 2010 – Des affrontements entre forces de police et opposants au président Laurent Gbagbo réclamant le rétablissement de la Commission électorale indépendante (CEI) font plusieurs morts à Gagnoa, dans le centre-ouest du pays.

24 février 2010 – Après plusieurs jours de manifestations émaillées de violence, Guillaume Soro nomme un gouvernement de 27 membres. Onze portefeuilles ministériels reviennent aux deux principales formations d‘opposition : le PDCI d‘Henri Konan Bédié et le RDR d’Alassane Ouattara.

26 février 2010 – Laurent Gbagbo nomme un membre de l‘opposition à la tête de la Commission électorale indépendante (CEI). Issu des rangs du PDCI, Youssouf Bakayoko aura pour mission de relancer le laborieux travail d’élaboration de listes électorales définitives.

6 août 2010 – Le Premier ministre Guillaume Soro annonce que le premier tour de l’élection présidentielle se tiendra le 31 octobre 2010, cinq ans après la date initialement prévue.

15 août 2010 – Coup d‘envoi de la campagne électorale pour le premier tour de l‘élection présidentielle. Favori du scrutin, le président sortant Laurent Gbagbo (FPI) sera opposé à Alassane Dramane Ouattara (RDR) et Henri Konan Bédié (PDCI).

15.Octobre 2010 – La campagne électorale pour la présidentielle ivoirienne du 31 octobre démarre le 15 Octobre. Le scrutin a déjà été reporté plusieurs fois depuis 2002 et les Ivoiriens espèrent que cette fois-ci est la bonne. Quatorze(14) candidats sont en lice. Laurent Gbagbo, le président sortant et candidat du

Front populaire ivoirien (FPI), commence sa campagne à Man, fief du défunt président Robert Guéi. Alassane Dramane Ouattara, candidat du Rassemblement des républicains (RDR), tient un meeting à Yopougon quartier populaire d‘Abidjan. Henri Konan Bédié, ancien président et patron du PDCI-RDA, entamera sa campagne lundi à Yamoussoukro, la capitale politique du pays. Les vieux démons du passé, comme le débat sur « l‘ivoirité », sont définitivement réglés avec la distribution des cartes d‘identité et des cartes d‘électeurs. Les forces nouvelles avaient lancé une rébellion à l‘époque parce qu‘elles jugeaient qu‘il y avait des citoyens de seconde zone. Aujourd‘hui les anciens rebelles essaient de jouer les arbitres.

30 octobre 2010 -Premier tour d‘élections présidentielles

28 Novembre 2010-Second tour d‘élections présidentielles

g) De l’arrestation de Laurent Gbagbo vers son transfert à la Cour Pénal Internationale

11 avril 2011 – Laurent Gbagbo est arrêté dans sa résidence présidentielle, à Abidjan.

13 avril 2011- Il est transféré à Korhogo, dans le nord du pays.

25 mai 2011 – Amnesty International accuse toutes les parties d‘exactions après l‘élection présidentielle du 28 novembre.

10 juin 2011 – Une commission d‘enquête de l‘ONU met en cause les forces armées de Gbagbo (FDS) et celles de Ouattara (FRCI).

23 juin 2011- Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, demande l‘ouverture d‘une enquête sur de possibles crimes de guerre et crimes contre l‘humanité.

29 juin 2011- La Fédération internationale des droits de l‘homme (FIDH) soutien la procédure.

18 août 2011 – La justice ivoirienne inculpe Gbagbo pour crimes économiques.

3 octobre 2011 – La CPI décide l‘ouverture d‘une enquête.

5 octobre 2011 – Human Rights Watch (HRW) met en cause 13 dirigeants civils et militaires dans les violences, dont l‘ex-chef de l‘État.

15 octobre 2011 – Visite de Moreno-Ocampo à Abidjan.

25 octobre 2011- Le procureur demande la délivrance d‘un mandat d‘arrêt à l‘encontre de Gbagbo.

23 novembre – Ce mandat d‘arrêt est rédigé et signé par les juges de la CPI.

26 novembre 2011- Rencontre à Paris entre Alassane Ouattara et Moreno-Ocampo.

29 novembre 2011- Le mandat d‘arrêt est signifié à Gbagbo à Korhogo, il est transféré dans la nuit à la prison de Scheveningen, près de La Haye, où sont placés les détenus de la CPI.

279 France 24 – 17/10/10 : « Du coup d’État de Noël 1999 au long et douloureux processus de réconciliation, retour sur une décennie de crise politico-militaire qui a secoué un pays longtemps érigé en « locomotive économique » des anciennes colonies françaises ».
280 Voir aussi les grandes dates de la crise ivoirienne de 2002 à 2010 dans l‘annexe N°1

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