Annexe 6 D : Entretien E4

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Lundi 9 avril 2013 1 16h15
École Willingdon

A : Enquêteur
S : Madame S

1 A : Merci beaucoup d’avoir accepté de venir pour cet entretien.

2 S : Avec plaisir.

3 A : On va commencer par parler de votre propre parcours, avant de parler de vos enfants. Donc, dites-moi depuis combien de temps vous habitez Montréal.

4 S : Bon, j’ai fait mes études ici dans les années 80. Et là, je suis quitté le Canada… pendant 25 ans. Alors, ça fait maintenant…. On est rentré en 2008… Alors ça fait maintenant presque 5 ans. Mais je viens d’Ontario, d’origine.

5 A : D’accord, OK. Donc, vous êtes né en Ontario.

6 S : Je suis né à Ottawa.

7 A : A Otawa, donc vraiment une ville anglophone.

8 S : Oui.

9 A : Et….

10 S : Et élevée au Nord de Toronto. Alors, c’est complètement anglophone (rire).

11 A : Ha d’accord. Vous avez grandi à Toronto ?

12 S : Non… Une ville qui s’appelle Sudbury58 au Nord… dans le Nord.

13 A : D’accord. Donc, alors donc vous êtes née à Ottawa, vous avez passé votre enfance près de Toronto et vous êtes venu ici au Québec, non, vous avez quitté le Canada.

14 S : Bon, je suis venue à Montréal à l’âge de 19 ans, pour faire mes études à McGill59. Après ça, j’ai travaillé pendant… un an, comme journaliste. Et après ça, je suis parti en 89. Et je suis allé à Paris pendant 1 an. Et après ça Londres (rire)… pendant 20 ans.

15 A : 20 ans, d’accord. Et donc, ensuite, vous êtes revenue ici, à Montréal.

16 S : Oui.

17 A : D’accord.

18 S : Les enfants sont nés à Londres.

19 A : D’accord. Et donc maintenant vous dites, ça fait 5 ans que vous êtes ici, et vos enfants sont nés à Londres.

20 S : Oui… Est-ce que vous les connaissez ? Zacchary et Carissa ? Non…

21 A : J’ai dû les voir, les rencontrer, mais je… non.

22 S : OK, OK.

23 A : … qu’est-ce que… qu’est-ce qui vous plait… Est-ce que Montréal, c’est une ville qui vous plait ?

24 S : Absolument. C’est pour ça qu’on se trouve ici (rire). Alors pour moi, mon mari, il est américain. Et on était en train de décider… Parce que, quand vous avez des petits enfants, Londres devient très très difficile, très dure. Alors on discute… Bon, lui il vient de Boston, moi Canada, et on a discuté discuté. Vraiment pour moi c’était une chose culturelle. Pour moi, c’est… Montréal, c’est une ville un peu plus intéressante… que Toronto, même Vancouver. Alors, j’ai… (rire) j’avais pas envie de me trouver à Boston, à New York. Alors, on a décidé, bon…

25 A : Alors quand vous êtes arrivée à Montréal, après avoir vécu près de Toronto, qu’est-ce que vous avez aimé ici, quelle est la première chose que vous avez aimée ici… si vous vous souvenez de…

26 S : Bon moi j’avais déjà des amis et tout ça ici. Je connaissais la ville. Pour lui, c’était… pour mon mari c’était plutôt que, il a vraiment découvert quelque chose d’intéressant… Bon, on a Amérique du Nord. Il savait, il connaissait pas vraiment Montréal. Aussi il a le nom de famille St Cyr, alors (rire), il est pas français, mais ces ancêtres venaient de la France et de la Beauce60, en Gaspésie61. Mais ils ont… immigré aux États-Unis, dans le dernier siècle, et ils étaient complètement anglicisés. Alors… pour lui c’était vraiment « Ah. .History. .Accident.of.history. 62″ (rire)

27 A : Ah d’accord, donc… pour lui, c’est ça, c’était un peu logique de se retrouver ici…

28 S : Oui Il dit qu’il corrige la faute qu’ils ont faite (rire), il y a un siècle (rire). Alors…

29 A : Alors, ça c’est votre mari, et vous en particulier ?

30 S : Pour moi, c’est vraiment que je trouve qu’à Montréal, on a quelque chose vraiment de différent. C’est… l’histoire, c’est les deux cultures, les deux langues. Pour moi, c’était important d’essayer d’avoir des enfants bilingues, confortables avec ça… C’est pour ça que je suis pas sûre si le French. Immersion63 c’est vraiment la route, mais… on va voir. (rire)

31 A : Et vous trouvez que c’est qu’ici à Montréal qu’il peut avoir cette… vous dites cette double culture ?

32 S : La double culture. Je sais pas, c’est peut être une fantaisie, parce que, on a une vie… anglaise. C’est comme ça. On habite Notre Dame de Grâce. J’ai… j’ai pas vraiment d’amis qui sont francophones, qui sont pas bilingues. C’est comme ça, je trouve ça un peu dur, mais c’est juste la vie qu’on a. Je travaille à la maison. Mon mari aussi, on travaille tous les deux à la maison. On rencontre pas vraiment des… Alors je fais mes courses en français, je… les choses comme ça, mais je discute pas en français.

33 A : D’accord, c’est ça. Vous avez une vie sociale en anglais.

34 S : Oui.

35 A : A la maison on parle anglais aussi.

36 S : Oui.

37 A : Votre mari, il parle français ?

38 S : Pas vraiment, il est américain (rire). Non, mais, il essaie. Il peut s’il faut, mais…

39 A : D’accord. On parle français à la maison. On socialise à l’extérieur en général plutôt en anglais, parce que le quartier…

40 S : Oui. Et mes amis… Bon j’étais journaliste à La Gazette64. Alors, mes amis sont tous des Anglais aussi. Bon, ils parlent tous français, mais… on socialise en anglais.

41 A : Oui. Au milieu professionnel, vous parlez en anglais aussi.

42 S : Oui parce que je travaille pour une compagnie à Londres (rire). Je continue ça. Alors…

43 A : qu’est-ce que c’est comme travail ?

44 S : Je suis… je travaille comme rédactrice… financial65, financière. Je travaille pour une banque.

45 A : D’accord, donc c’est vrai que… c’est un milieu anglophone au travail.

46 S : Complétement. (rire)

47 A : D’accord. Et donc on va dire, votre langue première, c’est l’anglais.

48 S : Absolument.

49 A : Langue seconde, ça serait le français.

50 S : Oui.

51 A : Et vous parlez d’autres langues ?

52 S : Bon, un peu de… A l’âge de 10 ans, 12 ans, on était au Venezuela avec ma famille. Alors je parle espagnol, mais… pas beaucoup maintenant. (rire)

53 A : D’accord. Mais alors, quand vous avez appris le français, vous l’avez appris quand vous êtes arrivée à Montréal la première fois ? A Mc Gill ?

54 S : No, no, je l’ai appris… bon, à l’école, à (?). Je l’aimais beaucoup. Alors, je travaillais très fort sur le français et j’adorais ça. On avait de très bons professeurs de français à Sudbury.

55 A : Sudbury, c’est où ?

56 S : C’est en Ontario, à 4 heures nord de Toronto.

57 A : Et c’est une école bilingue ? Immersion aussi ?

58 S : Non, c’était anglais, une école anglaise.

59 A : Mais il y avait des cours de français…

60 S : Oui, et j’ai choisi beaucoup de cours en français parce que j’aimais ça… (rire). Je sais pas pourquoi. Je sais pas pourquoi… (rire)

61 A : Oui… parce que vous aviez envie d’apprendre cette langue-là en particulier ?

62 S : … C’était… c’est parce que j’ai trouvé ça un peu facile pour moi. J’avais la facilité, en français. Alors, j’ai suivi les cours en français parce que c’était bien pour moi (rire)… Et… je voulais voyager. Et pour ça…

63 A : Donc ça aurait pu être une autre langue aussi ?

64 S : Non. Juste le français. Ils avaient aussi l’italien, mais j’avais pas…

65 A : Et, d’où ça vient cet intérêt pour le français ? Est-ce que… vous avez un souvenir qui peut vous… expliquer ça ?

66 S : … hum… Bon, ma mère, elle a fait son bachelor’s.degree66.en français et, aussi, elle a fait ça… J’ai une famille très multiculturelle (rire). Alors, mon père il vient de… il est anglais de Londres. Ma mère vient de Trinidad. On voyage beaucoup. On voyageait beaucoup comme… quand j’étais petite. Et là… C’était toujours quelque chose de ma famille qui est très bon… d’être bilingue, trilingue. (rire)

67 A : Ça faisait partie de votre éducation.

68 S : Oui. Tout à fait.

69 A : Et, donc c’est ça, vous aviez des parents qui avaient des origines mixtes en fait.

70 S : Oui. Et pour eux, ils sont vraiment « Allez, allez, voyagez « . Ils étaient pas « Reste avec nous ». C’est pas, c’était jamais comme ça. Alors pour eux, c’est très… c’était vraiment une place. (rire)

71 A : Alors pour continuer avec le français, est-ce que vous pourriez me donner deux mots qui représentent pour vous le français ?

72 S : Deux mots ? (rire)

73 A : Adjectifs… qu’est-ce qui vous vient dans la tête ?

74 S : Pour le mot ou pour… bon, la langue ou la culture ? (rire)

75 A : On va dire… ha, peut-être, c’est une bonne… Ce que vous voulez

76 S : OK… L’élégance et la précision.

77 A : D’accord, OK. Et pour l’anglais, qu’est-ce que vous diriez ?

78 S : … Pratique… et riche aussi. (rire)

79 A : … C’est pas facile comme question, vous avez été… très vite … Donc l’apprentissage du français pour vous, ça a été un plaisir d’après ce que je comprends.

80 S : C’était un plaisir. Oui. C’était un plaisir à l’école. Bon, à McGill, j’ai pas vraiment parlé français, parce que c’était vraiment, c’est comme une ville dans une ville McGill (rire). Alors, j’ai… non. Mais quand je suis partie… bon, un an après McGill, je suis allée à Paris, et là, bon j’avais l’idée que je parlais français, mais… (rire), mais pas vraiment. Et j’avais deux, j’ai vécu avec deux autres filles. Et vraiment, ils se moquaient de moi, et mon accent québécois et tout ça (rire)… Non, mais c’était très bon pour moi parce que j’étais là, devant le miroir… (rire)… en pratiquant l’accent français. C’était dur, mais c’était…

81 A : C’était difficile quand même d’être jugé comme ça non ?

82 S : … Oui, mais pas trop (rire). C’était des amis. Alors…

83 A : Bon, alors, pour parler du Québec et du Canada, de Montréal, venant d’Ontario, vous êtes installé ici maintenant aujourd’hui. Comment… encore une fois, quand vous êtes arrivé ici à Montréal, est-ce que ça s’est passé facilement au niveau de l’intégration dans la ville ?

84 S : Pour moi, c’était très facile, parce que je connaissais la ville déjà. Alors… Mais, en disant ça, j’ai trouvé c’était un peu dure parce que je trouve Montréal beaucoup plus petit que Londres. Alors, j’ai trouvé ça un peu… comment c’est… (rire). Mais, pour moi les benefits67… les bénéfices sont… formidables pour moi, c’est… oui…

85 A : Lesquels ?

86 S : Bon, c’est… J’ai pas besoin de prendre le métro pendant 2 heures pour aller quelque part (rire). Il y a pas des foules partout. Alors, maintenant, je suis plus vieille et pour moi, Montréal, c’est vraiment… ça me plait parce que j’ai passé des années à Londres, à Paris, à Hong Kong, et vraiment, les grandes villes, c’est… ça c’est fini pour moi (rire). Alors, je pense qu’à Montréal, on a les bénéfices d’une ville assez culturelle, qui attire… bon, les musiciens, les artistes, les musées, les choses assez… majeures, mais on a pas les problèmes d’une très très grande ville. Alors, ça c’est une chose qui m’attire ici.

87 A : Et quel regard vous portez sur la culture Québécoise ? Vous, venant d’Ontario, quel regard vous avez sur la culture ?

88 S : C’est une très belle, c’est une très bonne question ça, parce que, c’est pas… c’est ça que je trouve, c’est les deux solitudes, parce que vraiment, je suis pas au courant avec la culture Québécoise. Parce que vraiment, pour nous, c’est… c’est les livres en anglais, c’est la télévision en anglais, la télévision américaine, les films en anglais. De temps en temps, on va voir un film en français, mais c’est rare. Alors vraiment, je crois que… quand j’étais à Hong Kong dans les années 90, c’était un peu la même chose. On était là. On était là, on parlait anglais. On avait des… bon des interactions avec les gens qui… les Chinois. Mais vraiment, c’était les deux vies, les deux vies séparées. Et je pense que c’est un peu la même chose pour nous ici. C’est pas quelque chose de… de malicious68, de malicieux, mais c’est juste que… on est anglophone (rire), et on a une vie et on travaille. On a pas le temps de faire l’effort d’aller trouver les choses qui sont… Québécoises.

89 A : Mais quelques fois vous êtes confrontée à la culture Québécoise, on va dire francophone. Je sais pas, ça peut être dans un magasin, est-ce que vous… Il n’y a pas vraiment de problèmes…

90 S : Non, il n’y a pas de problème. Il n’y a pas de problème. C’est juste que j’ai pas le temps d’aller faire des choses… françaises… à faire avec les enfants. C’est juste qu’on travaille tout le temps (rire). On est des parents et c’est juste qu’on a la vie en… On habite à 3 pieds de l’école et on est vraiment NDG69. Alors… Et si je sors le soir avec mes amis, on trouve un resto… C’est pas vraiment… Bon, on fait les cabanes à sucre70, on fait (rire)… les choses comme ça, mais c’est pas vraiment… les choses culturelles.

91 A : Ça serait quoi par exemple les choses culturelles ?

92 S : Bon, je lis pas des mots… je lis pas des livres par les auteurs…

93 A : …québécois.

94 S : québécois. Mon mari il essaie, il fait le… Il fait ça. Mais, moi (soupir). De temps en temps, bon tout le monde en parle à la télé. Mais vraiment, j’ai honte, mais c’est comme ça (rire).

95 A : Ah oui, vous avez honte…

96 S : (rire)… parce que vraiment c’est un peu comme la vie… la vie expatriate71.
.
97 A : Expatriée.

98 S : Expatriée. Et j’ai honte parce que je suis Canadienne, j’habite… Québec, et je trouve que… je trouve que c’est dommage qu’on soit pas plus intégré. Mais je trouve que c’est la réalité. Je parle français assez bien, mais j’ai pas la vie… en français. Et je pense pas que… je suis pas la seule. Il y en a plein, mais je trouve ça un peu triste. (rire)

99 A : D’accord, oui. Et vous avez un regard sur la politique Québécoise ?

100 S : Oui. Pour moi, c’est plutôt… (soupir)… Comment dire ça, ça peut prendre des heures (rire) Pour moi, je suis pas… je suis pas nationaliste. Je suis Canadienne, je veux qu’on reste au Canada. Je comprends complètement le besoin d’avoir des lois sur la langue et tout ça, mais je… je veux aussi qu’on me… Et je comprends que le Québec doit avoir le caractère français et francophone et tout ça. Et j’accepte ça, j’habite ici. Mais… j’arrête à le point où on dit on peut pas, on peut pas parler anglais nulle part… Pour moi c’est, on… on sauve pas la langue par éliminer l’autre. C’est ça.

101 A : Est-ce que aujourd’hui vous pourriez vous dire « Je suis Québécoise » ?

102 S : … Je trouve ça bizarre (rire). Pour moi, un… québécois, c’est quelqu’un qui est né ici, qui est francophone. Et j’adore… Pour moi, vous savez, pour moi, c’est comme… quand j’étais à Londres, j’adore, j’adore Londres, mais l’Angleterre, pas trop. Et pour moi ici, je pense que j’adore Montréal, mais le… la province… le Québec (soupir). Je connais pas trop. Pour moi, c’est plutôt la ville de Montréal.

103 A : Vous êtes montréalaise.

104 S : Oui (rire).

105 A : Et puis, Canadienne.

106 S : Et puis Canadienne… Vous trouvez ça bizarre ? (rire)

107 A : Ha non, du tout, j’ai pas de jugements à porter… Non non, du tout

108 S : Non, mais c’est… (rire) C’est difficile pour moi… (soupir). Je… oui… Pour moi, être québécois, c’est d’être.. bon, c’est un peu tragique, mais c’est comme ça, mais je pense qu’être québécois, c’est d’être… être francophone, et je suis pas francophone, et j’ai pas la culture Québécoise et… (rire)

109 A : Ok. Alors, on va passer à votre enfant, puis l’école ici. Donc, vous avez décidé d’inscrire vos deux enfants, et je me demandais, par rapport au premier, son nom, c’est… ?

110 S : Zacchary

111 A : Zacchary, est-ce que vous aviez eu d’autres choix, plutôt que l’école Willingdon ? Est-ce que vous aviez eu, à cette époque-là, un autre choix possible ? Autre que Willingdon.

112 S : Bon, non, on a commencé, on est arrivé en 2008, il a commencé en 1ère année à Royal Vale72. Mais il a eu des problèmes de… d’intimidation, alors on a changé… Le choix était entre l’école French.Immersion ou l’école française. Et… (soupir), on a vraiment, on n’était pas… J’avais, à l’époque, j’avais l’idée que je veux que mes enfants soient bilingues, mais je veux aussi qu’ils ont l’anglais comme langue première…. Et je pensais que le French.Immersion était là, bon, entre les deux… Là, maintenant, après… ça fait combien, ça fait 4 ans… Je sais pas si j’ai fait le bon choix… (rire)

113 A : Pourquoi ?

114 S : Parce que je trouve que… bon, French. Immersion, je trouve ça très artificiel. Ils sont tous des Anglais. Alors ils parlent anglais dans la cour et… tout ça. Alors je trouve que ça marche très lentement… pour devenir bilingue… Et, je sais pas pourquoi, mais je vois ça parmi mes enfants et ses amis, ils sont très… résistants. Ils sont contre le français. Et ça, je comprends pas, parce que nous, on est pas comme ça. Mais ils ont une sorte de résistance… contre le français. Il veut pas parler. Il peut parler assez bien. Et si je dis, bon, on se trouve dans un café, tu veux quelque chose, tu vas demander en français. Il peut faire ça, mais, vraiment il veut pas. Il pense… c’est comme il ne… reconnaît pas qu’ils sont vraiment dans une ville française. Mais… Et c’est pour ça que je me demande si on a fait une erreur… de pas choisir une école… avec plutôt des enfants francophones. Parce que vraiment…

115 A : Ils résistent vous dites.

116 S : Ils résistent. Surtout mon fils. Il résiste. Il parle assez bien, mais c’est comme quelque chose de complètement…

117 A : Il n’aime pas il dit. Il dit qu’il n’aime pas ou… ?

118 S : Il n’aime pas, oui, mais c’est.. c’est presque… pire que ça. C’est vraiment une attitude… « Non, mais, quand je serai grand, je quitte Montréal, je vis en… je fais ma vie en anglais ».Et vraiment, ça vient pas de ses parents (rire). Et je sais pas pourquoi ils sont comme ça. Je sais pas s’ils se trouvent… comme… Je sais pas.

119 A : Mais pour vous, c’est très important qu’ils aient un bon niveau de français.

120 S : Oui… Parce que pour moi, je travaille… Je parle pas parfaitement et j’ai… bon, les mots m’échappent et tout ça et j’aime bien qu’ils… qu’ils peuvent parler en français sans… oui sans y penser.

121 A : qu’est-ce qu’il est plus important pour vous par rapport à leur français ? A quel niveau c’est le plus important ? Est-ce que c’est le niveau par exemple social, est-ce que c’est pour des raisons culturelles ou professionnelles par exemple ? Quelle est la raison la plus essentielle pour vous ?

122 S : Pour communiquer avec le monde qui les entoure Et pour avoir des options dans la vie. Si… Bon, ils ont tous les deux trois passeports. Alors, ils peuvent aller… où ils veulent. Mais vraiment, c’est toujours mieux d’avoir des langues Et pour moi, c’est une chose très belle de… d’avoir la possibilité de parler avec des gens… Bon, ils sont très jeunes, ils comprennent pas, mais… maintenant, c’est… c’est le temps d’apprendre. Parce que, moi je suis allée à Paris à l’âge de 22 ans, et c’était un peu dur (rire), mais pour… Bon, ça serait peut-être plus facile pour eux, mais…

123 A : D’accord. Et alors, peut-être justement, on parlait de l’immersion puis des difficultés qu’ils rencontrent, est-ce que vous pensez que le programme en immersion peut-être plus difficile qu’un autre programme, par exemple, pour un enfant ?… Est-ce qu’il y a des difficultés particulières, que vous voyez ?

124 S : … (soupir) Bon les difficultés… Je trouve que… Bon, je pense qu’il y a beaucoup de devoirs dans les écoles French.Immersion que dans les écoles (?) (rire), parce qu’il faut, parce qu’ils apprennent dans les deux langues. Alors, moi, quand j’étais à l’école, j’avais pas de devoirs jusqu’à la 7ème année. Mais maintenant, j’ai deux enfants avec les gros… (rire), les gros sacs lourds. Et je trouve que… bon, en français, il faut faire la dictée, il faut les verbes, il faut… Alors ça… Il faut faire ça tous les soirs, et c’est un peu… C’est un peu difficile, c’est lourd. J’ai deux nièces à Toronto qui ont le même âge, qui… qui ont pas de devoirs. Et je pense que vraiment c’est à cause de… la nécessité de… de travailler sur les verbes et le vocabulaire et tout ça.

125 A : Donc ce serait un peu à cause du français, ça nécessite plus de travail.

126 S : A cause du français qui… Oui. Oui.

128 A : Est-ce que c’est une langue qui est plus difficile qu’une autre ?

129 S : … Pas plus difficile, mais, quand on l’apprend, il faut l’apprendre formellement.

130 A : Comme toutes les langues ou… ?

131 S : Mais… Et c’est aussi parce qu’on parle pas français à l’école… à la maison. Alors, on… Il faut lire les textes, il faut faire les mots de dictées, il faut… Bon c’est un peu… C’est quelque chose d’additionnel. S’ils étaient francophones, tout ça, ça aurait été très facile, mais… Alors, il fait le travail en anglais, ils font le travail en français aussi. Alors, c’est comme le… la double école. Mais ça commence vraiment en 3ème année, parce que c’est là on a les deux langues. Alors, j’ai noté ça.

132 A : Et vous pensez qu’une école francophone serait plus facile ou plus difficile ?

133 S : … Je pense que ça serait plus difficile au début. Au niveau de… « Ho, mais tout le monde parle français J’ai pas d’amis qui parlent anglais  » et tout ça. Mais moi, j’ai fait ça au Venezuela à l’âge de 10 ans, 9 ans. J’étais là, j’étais anglophone, complètement anglaise, et mes parents m’ont mis dans une école… espagnole. J’étais là, complètement perdu pendant 2 mois. Mais après 3 mois, j’étais complètement… je parlais espagnol. Mais, ça a pris 3 mois. Et quand on est jeune comme ça, on peut faire ça. Et je trouve que… Et c’est ça la chose avec l’immersion, que c’est beaucoup plus long. Parce qu’ils discutent… Parce que moi, une langue, ça s’apprend dans la cour, quand on joue ensemble. Et là, ils jouent en anglais. Et tout ça, ça… Ils font tout ça.
Toutes les choses qui sont pas l’école, ils font ça en anglais. Et c’est pour ça que ça… (rire)

134 A : Vous m’aviez dit que vous l’avez pas inscrit en école francophone parce que vous craigniez qu’il perde sa première langue parce que pour vous…

135 S : Oui, c’est pour ça que…

136 A : Oui.

137 S : Je me rends compte maintenant qu’ils vont pas, jamais, perdre l’anglais. Ils lisent beaucoup en anglais. Ils mènent la vie anglaise. Alors, je pense qu’on a vraiment peut être… (rire)

138 A : Est-ce que vous comptez changer ?

139 S : On pourrait, bah… Je sais pas si c’est trop tard, je sais pas (soupir)… Peut-être . Je sais qu’on pourrait changer en école secondaire peut-être .

140 A : Oui, vous aimeriez le mettre en français ?

141 S : Peut-être . Si Zachary, s’il peut, s’il voulait, il pourrait aller au Collège de Montréal73…

142 A : Ça sera son choix ou ça sera le vôtre ?

143 S : Ça serait moi, mon choix (rire). Pour lui, c’est Royal West, Westmount High74 (rire)… C’est pas son choix, mais… (rire)

144 A : Je vais vous montrer un graphique qui présente les inscriptions au Canada, dans tout le Canada, au programme en immersion, pour les élèves qui sont admissibles, depuis 1978 à 2002. Est-ce que vous avez quelque chose à me dire sur cette évolution ?

145 S : Oui, bon, c’était trop tard pour moi (rire)

146 A : C’est à dire ?

147 S : Bon, je suis née en 65. Alors, quand ils ont commencé avec le French.Immersion, j’étais déjà presque en secondaire… Bon, je trouve que… bon, ça a vraiment monté jusque-là (en désignant 1990 sur le graphique). Je crois que ça a vraiment… Ça reflète… Je crois que les Canadiens anglais, ils… savent maintenant que, comme j’ai dit plus tôt, que le français, c’est vraiment quelque chose. C’est un bénéfice (rire) D’avoir les deux langues. On peut pas… on peut pas nier Et, ça (en désignant les années 90 à 2002), je sais pas pourquoi ça… La croissance a…

148 A : Alors certainement, c’est peut-être une question d’offre. C’est-à-dire qu’il manquerait des écoles en immersion. Et du coup, on a atteint un seuil.

149 S : Mais, en même temps je trouve que 7%… c’est pas beaucoup

150 A : C’est pour le Canada.

151 S : Parce que j’ai des amis à Toronto et à Vancouver, et tout le monde, ils ont leurs enfants dans des écoles French.Immersion..Alors ça, pour moi c’était… Je pensais que tout le monde… (rire) mettais les enfants dans des écoles francophones ou french.immersion.

152 A : Mais vous, vous auriez aimé être en école immersion en Ontario quand vous étiez en Ontario ?… Vous auriez aimé, pour vous même… être dans une école en immersion ?

153 S : Pour moi ?

154 A : Oui. Est-ce que vous auriez aimé faire ce parcours ?

155 S : Ha oui Oui. Mais, ils étaient… Bon, je pense qu’on a pas commençait ça en 66, 68. C’était plutôt 80, 84. Et là, j’étais… j’étais trop vieille. Mais, non… Bien sûr. Oui.

156 A : Est-ce que le… oui vous me dites le bilinguisme, c’est important, vous défendez ça, la culture bilingue canadienne. Justement, au…

157 S : Mais je fais la différence que, au Canada, c’est pas la… c’est pas le… C’est pas une immersion culturelle. C’est seulement au niveau de la langue. Alors je pense que French. Immersion, ça donne pas… Surtout… Bon, au Canada, en Ontario, je connais, on étudie pas la culture Québécoise. On étudie l’histoire canadienne, la culture canadienne, mais, en français. Alors, je trouve qu’au qué… ici à Montréal, on étudie un peu plus le… bon, paysage, l’univers social, autour de nous, tout ça. C’est l’histoire Québécoise, mais… je fais la différence entre la culture et la langue.

158 A : Est-ce que vous pensez que c’est important d’apprendre la culture avec ou juste la langue peut suffire ?

159 S : (soupir)… Difficile… Je pense que si on enseigne la culture aussi, on arrive peut-être à diminuer cet espace entre les deux cultures… Mais ça prend, ça va prendre des années (rire)…

160 A : Et justement au Nouveau-Brunswick, ils ont fêté il y a quelques semaines les 20 ans du bilinguisme officiel.

161 S : Ha oui Je savais pas.

162 A : Oui. Alors, qu’est-ce que ça vous… qu’est-ce que vous pensez de ce type d’anniversaire… qui fête le bilinguisme ?

163 S : Mais c’est quel bilinguisme ? C’est le bilinguisme officiel au New-Brunswick ?

164 A : C’est françaisAanglais. C’est à dire, c’est la seule province bilingue, officiellement bilingue, du Canada. Ils ont fêtaient ça.

165 S : J’applaudis ça (rire et applaudissement).

166 A : Pourquoi ?

167 S : … Parce que vraiment c’est pour ça… Moi j’aime le rêve du bilinguisme canadien. Moi je trouve ça très très beau. Et je pense que… bon il y a des anglophones et des fran… aussi des francophones qui se battent et tout pour garder le français, pour garder l’anglais, et sans voir que vraiment, c’est vraiment un bénéfice d’être… Mais ça c’est… ça se mêle avec les questions culturelles, politiques, tout ça. Mais vraiment je veux, mais c’est pour ça qu’on se trouve à Montréal, je veux que mes enfants soient bilingues. Et s’ils peuvent avoir aussi un sens de la culture Québécoise, parce qu’ils sont pas québécois, ils sont… bon, britanniques (rire) Alors mais, pour moi, bon… la culture, la connaissance, les choses… Je veux pas qu’ils soient coincés dans un…

168 A : D’accord. Vos enfants, en dehors de l’école, est-ce qu’ils ont l’occasion de pratiquer le français, de parler le français ? Pendant les devoirs, par exemple, à la maison, mais en dehors de ça.

169 S : Pas trop… (soupir)… De temps en temps, si on va chercher un vidéo ou un DVD ou comme ça, je… je le sélectionne en français. Ou si on va dans un restaurant ou dans un café, je dis bon, si vous voulez quelque chose, vous allez le chercher en français. Ils peuvent faire ça, mais vraiment, ils sont pas, ils ont pas d’amis qui sont francophones ou… Bon, ils parlent français quand il est nécessaire. Mais, vraiment, ils ont pas la vie francophone.

170 A : Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter sur ce qu’on vient de dire, que vous aimeriez dire sur l’immersion, le bilinguisme, la culture ?

171 S : Pas vraiment (rire). J’ai déjà trop parlé.

172 A : Non non, on a parlé 35 minutes Bon, hé bien je vous remercie.

58 Ville au nord-ouest de Toronto en Ontario.
59 Université anglophone de Montréal.
60 Région du Québec au sud de la ville de Québec.
61 Région péninsulaire au sudAest du Québec.
62 « Ah L’histoire se répête  »
63 l’immersion française
64 Journal anglophone
65 financière
66 Licence
67 bénéfices
68 malveillant
69 Notre Dame de Grâce : quartier de Montréal où se trouve l’école Willingdon
70 Tradition Québécoise qui consiste à se rendre au printemps chez un producteur de sirop d’érable (sucrerie) pour y manger.
71 expatriée
72 École en immersion de la Commission scolaire English-Montreal.
73 École secondaire (collège) francophone de Montréal
74 Écoles secondaires (collège) anglophones de Montréal

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