3.1 Le designer porteur d’innovation à l’échelle sociale

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Innovation et plus-value de la société

Nous avons donc vu que les innovations rythment notre société introduisant des changements qui retentissent sur de nombreux éléments composant notre environnement (modification des façons de vivre, de l’outil et donc des moyens, du rôle des acteurs. L’innovation apparaît comme un facteur de développement des capacités cognitives, amenant la société à avancer, évoluer en intégrant la connaissance et l’utilisation d‘éléments nouveaux. Sur ce schéma, elle est porteuse d’une réelle plus-value dans la société. Les acteurs de ces innovations dont font parti les designers font ainsi évoluer les formes de vie sociales, conditionnant nos choix et nos actions au quotidien. Il ne s’agit donc pas ici principalement d’un enjeu de design mais bien d’un enjeu de civilisation.

Un rapport intitulé « L’innovation, un enjeu majeur pour la France » a récemment été remis au gouvernement français, illustrant par ce geste l’enjeu politique que représente la question de l’innovation aujourd’hui. Cette dernière y est par ailleurs définie comme un processus par lequel « sont créés des produits, des services ou des procédés nouveaux qui font la démonstration qu’ils répondent à des besoins (marchands ou non) marchands et créent de la valeur pour toutes les parties prenantes ».

Ces innovations guident ainsi notre société et sont multiples. En parallèle, leurs apparitions sont en corrélation avec l’émergence de nouvelles techniques ou encore de besoins et apparaissent donc dépendant de notre société. Face à cette relation de cause à effet il s’avère que le rapport innovation/société communique, chacune se nourrissant au fond de l’autre. Nous pourrions ainsi dire aujourd’hui que l’innovation a besoin de société pour se développer alors que, en parallèle, la société a besoin d’innovation pour évoluer et survivre. Du point de vue dans lequel nous nous plaçons à travers cette étude, l’innovation paraît donc vitale pour notre société et le rôle du designer d’innover devient une nécessité.

Quel rôle pour l’innovation ?

A travers le rôle de ces innovations aujourd’hui, l’inventivité et la créativité apparaissent comme deux facteurs clés pour évoluer dans la société actuelle. En effet, leur développement permet d’accéder aux outils modernes pour se doter de la capacité à répondre aux grands défis sociaux et environnementaux de notre système, voire d’appréhender ceux de demain à travers une réflexion projective.

A l’image de l’organisation de notre société nous rencontrons différents modèles d’innovations touchant de vastes secteurs élémentaires. Ainsi, l’innovation peut être d’ordre technique (que nous avons déjà pu citer à de nombreuses reprises, comme scientifique, organisationnel, ou encore sociale qui s’annonce aujourd’hui comme une innovation phare des années à venir et dont le rôle principal est de répondre aux enjeux actuels de la société (problèmes des chiffres du chômage, système de santé, etc… nous nous trouvons ici au cœur d’enjeux socio-politiques. Bien souvent, il apparaît que ces différents modèles d’innovations se trouvent plus en lien que nous ne le pensions. Ces associations renvoient en fait à deux principes majeurs.

Le premier de ces principes modélise l’idée d’une innovation elle aussi interconnectée, s’étant développée en phase avec la société interconnectée qui s’est construite ces dernières années. Ainsi pour développer les innovations sociales nous avons souvent recourt aux innovations techniques. Si l’innovation sociale apparaît comme une manière d’innover dans un domaine donné, son association avec les innovations techniques provient du caractère interdépendant des domaines régissant notre société aujourd’hui.

Dans l’effervescence créée par cette recherche d’innovation, nous sommes donc face à un champ pluridisciplinaire résultant d’associations nouvelles. Alors que ces domaines d’intervention ont, pour la plupart, déjà été en lien, la révolution technologique amenant la société à évoluer dans un même sens nous a fait progresser vers des enjeux communs découvrant ainsi le réseau structurant de la société moderne.

Dans un deuxième temps il apparaît donc que l’innovation se construit sur la force de la pluridisciplinarité. Cette question de la pluridisciplinarité, résultant de l’interconnexion de notre société que nous venons de traiter, introduit le besoin d’élargir nos actions dans l’idée d’aider la société à faire face à des problématiques toujours plus complexes.

Faire converger les innovateurs de tous types permet ainsi de créer une véritable intelligence collective symbole d’une société plus puissante. Depuis toujours l’innovation est nourrie par un réseau d’intelligence et de connaissance créant une source d’inspiration et de réflexion indispensable pour ce type de processus. Cette intelligence collective apparaît ainsi comme un mode de fonctionnement permettant de stimuler et d’accélérer ce processus.

Cette évolution aujourd’hui amène à de nouvelles interrogations, le principal liant la définition même de la créativité que l’on met alors en opposition avec le consensus vers lequel nous nous dirigeons. Nous pouvons à ce stade de travail avancer que le consensus est devenu moteur de notre société. Ainsi au 21ème siècle il apparaît que nous ne pouvons pas créer sans prendre en compte l’autre (dans l’acte de création comme nous l’entendons ici, c’est à dire associé au domaine industriel et non pas à l’Art pur : l’innovation étant devenu un enjeu social, notre rapport au processus a changé.

Des limites à considérer

Comme nous venons de le voir, l’arrivée d’innovations sera toujours accompagnée d’un ensemble de problématiques survenant face aux changements opérés. Car si la nouveauté permet d’évoluer, elle est par ailleurs susceptible d’apporter de nouveaux problèmes en conséquence. En effet, les éléments nouveaux que nous projetons dans la société peuvent révéler une part de danger que nous découvrons bien souvent à long terme.

Les innovations numériques sont ainsi une illustration récente de la présence et l’imprévisibilité de ces risques pour la société. Nous avons ainsi vu que, suite à l’arrivée du numérique, l’Homme vie aujourd’hui connecté au monde par le biais d’une affluence de réseaux qu’il trouve à porté de main grâce à l’utilisation d’objets numériques (téléphone, ordinateur par exemple). L’arrivée de ces éléments, vecteurs de changements, ont amené l’individu à adopter de nouveaux comportements (voire modes de vie) qui impactent sa relation sociale. De cette manière, alors que toute information, et même communication, est possible à travers l’interface de l’objet, l’individu coure le risque de négliger les relations sociales au quotidien mettant en péril sa propre intégration sociale.

Si cela est l’un des problèmes majeurs auquel nous avons été rapidement confrontés, il représente un problème parmi d’autres. Ceux-ci peuvent ainsi aller des questions d’accessibilité aux informations ou encore de la frontière publique/privé. Plus largement, tous ces problèmes sont soulevés par une interrogation devenue enjeu social aujourd’hui : comment appréhender le virtuel dans nos vies ?

A travers cet exemple nous comprenons qu’il est aujourd’hui indispensable de ne pas se noyer dans un Clot d’innovations gratuites, l’acte d’innover doit être réfléchi pour appréhender et juger des bons objets pour notre époque. De cette manière, nous reprendrons une phrase du sociologue Gérard Mermet en affirmant que « le design peut et doit exprimer des valeurs. Il ne doit pas être que facteur de modernité et de transgression, sinon, il réduit considérablement son rôle. Il doit remplacer les anciens codes par des nouveaux et s’en expliquer, être porteur de valeurs, représenter une vision ».(1)

1 Gérard Mermet, entretien intitulé « La place du design dans la société d’aujourd’hui » dirigé par Gérard Caron pour www.admirabledesign.com, 21 février 2003

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