2.1. Les hypothèses

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La mise en place des hypothèses résulte d’un va-et-vient continuel tout au long de notre travail de recherche entre ce que Kaufmann appelle « savoir global » et « savoir local » (2007 : 83), autrement dit entre la théorie et le terrain. Ceci afin que le chercheur maintienne « son ouverture intellectuelle à tous les mouvements possibles » (Ibid)(32). Ainsi, à partir de notre problématique et de la théorie des représentations sociales que nous envisageons d’utiliser pour cadrer notre travail, j’ai élaboré mes premières hypothèses.

Après de nombreuses lectures et mes premiers entretiens, elles se sont affinées pour devenir plus spécifiques, donc plus intéressantes, en restant dans le cadre théorique que nous avons choisi plus tôt.

Tout d’abord, il nous parait essentiel de confirmer qu’à l’instar de l’initiative de 1963, les parents anglophones montréalais d’aujourd’hui font un choix réfléchi. C’est-à-dire que face aux différentes propositions qui leur sont offertes par le système scolaire (paragraphe 1.2.2), ils ont opté pour le programme en immersion plutôt qu’un autre.

H1 : Les parents choisissent intentionnellement le programme en immersion.

Le caractère réfléchi du choix des parents étant constaté, nous aimerions savoir quelles valeurs culturelles les parents veulent transmettre à leurs enfants et si l’éducation par immersion répond à leurs attentes. Pour cela nous devons d’abord connaitre la manière dont ils définissent leur identité.

À l’échelle du Canada, Rebuffot nous informe sur la culture revendiquée par les anglophones :

« Parmi les objectifs visés par l’immersion, on déplore l’insistance des parents anglophones à veiller à ce que l’apprentissage du français n’affecte en rien l’identité et la culture canado-anglaises de leurs enfants, comme si la langue française et les valeurs qui s’y rattachent ne faisaient pas partie de l’identité canadienne. » (Rebuffot, 1993 : 159)

Les anglophones montréalais défendent-ils la même identité canadienne ? Leur situation est singulière, voir délicate, car ils veulent conserver leur droit de vivre en anglais dans une province officiellement francophone. Nous supposons ici qu’ils vont protéger leur mode de vie derrière le caractère bilingue de la ville de Montréal. Ainsi, nous faisons l’hypothèse que les anglophones montréalais ont développé des valeurs qui satisfassent leur attachement à la culture anglophone canadienne et dans le même temps, qui défendent leur droit à vivre au Québec.

H2 : Ils revendiquent une culture bilingue montréalaise.

Nous allons étudier cette hypothèse à travers les représentations sociales des parents en ce qui concerne la culture Québécoise et le bilinguisme.

Enfin, nous voudrions savoir si les représentations sociales qu’ils ont de l’enseignement en immersion et de l’apprentissage du français et de l’anglais répondent à la culture bilingue qu’ils veulent transmettre à leurs enfants.

H3 : Ils considèrent que l’immersion permettra à leurs enfants de s’approprier cette culture.

Cette dernière hypothèse met en scène la deuxième notion théorique qui nous intéresse ici : les politiques familiales linguistiques. Nous croyons en effet que les parents gèrent les pratiques linguistiques de la famille et la culture qu’elles représentent (celle de H2).

32 Nous reviendrons aux processus de l’élaboration de ce mémoire dans la partie consacrée aux choix méthodologiques.

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