1.2.1. L’immersion : définitions

Non classé

Depuis sa création, la notion de l’immersion a intéressé de nombreux chercheurs, et ce, depuis différents points de vue scientifiques. Il est ainsi difficile de trouver une définition qui fasse l’unanimité. Rebuffot à nouveau, dans son travail de synthèse des études faites à ce sujet, guide notre réflexion. Il explique en effet que cette notion « désigne à la fois une situation particulière d’apprentissage de la langue seconde, un régime pédagogique et un programme d’études innovateur, enfin une nouvelle méthodologie tentant de rapprocher la pédagogie de la langue seconde de celle de la langue maternelle » (Rebuffot, 1993 : 52). De par l’exploration que l’auteur fait de l’immersion à travers le monde, il montre aussi que la définition du programme peut varier en fonction du contexte politique, social et culturel (Rebuffot, 1993 : 28-45). Enfin, il explique que certains chercheurs tels que Bibeau, dénoncent ce qu’on pourrait appeler un « abus de langage » en montrant que cette notion, dans la pratique, ne porte pas bien son nom : un élève en immersion ne l’est jamais totalement (Ibid : 53). Suite à ces quelques mises en garde, j’aimerais dans un premier temps proposer la définition que l’auteur donne de l’immersion canadienne :

« On peut retenir que l’immersion canadienne est une expérience communautaire d’éducation bilingue, plaçant de jeunes enfants du groupe linguistique canadien majoritaire dans une école primaire dont la langue d’enseignement est la langue seconde, langue du groupe minoritaire » (Rebuffot, 1993 : 49)

Cette définition est intéressante, car, considérant l’immersion à l’échelle du Canada, elle ne prend pas en compte les spécificités de la province du Québec où le rapport de taille des deux groupes linguistiques principaux est inversé. En effet, même si l’on peut considérer que la langue seconde dont parle Rebuffot est toujours le français(17), il ne s’agit plus au Québec de la langue du groupe minoritaire comme nous le montre le recensement de Statistique Canada(18) concernant la langue maternelle déclarée par la population au Canada, au Québec, et à Montréal :

Recensement de la population canadienne de langue anglaise et française

Recensement de la population canadienne de langue anglaise et française

Statistique Canada, Recensement de la population de 2011.

Nous revenons donc sur les propos de Rebuffot au sujet du contexte qu’il faut prendre en compte pour définir l’immersion. Ce renversement de rapport nous permet aussi de comprendre la singularité de la situation des anglophones québécois et de mieux appréhender l’ambivalence de leurs discours au sujet de l’immersion, discours que nous aurons l’occasion d’analyser plus tard.

Ainsi, dans une province où le français est la langue officielle depuis la loi 101 (1977), les raisons de l’inscription de leurs enfants en immersion ne peuvent être confondues, ou au moins totalement, avec celles des Canadiens des autres provinces. C’est ainsi que la politique linguistique Québécoise donnerait une couleur toute particulière à l’immersion Québécoise. Nous nous en rendrons compte lors de notre enquête.

Retenons finalement la définition qu’en font les professeurs canadiens d’immersion eux-mêmes par l’intermédiaire du site internet de l’ACPI(20), pour son pragmatisme et ses détails :

« Les classes immersives s’adressent aux enfants qui ont l’anglais ou une autre langue que le français(21) pour langue maternelle, et qui sont disposés à faire en français une bonne partie de leurs études, avec l’accord de leurs parents. Il ne s’agit donc pas d’un cours de français proprement dit, mais d’un programme d’études où sont enseignées en cette langue diverses matières : mathématiques, histoire, arts et éducation physique, par exemple. L’objectif est d’assurer l’acquisition du français par le biais d’autres disciplines plutôt que par un cours de langue classique. »

Ajoutons enfin qu’il existe différents types de programmes en immersion. Celui qui nous intéresse, car c’est-ce lui qui est appliqué au Québec, est l’immersion précoce. Elle se distingue des autres types d’immersions par le fait que les élèves sont « immergés » en langue seconde dès la maternelle, c’est à dire à l’âge de 5 ans, alors que les autres types d’immersions débutent quand les élèves sont plus âgés(22). Comme nous le verrons dans le paragraphe suivant, le programme d’immersion précoce au Québec n’est jamais total (au maximum 80 % de l’enseignement est en français), et devient bilingue (50 % français, 50 % anglais) à partir de la 3e année alors que les élèves sont âgés de 8 ans. Situons maintenant ce programme au cœur du système scolaire québécois et de son public.

17 Au Québec, il faut dans ce cas considérer la notion de « français langue seconde » d’un point de vue individuelle.
18 Statistique Canada, [en ligne] http://www12.statcan.gc.ca/
19 Ces données nous permettent de constater après un rapide calcul : près de 75 % de la population anglophone du Québec se trouve à Montréal.
20 Association canadienne des professeurs d’immersion [en ligne] http://www.acpi.ca/a-propos/qu-est-ce-que-l-immersion
21 Nous verrons qu’au Québec, l’immersion ne concerne que les anglophones.
22 Il s’agit de l’immersion dite « intermédiaire » à partir de 9 ans et de l’immersion dite « tardive » à partir de 11 ans.

Page suivante : 1.2.2. Étude comparée des programmes et de leur public

Retour au menu : L’IMMERSION FRANÇAISE À MONTRÉAL : QUELLES POLITIQUES LINGUISTIQUES CHEZ LES PARENTS D’ÉLÈVES ANGLOPHONES ?