1.1.2. Importance des ressources terrestres et état de la dégradation des sols dans le monde, en Afrique et au Sénégal

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Les ressources terrestres sont définies par le texte de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) comme : « le système bio productif terrestre qui comprend le sol, les végétaux, les autres êtres vivants et les phénomènes écologiques et hydrologiques qui se produisent à l’intérieur de ce système ».

La terre est notre ressource commune. Elle est limitée dans l’espace et indispensable à toute la vie. Combinée à l’eau, aux ressources végétales et animales, elle constitue le support même de la vie des hommes et des femmes. Elle est non renouvelable à l’échelle humaine et elle se dégrade sous l’effet des actions anthropiques entre autres. Elle est différente des autres ressources telles que les ressources minières et pétrolières qui elles peuvent être considérées comme des marchandises.

Malgré cette importance, la terre est trop souvent négligée par les gouvernements et par les médias. On constate que les questions liées à sa dégradation ne sont pas, actuellement, une priorité dans les pays du Nord. Elle y est oblitérée par un apport massif d’intrants dû à un type d’agriculture fondé sur des aides et la domination des grandes centrales d’achat des hypermarchés et ainsi qu’à de nombreux polluants, et cela malgré des conséquences environnementales néfastes. Elle ne l’est pas non plus dans de nombreux pays en développement du Sud, qui ont de tels problèmes sociaux et économiques à résoudre que la dégradation des terres et des ressources naturelles en général passe au second plan.

Pourtant 75 % de l’humanité vit dans ces pays du Sud et les trois-quarts de la population travaillent dans le secteur agricole. Pour eux, la terre est vraiment la ressource vitale, source de l’alimentation et des revenus.

Selon une étude rendue publique par la FAO(11) (sur laquelle nous reviendrons) et qui s’appuie sur des données prélevées sur une période de 20 ans, « la dégradation des terres s’intensifie dans plusieurs parties du monde alors qu’environ 1,5 milliard de personnes, soit le quart de la population mondiale, dépendent directement de terres qui se dégradent ».

Les données montrent qu’en dépit de la détermination affichée par 193 États ayant ratifié la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification de 1994, la dégradation des terres, au lieu de s’améliorer, s’aggrave.

Les figures 1 et 2 ci-dessous montrent l’étendue et le degré de la dégradation des sols par région dans les terres arides touchées dans le monde.

Dégradation des sols par région dans les terres arides touchées (années 90) en millions d'hectares

Figure 1 : Dégradation des sols par région dans les terres arides millions d’hectares

Source : PNUE, 1990

Vers les années 90, la superficie des terres dégradées dans le monde étaient de 1035,2 millions d’hectares. L’Asie (370,5 millions d’hectares, soit 35,79% des terres) et l’Afrique (319,9 millions d’hectares, soit 30,85% des terres) étaient les deux continents les plus touchés.

Dégradation des sols par degré dans les terres arides touchées (années 90) en millions d'hectares

Figure 2 : Dégradation des sols par degré dans les terres arides touchées (années 90) en millions d’hectares

Source : PNUE, 1990

Vers les années 90, la plupart des terres dégradées dans le monde étaient frappées par une dégradation moyenne : (470,3 millions d’hectares, soit 45,15% des terres) ou d’une dégradation légère (427,3 millions d’hectares, soit 41,28% des terres). Puis viennent la dégradation forte : 130,1 millions d’hectares (12,57%) et extrême: 7,5 millions d’hectares (0,72%).

L’érosion hydrique était le premier type de dégradation dans le monde. Elle touchait 467,40 millions d’hectares (45,15%). Elle est suivie par l’érosion éolienne : 432,40 millions d’hectares (41.77%), puis par la détérioration chimique : 100,70 millions d’hectares (9,73%) et la détérioration physique : 34,70 millions d’hectares (3,35%).

La carte suivante montre la dégradation dans le monde.

Carte mondiale de la dégradation des terres

Carte 2 : Carte mondiale de la dégradation des terres

Source : PNUE, 1990

En Afrique, dans une étude récente (AFD, 2006), le Comité scientifique français de la désertification (CSFD) a évalué le coût économique de la dégradation des terres en Afrique à environ 502,30263 milliards de FCFA; au niveau des pays touchés, le coût économique est estimé entre 1 et 9 % du PIB agricole. Il s’en suit une aggravation des difficultés socioéconomiques, l’insécurité alimentaire, les migrations, la réduction des options de développement et la dégradation des écosystèmes.

D’après Den Biggelaar et al. (2004), l’incidence de la dégradation des terres s’est traduite par une baisse des rendements de l’ordre de 2 à 40% avec une moyenne de 8,2% pour le continent. Scherr et Yadav (1997) estiment que s’il n’est pas mis un frein à la dégradation accélérée, les diminutions de rendement vers 2020 seraient de 16,5% pour tout le continent et de 14,5% pour l’Afrique subsaharienne, (CSE, 2011).

La dégradation des terres sous ses différentes formes (physique, chimique et biologique) affecte des centaines de milliers d’hectares dans les régions semi arides d’Afrique. Cette dégradation n’est pas nouvelle en soi mais elle a tendance à prendre des dimensions inquiétantes du fait de la conjonction de phénomènes climatiques extrêmes et d’une plus grande pression sur les ressources naturelles (sol, eau, faune et flore).

Au Sénégal, la dégradation des terres est un phénomène très ancien, identifié depuis l’époque coloniale. Les pressions majeures provenaient alors de la monoculture de l’arachide qui a occasionné durant deux siècles d’importants déboisements dans une zone géographique régulièrement agrandie appelée « Bassin arachidier » (CSE, 2011).

En 1990, une étude (DEG, 1990) considérait que le problème essentiel du Bassin arachidier était qu’une population trop nombreuse tire ses moyens d’existence d’un maigre fond de ressource. L’augmentation démographique a conduit à la réduction des périodes de jachère. Le système de jachère étant réduit, on a assisté à une perte de la fertilité du sol, une acidification des hautes terres, et une perte de structure dans le cas des sols lourds du Sine Saloum.

D’autres facteurs tels que l’urbanisation et l’exploitation des ressources ligneuses pour l’alimentation des chemins de fer en bois (traverses de voies et combustion) ont également accentué cette pression sur la terre. Les sols ainsi dénudés sont alors exposés, à l’érosion éolienne et à l’érosion hydrique, avec de lourdes conséquences sur la productivité (CSE, 2011). Seuls 17 % des terres sont actuellement classés comme «terres de bonne qualité» (Ndour, 2000).

Le Bassin arachidier a aussi une concentration en bétail très élevée. II s’agit en général d’animaux circulant librement sur les parcours. Leur grand nombre cause une détérioration encore plus poussée des ressources végétales, source de protection et de régénération pour le sol.

Le rapport résume les problèmes touchant à la gestion des ressources pédologiques dans le bassin arachidier en ces termes :

- Dégradation et vulnérabilité des sols à l’action éolienne ;
- Problème de régénération des sols ;
- Déclin de la fertilité des sols ;
- Dislocation des structures dans le cas des sols lourds du Sine-Saloum.

Le rapport précise que la diminution des terres arables, le rétrécissement du domaine forestier combiné à la baisse des rendements des principales cultures (baisse de production céréalière de l’ordre de 25% ces dix dernières années) ne cessent de peser lourdement sur la détérioration des conditions socioéconomiques de la région de Kaolack située au cœur du bassin arachidier. Les problèmes évoqués ont des impacts négatifs sur la vie de la population rurale dans cette région en pleine croissance démographique.

Vu ses effets, il importe d’avoir une idée de la signification de la dégradation des terres et de ses mécanismes.

11 L’étude, financée par le Fonds pour l’environnement mondial, s’intitule Land Degradation Assessment in Drylands (LADA) et ; les données citées ici font partie de cette étude diffusée par la FAO.

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